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Revue
de presse, 23-31 août
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31 AOUT :
Libération, 31 août, Rebonds :
Déporter en Italie les anciens du mouvement subversif relèverait d'un esprit de vengeance.
Années 70, une histoire infinie
Par Massimo CARFORA
mardi 31 août 2004
Massimo Carfora, réfugié en France (1).
Nous avons pris part au mouvement subversif hétéroclite qui, en Italie, mais pas uniquement, au cours des années 1970, poursuivait l'idéal d'un changement radical de la société. Il s'agissait d'un mouvement riche et pluriel, composé d'étudiants, d'ouvriers, d'intellectuels. Tous soucieux de soutenir les revendications de justice sociale. Et de défendre la démocratie contre les risques d'évolution autoritaire et de la stratégie de massacre initiée le 12 décembre 1969 avec la bombe posée par des groupes néofascistes avec la complicité des services secrets italiens à Piazza Fontana à Milan.
Ce mouvement, au cours de son évolution, n'a pas su se défendre, d'abord de la dérive de la violence politique et ensuite de l'usage des armes. Le résultat et les conséquences de cette radicalisation ont été tragiques, en termes de vies humaines brisées et de souffrances qui, aujourd'hui encore, perdurent et marquent le destin et le quotidien de nombreuses familles et de ses protagonistes.
La plupart d'entre eux ont purgé des années ou des décennies de prison, dans des conditions particulièrement dures et souvent exorbitantes au regard de leur responsabilité effective. Mais ces années difficiles n'ont laissé aucune place aux nuances, aux évaluations sereines et au respect des règles. Entre autres conséquences, des lois et des prisons spéciales ont caractérisé cette époque, mesures d'ailleurs censurées par des instances représentatives de notre continent, parce qu'elles violaient des règles du droit, établies par la Convention européenne.
Nous nous sommes réfugiés en France. Certains d'entre nous ont vécu un temps la prison, d'autres pas. Tous, pour des motifs divers et à des moments différents, nous avons voulu nous écarter de cette voie sans issue qui ne laissait entrevoir qu'un mur blindé de désespoir. Les institutions françaises, à travers la généreuse position du président Mitterrand au début des années 1980, nous ont offert la possibilité de prendre une autre direction. Nous l'avons saisie pour survivre et non pas pour oublier. Conscients de laisser derrière nous nos origines mais aussi nos responsabilités.
Pas à pas, avec beaucoup d'efforts mais aussi avec gratitude et sérénité, nous nous sommes reconstruit une vie et, en même temps, une vision et une conscience différentes de notre passé. Indépendamment des culpabilités et des condamnations qui nous ont été attribuées et que certains d'entre nous ont reconnues et acceptées , nous avons tous individuellement et collectivement mûri un profond éloignement face à toute forme d'expression représentative de la violence politique et encore plus face à l'utilisation des armes.
Cette distance s'est traduite par un regard et une réflexion critique sur les années 1970 mais aussi, concrètement, par une façon radicalement différente de vivre le présent dans l'acceptation globale de la démocratie et de ses règles. Grâce à l'opportunité qui nous a été donnée, nous sommes devenus des citoyens titulaires de droits en dépit de leur précarité et de devoirs que nous avons toujours reconnus et respectés loyalement.
De ce passé, nous conservons la mémoire à part entière de ses lacérations et de ses complexités, mais aussi un respect profond pour les victimes de toutes les expressions et les épisodes de violence de cette époque, pour les souffrances de toutes les familles et les personnes impliquées. Cette période tragique qui a marqué et affecté la société tout entière ne peut pas et ne doit pas être refoulée, mais nous croyons que nous pouvons et que nous devons la dépasser comme ont été dépassées les structures politiques et sociales existantes à l'époque en Italie. La dépasser sans réticence, sans unilatéralisme et simplification mais aussi sans esprit de vengeance.
L'époque des années de plomb s'est depuis longtemps achevée. Désormais, plus de vingt ans se sont écoulés depuis que ses protagonistes ont déclaré la fin de cette expérience et analysé publiquement, avec des modalités et des discours différents, les causes et les raisons de leur action et de leur défaite.
