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Texte de l'intervention de Pierre Mansat sur le voeu Cesare Battisti au Conseil de Paris, le 1er mars

 


"Conseil municipal - Séance des 1er et 2 mars 2004 414

M. Pierre MANSAT, Adjoint. - Tout le monde connaît les faits. L'exposé des motifs du voeu rappelle bien ce qui est en cause. Je voudrais dire simplement, tout en essayant de rester modéré et précis, pour les élus parisiens, pourquoi des élus municipaux doivent s'engager et en quoi cette situation des réfugiés italiens en France nous concerne et concerne Paris. Je voudrais d'abord me faire l'expression d'un sentiment qui est très
largement partagé parmi les élus et j'espère, pas seulement ceux de la majorité, mais des élus de toutes opinions. On le voit dans le pays, chez les gens de culture, chez les écrivains, dans le monde littéraire et du livre, un sentiment domine et submerge tous les autres, c'est un sentiment de honte. Un sentiment de honte parce qu'on est devant quelque chose qui touche à l'idée qu'on se fait de notre pays, l'idée qu'on se fait de la
France, de sa longue histoire en matière de droit, en matière d'asile, en matière d'accueil des réfugiés, de protection et il y a là quelque chose, parce que ce n'est pas fait et j'espère bien que le mouvement qui se développe va l'empêcher, qui foulerait aux pieds les engagements de la France et les idées justement que l'on se fait au-delà des opinions politiques de la parole d'un pays, de la parole d'un Président de la République, et de l'engagement de gouvernements successifs, comme il a été rappelé, de gauche et de droite. Il y a là une situation qui touche des réfugiés, des gens qui sont dans notre pays depuis, pour certains, un quart de siècle, des jeunes gens, des gens de 19 - 20 ans qui ont trouvé refuge dans notre pays à partir d'un engagement qu'ils ont pris, celui qu'avait formulé le Président MITTERRAND : le renoncement à la violence, le renoncement à leur engagement dans un combat armé et leur engagement à ne pas avoir d'activité politique dans notre pays. Ces engagements ont été tenus par ces réfugiés-là.
Il s'agissait là, du point de vue politique et du point de vue juridique français, d'un acte extrêmement fort, extrêmement positif. C'était tendre la main et dire qu'il y a d'autres solutions que la vengeance, que la répression et qu'une société démocratique doit trouver d'autres voies que celles-là.
S'il y avait extradition avec son cortège de mensonges et de manipulations, on serait là dans une situation où l'on bafouerait la parole de la France, dans des actes d'une extrême gravité. On a entendu le Ministre de la Justice dans l'ensemble des médias asséner des contrevérités, des mensonges qui ont été démantelés immédiatement par les avocats de Cesare Battisti qui ont mis en évidence que, non seulement le Gouvernement français répond aux sollicitations d'un Gouvernement italien qui est bien peu fréquentable en Europe, mais qu'il devance même ses demandes. C'est le Garde des Sceaux français qui s'est adressé au Ministre de la Justice en lui demandant des compléments.
Il y a donc ces jeunes gens qui sont en France depuis un quart de siècle pour certains, qui se sont reconstruits, qui se sont mariés, qui ont des conjoints, qui ont une profession, qu'ils soient écrivain, travailleur social ou manutentionnaire, peu importe, et au lieu de conforter cette situation, de conforter l'engagement personnel de ces gens-là, on choisirait d'entretenir autre chose, d'entretenir la vengeance pour satisfaire ce Gouvernement italien. Je voudrais citer l'écrivain italien Erri de LUCA : "Un Gouvernement qui continue à proclamer d'éclatantes victoires sur des vaincus d'il y a trente ans, faisant passer cette persécution pour une chasse au terrorisme".
On ne peut donc pas laisser faire cela. Il y a un engagement qui doit être celui d'élus du suffrage universel. C'est une question d'honneur de notre part ou de déshonneur de la part du Gouvernement évidemment, qui doit nous engager tous. C'est ce qu'ont fait les élus communistes en signant immédiatement la pétition ; c'est ce qu'a fait Nicole BORVO, Sénatrice de Paris, en rendant visite à Cesare BATTISTI dans sa prison, et nous nous engageons aujourd'hui autour de ce voeu qui est présenté en commun.
J'ai parlé de la libération de BATTISTI, refus de son extradition, refus de l'extradition de l'ensemble des réfugiés italiens, que cela concerne des écrivains, des travailleurs sociaux, de manutentionnaires ou autres.
Je voudrais souligner un autre point, celui de BATTISTI et des ses rapports avec Paris. BATTISTI est depuis longtemps maintenant un habitué des institutions culturelles parisiennes, un habitué des bibliothèques municipales parisiennes. Il était en 1996, l'invité d'honneur d'une initiative prise par la Ville de Paris, à l'invitation du Maire de Paris de l'époque, de l'Adjointe chargée de la culture de l'époque, de M. AILLAGON, Directeur des Affaires Culturelles de l'époque, lors du Quarantième anniversaire du jumelage Paris - Rome, et BATTISTI était l'invité d'honneur de ce qui s'appelait " Lettre de Rome " qui était une grande rencontre dans les bibliothèques de la Ville de Paris autour de la littérature italienne.
Nous avons là les photocopies des invitations de cette époque.
(Applaudissements)
Enfin, Monsieur le Maire, Paris affirme sa volonté d'être une "ville refuge " pour les écrivains pourchassés. BATTISTI est un écrivain, c'est un écrivain parisien. Commençons par accorder notre protection à Cesare BATTISTI. Les élus qui étaient présents à la réunion de ce matin, que
nous avons organisée avec les défenseurs de Cesare BATTISTI, et les écrivains s'engagent à constituer un comité d'initiative afin de poursuivre
leur action dans le respect de l'engagement de la France, et en direction du Président de la République pour qu'une solution définitive soit trouvée à la situation des réfugiés italiens, ce dont la démocratie dans notre pays et en Italie aurait tout à gagner. Je vous remercie.
(Applaudissements)"

 

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ViaLibre5 / n°16

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