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Lettre
adressée à tous les présidents des groupes parlementaires
à l'assemblée nationale ainsi qu'au garde des sceaux
et au président de la République française :
"Nous
sommes des écrivains qui ne supportons pas la situation qui
vient d'être créée avec l'arrestation et peut-être
demain l'extradition de notre collègue romancier et ami Cesare
Battisti."
Le romancier Cesare Battisti est menacé d'extradition vers
l'Italie où il est sous le coup d'une condamnation qui remonte
à l'époque des actions terroristes menées durant
les années 70. Réfugié en France depuis 1990,
comme plusieurs autres militants italiens, il avait obtenu du président
Mitterrand l'assurance de pouvoir vivre en France à la condition
de ne plus avoir d'activité politique. Depuis, Cesare Battisti
a respecté cet engagement. Il a fondé une famille et
il est devenu écrivain, fournissant dans ses romans des témoignages
uniques sur cette période et les événements tels
qu'il les a vécus.
Une première alerte avait eu lieu en 2002 qui avait déclenché
une pétition nationale signée par de nombreux romanciers,
critiques, éditeurs, traducteurs et personnalités diverses.
Ces signatures avaient été déposées auprès
des représentants du ministère de la culture. Les choses
en étaient restées là. La parole donnée
par le président Mitterrand au nom de la France était
respectée.
Subitement les choses viennent de changer. Nous avons appris que dans
la matinée du mardi 10 février 2004, Cesare Battisti
avait été arrêté à son domicile
par la BAT pour être placé depuis en écrou extraditionnel.
Si une telle procédure se poursuivait, c'est la parole donnée
par la voix d'un président français qui serait bafouée
et le sens de l'honneur de la France, foulé aux pieds.
C'est nous tous, Français de toutes origines qui sommes engagés
par ce manque à notre parole donnée via un président
élu au suffrage universel. Et évidemment nous ne pouvons
que dire la honte dont nous sommes désormais, quoi qu'il arrive,
souillés.
C'est le sort d'un homme, d'une famille mais aussi l'honneur des lettres
françaises et de la nation qui sont en jeu. A l'heure où
l'Italie a le courage de regarder sur grand écran les brigade
rosse à l'oeuvre avec leurs errements, leurs tourments, leurs
contradictions, à l'heure du mariage princier Savoie-Coureau,
du retour des aristocrates en Italie, nous serions plus nationalistes
que le roi d'un pays dont nous ne sommes pas..?
Il est des comptes qu'il est indigne de régler pour d'autres.
Ptolémée offrit ainsi jadis la tête de Pompée
à César qui en fut outragé. Peut-on espérer
que Berlusconi se sente insulté qu'on lui livre un homme qui
est un exemple d'humanité parce que cette humanité il
la mesure à sa reconquête ?
C'est pourquoi nous demandons au Garde des sceaux et au Président
de la République française, en notre nom, au nom d'hommes
qui ne sont rien de plus que Cesare Battisti, de rendre la liberté
à Cesare et de lui confirmer le droit d'asile qu'il est de
notre dignité à nous tous Français, de conférer.
Michel Quint, Claude Mesplède, Pascal Dessaint; François
Joly; Guillaume Chérel.
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