Le scénario social et politique de ces dernières décennies a provoqué des mutations tellement radicales dans notre société qu'il est impensable aujourd'hui d'imaginer que puissent se reproduire des contextes et des cultures tels que ceux qui avaient favorisé le développement et la naissance de la lutte armée dans l'Italie du début des années 1970. Et ce en dépit de certains événements sporadiques de ces dernières années, tragiques et malheureux, que nous avons condamnés nous aussi et dont les responsables, depuis, ont été réduits à néant. Ces nouvelles données sont explicites et évidentes depuis longtemps et réunissent toutes les conditions pour que soit tournée la page de l'histoire afin de refermer les plaies du passé.
Quel sens peut-on alors donner à des cas de détention qui se prolongent aujourd'hui pour des faits qui appartiennent à une époque et à un siècle révolus ou bien aux tentatives de déporter en Italie certains d'entre nous à des dizaines d'années de distance des faits qui leur sont reprochés ? Il n'est pas arrogant d'affirmer et de penser que si cela devait se produire, ce serait une action non pas de justice mais seulement représentative d'un esprit de vengeance et d'une politique aveugle.
Face à cette perspective, nous ne pouvons que nous révolter et en appeler aux forces politiques et aux institutions, aux forces sociales et à l'opinion publique, française et italienne, pour que ne se commettent pas une telle erreur et une telle injustice qui nous ramèneraient nous et la société dans son ensemble trente ans en arrière.
La force et la suprématie de la loi et de la démocratie sont telles parce que capables d'être humaines, respectueuses du passé et de ses victimes mais aussi du présent et du changement intervenu.
(1) Massimo Carfora a été condamné à vingt-huit ans de prison en Italie pour plusieurs actions, dont la principale fut l'évasion des prisonniers politiques de la prison de Rovigo, au nord de l'Italie.
http://www.liberation.fr/page.php?Article=235069
Libération, 31 août, Société : Mandat d'arrêt contre Cesare Battisti
Dans moins d'un mois, la Cour de cassation se penchera sur son recours.
Par Dominique SIMONNOT
mardi 31 août 2004
«La justice ne peut se satisfaire d'un pied de nez de cette nature», a pesté hier, dans son réquisitoire, l'avocate générale, Sylvie Petit-Leclair. Sans surprise, les juges de la chambre de l'instruction de Paris ont révoqué, dans la foulée, le contrôle judiciaire de Cesare Battisti et décerné à son encontre un mandat d'arrêt. Concrètement, l'écrivain italien, ex-activiste d'extrême gauche réclamé par son pays pour y purger une peine de prison à vie, est désormais officiellement en cavale et inscrit au fichier des personnes recherchées.
Fuite. A la cour qui l'avait remis en liberté le 3 mars, après son arrestation surprise en février, l'avocate générale a rappelé : «Vous lui avez fait confiance, vous l'avez placé sous contrôle judiciaire, il n'a pas respecté l'obligation qui pesait sur lui.» Battisti n'a, en effet, pas pointé au palais de justice depuis le 21 août. L'avocate générale a expliqué qu'une visite des policiers au domicile parisien de Battisti, le 25 août, avait montré qu'il n'y vivait plus. Visite inutile d'ailleurs, puisque, le même jour, dans une lettre rendue publique, l'auteur de polars confirme sa fuite. En France, d'après lui. A l'étranger, selon nos informations.
Depuis 1990, Battisti, écrivain reconnu en France, y vivait, y travaillait, y avait fondé une famille, comme plus d'une centaine d'autres Italiens anciens militants d'extrême gauche accusés de terrorisme et réfugiés ici. En 1991, la cour d'appel de Paris avait rendu un avis défavorable à son extradition. Et depuis, pas de problème.
