|
ViaLibre5 à la rencontre d'univers en liberté ? |
|
|
|
|
| <
Retour |
|
Lettre des ex-réfuigés italiens à Jacques Chirac |
Paris, le 06 mai 2004 Monsieur le Président Nous, nous adressons à vous pour vous demander de vous exprimer sur l’affaire de Cesare Battisti et de tous les réfugiés politiques italiens (hommes et femmes) actuellement menacés d’extradition. Nous vous demandons qu’une parole claire et définitive, prononcée par la plus haute autorité de l’Etat, vienne confirmer l’attitude que la France a jusqu’ici maintenue à l’égard de ces ressortissants italiens, à l’exception, qui encore nous fait mal, de Paolo Persichetti. Nous faisons partie de ces réfugiés italiens qui ont bénéficié de l’asile de fait que la France nous a offert à toutes et tous. Chacun a pu ainsi recommencer, dans des conditions certes difficiles, une vie normale et travailler dans les domaines les plus divers (maçons, plombiers, restaurateurs, professeurs, éditeurs, écrivains...). Beaucoup d’entre nous ont pu ainsi fonder une famille et ont des enfants français.
Nous avions été accusés de participation ou constitution de bande armée, souvent assorties de différents délits spécifiques puis condamnés par contumace. Le temps étant passé, nos peines ont été prescrites. Nous considérons comme sage le principe qui inspire la norme de la prescription. En effet, il devient inhumain de vouloir faire payer à quelqu’un une faute qu’il a commise trop longtemps auparavant. Ce serait comme jeter en prison une personne à la place d’une autre. Aujourd’hui, nous pouvons rentrer en Italie, mais nous avons choisi de vivre ici en hommes et femmes libres. Or maintenant, nous ne pouvons pas ne pas être angoissés en voyant certains de nos camarades menacés d’extradition et nous ne pouvons pas ne pas nous sentir comme des privilégiés qui auraient profité abusivement d’un bénéfice qui n’est plus reconnu. On avance la raison qu’ils ont eu des condamnations pour des délits graves, mais nous nous sentons responsables au même titre qu’eux de ces délits car nous avions tous une responsabilité collective de ce qui s’est passé dans les années 1970 en Italie. C’était l’engagement même sur le chemin de la lutte armée qui entraînait la possibilité que des actes irréparables se produisent. D’ailleurs, les lois d’exception qui nous ont condamnés prévoyaient la responsabilité collective de nos actes et nous ont punis lourdement pour cela, comme dans le cas de Paolo Persichetti, acquitté puis condamné en appel à une peine de vingt deux ans pour complicité morale dans l’homicide du général Giorgieri et extradé en août 2002. Les distinctions faites entre nous tous selon la gravité des condamnations sont d'autant plus injustes que celles-ci ne se sont basées, le plus souvent, que sur la parole des « repentis », qui ont eu le pouvoir de condamner comme parfois d’absoudre des gens à leur gré. Si un jugement de cette période doit être porté, il ne peut être que de nature politique, comme politique était la décision qui nous a permis de vivre en France ces 20, et parfois 25, dernières années. L'acharnement déployé contre notre ami Cesare Battisti, nous plonge encore un peu plus dans l’angoisse, vis-à-vis de ce qui nous semble un infini désir de vengeance que la majorité des partis politiques italiens alimente pour ne pas tourner la page et ne pas faire un réel bilan historique et politique de ce qui s’est passé dans les années1970 en Italie. La France a eu un rôle clairvoyant, en ce sens, en nous donnant asile et en donnant une sortie de secours aux rescapés de la « machine infernale » de la lutte armée. Elle a permis que des gens en fuite à travers l’Europe ne soient pas acculés à une clandestinité dangereuse pour eux et pour les autres. En même temps elle a permis que ces événements gardent leur dimension politique et sociale et ne soient pas réduits à un simple phénomène criminel. Nous ne voudrions pas que le sort de nos amis soit utilisé comme monnaie d’échange dans les équilibres politiques de ces deux pays mais qu’au contraire la réitération de l’attitude de la France serve, plus que jamais, à l’Italie pour solder les comptes avec son passé. Nous vous demandons donc, Monsieur le Président, de bien vouloir réaffirmer les engagements pris par la France vis à vis des réfugiés italiens en nous faisant parvenir votre réponse près des avocats, Maître Terrel et Maître De Felice, qui nous ont toujours assistés pendant ces années. Roberto Silvi et, par ordre alphabétique : |
|
|