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Compil, proposée par Olivier Douyère

 

S'il est évidemment indispensable de soutenir de plus en plus Cesare, n'oublions pas de le lire, de le relire et de le faire lire !
Voici quelques morceaux que j'ai choisis dans son œuvre et qui résonnent avec sa situation actuelle. En toute subjectivité.
(Olivier Douyère)


" On manifestait presque tous les jours. Dans les rues, les écoles, les usines. On trouvait même le moyen de revendiquer dans les cimetières. L'Etat était fasciste et on traitait les flics de SS. A nous entendre, on était revenu au temps de l'occupation allemande. Sauf que les murs de la ville étaient tapissés de slogans et que le rock hurlait sur les trottoirs. Nous étions nombreux à confondre guitare et mitraillette. La faute en incombait aux carabiniers qui se montraient plus sensibles au sifflement des balles qu'aux fleurs des hippies. "
(" Le cargo Sentimental ", page 50, éditions Joëlle Losfeld, 2033)

" Je ne crois pas avoir eu l'intention de me mettre sur le même plan que les résistants. La différence sautait aux yeux : ils subissaient l'occupation nazie et fasciste, tandis que nous, nous avions la démocratie chrétienne, le parti communiste… Des élus du peuples protégés par des carabiniers. Mais, à regarder de plus près, Hitler et Mussolini avaient eux aussi remporté démocratiquement des élections même si on les assimile aujourd'hui à deux " putschistes ".
(" Le cargo sentimental, pages 63/64)

" Ma vie n'avait pas changé pour autant. Comme je l'ai déjà dit, on ne troque pas son statut du jour au lendemain. Il m'arrivait de plus en plus souvent de penser aux années 70 comme à une lutte qui n'était pas séparée d'un processus historique global. En substance, cela signifiait deux choses : primo, je n'étais pas seul, secundo, on était nombreux à avoir perdu ".
(" Le cargo sentimental, page 76)

" Autrefois, on disait que, pour ceux d'en bas, il était difficile de remonter la pente. Et pourtant, je n'y voyais rien de compliqué : il y avait d'un côté les amis et de l'autre les ennemis. Bon d'accord, les uns étaient pauvres et les autres riches, mais cela ne dépendait pas de moi. Il n'y avait qu'à dire à ceux d'en face qu'on en avait assez, nous, d'être toujours les ennemis. Où était le problème ?
" Le cargo sentimental, page 196)

" Les histoires qui s'achèvent avec la prétention d'avoir tenu les promesses du départ appartiennent à la démagogie des vainqueurs. Les vaincus, eux, traînent leurs promesses jusqu'à la tombe. Quant à ma propre histoire, j'ai fini par m'en dépouiller. Une fois expulsées les cellules cancérigènes, les maladies prennent la voie de la guérison. J'ignore le moment précis et les raisons qui m'ont poussé à imprimer un tournant à ma vie, mais j'ai probablement compris (…) que j'étais arrivé au terminus, et cela a constitué mon salut. J'ai échappé au boyau mortel dans lequel je m'étais fourvoyé par un simple glissement de l'angle sous lequel j'observais les choses. Improbable, direz-vous, mais cela arrive. Tout le monde n'a pas eu ma chance ".
(" Dernières cartouches, page 13, éditions Joëlle Losfeld, réédition chez Rivages/Noir)

" Je connaissais déjà la prison. J'y avais déjà effectué déjà plusieurs séjours, j'en possédais les règles élémentaires. Je savais que ce ne serait pas l'orgueil tapageur des compagnons emprisonnés, parés du titre ronflant de prisonniers politiques, qui me permettrait d'en sortir. Alors je sommeillais ".
(" Dernières cartouches, page 145)

" Je sais depuis longtemps que jouer les durs est aussi pesant que d'endosser un gilet pare-balles, mais il y a des circonstances où on ne peut pas l'éviter. Ensuite, le matin, on s'éveille seul et avec un goût de métal au fond de la bouche et on ne doit pas s'en étonner ".
(" L'ombre rouge ", page 207, Série Noire, Gallimard)

" - Monsieur ?
- Un aller-simple s'il vous plaît.
- Pour où, monsieur ?
- Pour loin. "
(" L'ombre rouge ", page 303)

" A quoi ça sert le paradis en étant mort, à quoi ça sert la gloire en étant vivant, si la gloire est très loin de… chez nous ".
(correspondance personnelle, juillet 1988)

 

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ViaLibre5 / n°16

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