Jusqu'au revirement du gouvernement Raffarin, qui a décidé, il y a deux ans, de prêter une oreille attentive aux réclamations de Berlusconi. C'est ainsi que la cour d'appel de Paris a autorisé l'extradition de Battisti, le 30 juin. Ce qui ne lui laissait d'autre avenir que la prison à perpétuité en Italie, puisque, condamné par contumace, il ne bénéficiera pas d'un nouveau procès, selon la loi italienne. Même vingt-cinq ans après les faits. «Vingt-cinq ans plus tard, les gens ont vieilli, changé, des enfants sont nés», diront ses défenseurs.
Autres exilés. Une fois la décision de la cour rendue, ceux qui soutiennent Battisti ont donné une conférence de presse dans un bistrot parisien. Car, au-delà de son cas, se joue le destin d'autres exilés. Une trentaine auraient déjà fait l'objet d'une demande par l'Italie. Tous ces cas ont été examinés au ministère de la Justice français.. Avec deux conditions. Que les personnes réclamées aient été condamnées pour «crimes de sang» et qu'une demande d'extradition n'ait pas été antérieurement formée sur des bases similaires.
Combien d'entre eux sont concernés ? «Très peu», répond-on à la chancellerie. C'est encore trop pour le comité de soutien : «Nous ne lâcherons pas prise sous prétexte que Cesare Battisti est parti, a commencé Michel Tubiana, président de la Ligue des droits de l'homme, il existe une éthique en politique, et quand un Etat donne sa parole, y revenir serait déshonorant.» D'autant, insiste-t-il, qu'aucun des exilés, s'ils étaient extradés, ne serait rejugé. Comme si tant d'années plus tard, les condamnés d'hier n'avaient ni changé ni évolué.
Pour les défenseurs de Battisti, Mes Irène Terrel et Jean-Jacques de Felice : «On pouvait, dans les années 80, discuter cet asile donné. En 1985, le président Mitterrand a donné sa protection à une poignée de ces gens qui avaient quitté la violence, abandonné les armes, vaincus. C'était intelligent d'aider l'Italie à mettre un terme à ces violences. Ce qui a été fait a été confirmé par tous les gouvernements sous l'autorité de Jacques Chirac, sous les gouvernements Balladur et Juppé. Ce fut une politique constante, non contestée.»
Engagement. Chez les élus, et en l'absence notable des socialistes qui le soutenaient, Pénélope Komitès, maire adjointe verte de Paris, a réaffirmé : «Nous continuons de soutenir Cesare Battisti et les autres réfugiés italiens. Des initiatives sont en cours de la part des élus, pour que l'Etat respecte ses engagements.» Un soutien qui pourrait prendre la forme de parrainages, individuels ou collectifs. Noël Mamère, maire (Verts) de Bègles, promet : «Nous sommes prêts à désobéir, et si Battisti frappe à ma porte, je lui ouvre et le laisse s'installer.» Au PCF, Pierre Mansat, adjoint au maire de Paris, organise «le soutien aux réfugiés» : «Notre pays doit respecter la parole donnée.»
Dans moins d'un mois, le 29 septembre, la Cour de cassation se penchera sur le recours de Battisti. Permettant son retour en France ou le renvoyant à sa cavale.
http://www.liberation.fr/page.php?Article=235122
L'Humanité, 31 août, Justice : Cesare Battisti est désormais un fugitif
Réunis hier, les avocats de l’écrivain et son comité de soutien ont dénoncé la trahison de la parole d’État..
Audience sans surprise, hier après-midi, à la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris. À l’issue de dix minutes d’exposé et d’une demi-heure de délibéré, le contrôle judiciaire de Cesare Battisti - auquel il était assujetti depuis le 3 mars dernier - a été révoqué et un mandat d’arrêt délivrer à son encontre. L’homme est dorénavant considéré comme " juridiquement en fuite ", avait tenu à rappeler l’avocat général dans ses réquisitions, suivies à la lettre. En ne se présentant pas le 21 août dernier devant le service d’exécution des décisions de justice, le désormais " fugitif " a enfreint les obligations de ce que le représentant du parquet a qualifié de " contrat entre le justiciable et la justice ". Si Battisti devait être interpellé, il serait immédiatement placé sous écrou extraditionnel. À l’ombre des barreaux, l’écrivain devra alors attendre que la Cour de cassation examine son pourvoi contre l’avis favorable à son extradition vers l’Italie rendue le 30 juin dernier par la cour d’appel de Paris. L’audience est fixée au 29 septembre.
