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ViaLibre5 à la rencontre d'univers en liberté ? |
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Alors que des auteurs de nombreux crimes politiques vivent libres en France et en Italie, leur culpabilité ayant été pourtant prouvée, l'écrivain Cesare Battisti, menacé d'extradition, risque la prison à vie par suite d'un procès incohérent. L'écrivain Cesare Battisti, réfugié politique en France, vient d'être arrêté. Incarcéré à la Santé, il est menacé d'extradition vers l'Italie. Naguère, j'ai signé dans des salons du livre avec lui, nous avons dîné ensemble en compagnie de quelques auteurs et d'une éditrice dans un petit restaurant de la place de l'Estrapade à Toulouse. Un recueil de nouvelles collectif nous a aussi réunis. Plus tard, je l'ai entendu s'expliquer à la radio sur son passé de militant révolutionnaire ; j'ai de la sympathie pour ceux qui ont su un jour penser et agir en dehors de l'ordre établi. Les avocats de Cesare ont dit ou diront qu'il est absurde de condamner à la prison à vie un homme pour deux crimes qu'il aurait commis en même temps en deux endroits distants. Que tous les provocateurs et nervis fascistes commis aux basses oeuvres, y compris les plus sanglantes, par le pourvoir italien pendant les "années de plomb" se pavanent en liberté dans leur pays. Qu'il est scandaleux que notre police livre un condamné par contumace à un pays où le procès en appel n'existe pas. Que la France, qui avait promis qu'il ne serait pas extradé, ne peut avoir deux paroles au gré des exigences électorales. Qu'un tiers de siècle est passé sur les faits incriminés et non prouvés. Pour ma part, je veux juste rappeler six terribles vérités : 1- Le gouvernement italien à qui Cesare risque d'être livré compte 3 ministres fascistes (imaginez le Pen, Mégret et Marie-France Stirbois, ministres de Raffarin). 2- A quelques encablures de l'Italie, sur notre sol, vit un homme qui a massacré des milliers de ses concitoyens. Il vit dans le luxe et sous protection. Nul n'a jamais pensé le renvoyer devant la Justice de son pays. Jean-Claude Duvalier, dit Bébé Doc, ex dictateur de Haïti, parti avec la caisse, est l'hôte de la France depuis plus de 15 ans. 3- Pendant la seconde guerre mondiale, un Français a envoyé à la mort des milliers de nos concitoyens, hommes, femmes, vieillards et jusqu'à des enfants. Plus tard, en octobre 1961 puis en février 1962 au métro Charonne, il a dirigé et couvert d'autres exactions sanglantes. Maurice Papon passe une retraite paisible et cossue en région parisienne (France). 4- Le 12 septembre 2003, le parquet de Gênes a déposé les conclusions de l'enquête qu'il avait ordonnée après le sommet du G8 de juillet 2001. La responsabilité de la police y est mise en évidence. Il lui est reproché des violences ayant provoqué de graves lésions, des abus de fonction et la rédaction de faux documents (possession de cocktails Molotov et blessure d'un policier à l'arme blanche) destinés à masquer la culpabilité de soixante-treize agents. Le commandement policier, affirme le parquet, était parfaitement informé. 5- Précisons que Roberto Castelli, le Perben italien, membre de la xénophobe Ligue du Nord, était à Gênes pendant ces exactions qui ont fait 606 blessés (dont les délais d'hospitalisation allèrent de 4 à 40 jours). On a compté 253 arrestations. Tous manifestants. Aucun policier. 6- Tout récemment, la Justice italienne, sur pression de Roberto Castelli, vient de décider de ne pas poursuivre Marco Placanica, le carabinier qui a abattu d'une balle dans la tête un jeune manifestant lors du sommet du G8. S'il existe en France un gouvernement épris de justice, son porte-parole va déplorer l'impunité de Bébé Doc, de Papon, et il va dire à Berlusconi : « Occupez-vous de vos fascistes et de vos carabiniers ». A un de ses ministres qui lui conseillait de faire arrêter le Jean-Paul Sartre de « La cause du peuple », le général De Gaulle répondit : « On ne met pas Voltaire en prison ». C'était pourtant une époque où la gauche radicale, en France, en Italie, en Allemagne, exaspérait les Pouvoirs. Aujourd'hui alors que la droite fasciste frappe aux portes des Régions, Sarkosy et Perben veulent faire enfermer à vie quelqu'un qui ne menace personne. Aujourd'hui, le gouvernement de Raffarin veut museler un écrivain venu enrichir de son talent singulier notre littérature. Mais au-delà de ce cas précis, il faut savoir que c'est le nouvel espace judiciaire européen qui se met en place peu à peu, dans un processus de globalisation où le néo-libéralisme est à la Justice ce que le B 52 est à la colombe. Maxime Vivas. Ecrivain. Référent littéraire d'Attac France
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