" Procédure inadmissible "
Une heure après la décision, les avocats de Battisti, qui avaient prévenu qu’ils n’assisteraient pas à cette audience, ont tenu une conférence de presse. Afin de dénoncer l’acharnement judiciaire et l’injustice faite à leur client. Parmi le comité de soutien, Michel Toubiana, président de la Ligue des droits de l’homme, a fustigé une " logique judiciaire folle " : " Dès le départ, cette procédure est inadmissible, donc tout ce qui en découle est inadmissible. Extrader Battisti, c’est revenir sur la parole donnée et l’asile accordé. " Adjoint communiste à la mairie de Paris, Alain Mansat dénonce des " décisions très politiques qui piétinent les conceptions du droit français comme l’autorité de la chose jugée ". Le 21 mai 1991, la même cour d’appel de Paris avait en effet refusé la demande d’extradition des autorités italiennes.
Faisant référence aux dernières déclarations de Jacques Chirac, qui a indiqué qu’il n’hésiterait pas à extrader l’ancien membre des " Prolétaires armés pour le communisme " condamné en 1993 à la perpétuité pour quatre " homicides aggravés " - sur la base d’accusations de repentis - si son pourvoi était rejeté, Pénélope Komitès ne comprend pas " pourquoi le même chef d’État, en 1997, avait demandé à Alain Juppé de délivrer des papiers à Cesare Battisti ? Quelle différence y a-t-il entre hier et 2004 ? Pourquoi ce changement d’attitude de la part du gouvernement français ? " Avançant déjà une amorce de réponse : " On ne peut pas utiliser la construction de l’espace judiciaire européen et notamment le mandat d’arrêt européen pour rétroactivement revenir sur la parole de l’État. "
Opération de parrainage
Associés au PCF, les Verts ont donc décidé, hier, de mener une action symbolique, " Parlementaires et élus pour le respect de la parole de la France ", en proposant à chacun des réfugiés italiens bénéficiant de la doctrine Mitterrand d’être parrainé par un des leurs pour les " défendre politiquement et prendre en charge les familles qu’ils ont construites " dans un pays qui leur avait assuré d’être leur terre d’asile.
Sophie Bouniot
http://www.humanite.presse.fr/journal/2004-08-31/2004-08-31-399651
Le Monde, 31 août (édition du 1er sept.) : Cesare Battisti est désormais officiellement "en fuite" pour la justice française
LE MONDE | 31.08.04 | 14h46
La cour d'appel de Paris a lancé lundi un mandat d'arrêt contre l'ex-activiste italien, qui s'est soustrait le 21 août à son contrôle judiciaire. Des comités de soutien aux réfugiés italiens pourraient être créés.
Cesare battisti est désormais officiellement recherché. La cour d'appel de Paris a lancé, lundi 30 août, un mandat d'arrêt contre l'ex-activiste italien dont l'extradition est réclamée par Rome. Conformément aux réquisitions du parquet général, la cour a également révoqué le contrôle judiciaire auquel il était soumis depuis sa mise en liberté, le 3 mars.
L'ancien militant d'extrême gauche s'était soustrait le 21 août au contrôle judiciaire en ne se rendant pas au palais de justice de Paris, où il devait "pointer" chaque samedi. Il avait depuis envoyé une lettre à ses avocats dans laquelle il affirmait qu'il ne quitterait pas la France. "C'est mon pays, et je n'en vois pas d'autre dans mon futur", expliquait-il dans son courrier rendu public le 25 août (Le Monde du 27 août).La cour d'appel a estimé que l'ancien activiste n'avait pas respecté ses obligations envers la justice. Elle a jugé, également, que M. Battisti était "en fuite", après le constat établi par la police qu'il avait quitté son domicile parisien. "La justice ne peut se satisfaire d'un pied de nez et doit tout mettre en œuvre pour que Cesare Battisti réponde de ses actes devant la justice italienne", a souligné le substitut du procureur général.
La décision n'a pas surpris ses soutiens, qui ont aussitôt réaffirmé leur solidarité lors d'une conférence de presse à quelques pas du palais de justice. "Cette décision annoncée n'enlève rien au débat de fond, a noté Michel Tubiana, président de la Ligue des droits de l'homme (LDH). Il s'agit d'une affaire d'éthique et de morale : on ne peut pas revenir sur la parole donnée par un président de la République au nom de la France d'accorder l'asile."
"DÉSOBÉISSANCE CIVILE"
Un "appel solennel"à Jacques Chirac et au gouvernement a été lancé par les avocats de M. Battisti, afin "qu'il soit mis une fin définitive à cette persécution". Me Irène Terrel a précisé qu'il s'était "soustrait momentanément à la justice pour échapper à la trahison de l'Etat". Des élus Verts et communistes, et des personnalités, comme Mgr Jacques Gaillot, étaient aussi venus apporter leur soutien. "Il faut que cette traque cesse et que les réfugiés puissent continuer à vivre en paix et leurs enfants grandir avec eux", a insisté Pénélope Komites, maire adjointe (Verts) de Paris. Même sentiment du côté du Parti communiste : "Tout ce qui se passe est désolant et déshonore la France", a déclaré Henri Malberg, président de la commission justice du PCF et ancien élu de Paris.Au fond de la salle, quelques réfugiés italiens se serraient les coudes. "Il faut répéter au gouvernement que retirer un asile devenu une coutume consensuelle pendant vingt ans est absurde !", s'emporte Oreste Scalzone, un des plus anciens d'entre eux. "Cet asile a autorisé un espoir qui s'est traduit notamment par des enfants. Aujourd'hui, on leur dit qu'ils seraient nés comme prédestinés à devenir des dégâts collatéraux !"Les soutiens de M. Battisti veulent maintenant en appeler à l'opinion publique. La LDH a souhaité la mise en place de comités de soutien aux réfugiés italiens. Noël Mamère, député Verts de Gironde, n'a, lui, pas hésité à appeler à la "désobéissance civile" : "Si Battisti frappait demain à ma porte, je le laisserais s'installer chez moi parce qu'il est chez lui en France."Les avocats de l'ex-activiste italien assurent qu'ils ne savent pas où est leur client et qu'ils n'ont plus aucune nouvelle depuis la lettre du 25 août. "Il attend en France la décision de la Cour de cassation", a précisé Me Jean-Jacques de Felice. Le 29 septembre, la Cour de cassation examinera le pourvoi déposé par les avocats de M. Battisti contre l'avis favorable à son extradition. En attendant, son nom a été diffusé sur le fichier des personnes recherchées. "Une fiche signalétique avec sa photo a été diffusée à tous les services de police et de gendarmerie", précise la préfecture de police de Paris.
Sylvia Zappi
• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 01.09.04
30 AOUT
LA SURVEILLANCE POLICIERE DE CESARE BATTISTI :
L'Express du 30/08/2004
L'affaire Battisti
Histoire d'un ratage
par Laurent Chabrun, Jean-Marie Pontaut, Romain Rosso
Pour s'enfuir, l'ancien activiste italien a bénéficié d'une série de bévues politico-judiciaires
Ecoutes téléphoniques, caméras, surveillance des Renseignements généraux (RG) et de la police judiciaire, jeu de filatures dans le métro parisien. D'importants moyens avaient pourtant été déployés pour prévenir la fuite de Cesare Battisti, l'ancien activiste réclamé par la justice italienne. En vain. Ce dispositif, à la limite de la légalité, ne l'a pas empêché de disparaître au nez et à la barbe de ses poursuivants. Les responsables policiers avaient d'ailleurs signalé l'inefficacité de telles méthodes. Mais le pouvoir, dans cette affaire, semble bien s'être pris les pieds dans le tapis.
Le 10 février 2004, Cesare Battisti est incarcéré à la demande de la justice italienne, qui l'a condamné à la prison à perpétuité pour quatre homicides. A la surprise du gouvernement, il est remis en liberté le 3 mars par la chambre de l'intruction et placé sous simple contrôle judiciaire. L'ancien militant d'extrême gauche doit pointer une fois par semaine, n'a pas le droit de quitter l'Ile-de-France ni de se rendre dans un aéroport; son passeport lui est confisqué.
«S'il avait décidé de prendre l'avion, on n'aurait pu que le constater» |
Le 30 juin, la cour d'appel se déclare favorable à l'extradition de Cesare Battisti. Toujours libre, ce dernier n'a plus d'espoir qu'en la décision de la Cour de cassation, qui doit, le 29 septembre, examiner le pourvoi déposé par ses avocats. Tout s'écroule le 2 juillet, lorsque Jacques Chirac, n'hésitant pas à anticiper sur la décision des magistrats, déclare à Silvio Berlusconi, au cours d'un sommet franco-italien, qu'il était «du devoir de la France de répondre à une demande d'extradition». Cette intervention a deux effets: d'un côté, elle convainc Battisti que son sort est déjà scellé; de l'autre, elle plonge les plus hautes autorités de l'Etat dans un abîme de perplexité. Comment empêcher Battisti de prendre la fuite, comme l'avait fait Maurice Papon, en 1999, avant l'examen de son pourvoi en cassation?es meilleurs magistrats spécialisés sont immédiatement consultés: rien ne peut être envisagé contre Battisti tant qu'il ne rompt pas son contrôle judiciaire... L'inquiétude gagne également la Place Beauvau, car les policiers n'ont aucun moyen de s'opposer à un départ. «S'il avait décidé de prendre l'avion, on n'aurait pu que le constater et en rendre compte au parquet général», déplore un enquêteur. Malgré l'absence de cadre juridique précis, le ministère de l'Intérieur décide de placer l'ancien membre des Prolétaires armés pour le communisme sous surveillance. De jour uniquement, dans un premier temps, puis vingt-quatre heures sur vingt-quatre à partir de la fin de juillet, au moment où il s'installe chez un membre influent de son comité de soutien, dans le XIVe arrondissement de Paris. Des écoutes téléphoniques administratives sont également installées.
Sur le terrain, la surveillance est dévolue aux fonctionnaires de la préfecture de police de Paris. Un dispositif est mis en place, composé d'hommes des RG et de la Brigade de recherche et d'intervention (BRI) de la police judiciaire, aux cultures pourtant distinctes. Une douzaine d'enquêteurs au total, soit quatre seulement par rotation de huit heures, ce qui est insuffisant pour assurer une filature constante. Laquelle n'avait, parfois, rien de discret.
Plusieurs fois, en effet, Battisti, ancien clandestin rodé à ce genre d'exercice, avait réussi sans peine à semer ses «surveillants», notamment dans le métro, où il avait pris l'habitude de changer de wagon entre les stations et de monter ou de descendre lorsque la sonnerie retentissait. Mais il était toujours réapparu. Jusqu'à ce mardi 17 août, où Battisti leur fausse de nouveau compagnie, dans une petite station du XIe arrondissement. L'ancien activiste a fait mine de se diriger vers la sortie, avant de rester sur le quai. La police s'inquiète le lendemain matin, mercredi 18 août. Deux policiers des RG sont envoyés en urgence chez son éditeur, qui possède une résidence dans l'Orne. Sans résultat. Il ne leur reste plus qu'à attendre, samedi 21 août, que Battisti se présente, comme chaque semaine, quai de l'Horloge, conformément à son contrôle judiciaire. En vain. Lundi 30 août, la chambre de l'instruction devait se prononcer sur la révocation de son contrôle judiciaire. Munis d'un mandat d'arrêt contre Battisti, les policiers auront alors le droit de l'arrêter. Mais il reste à savoir où il se cache...
25 AOUT :
Le Monde, 25 aout (édition du 26) :
Les anciens activistes italiens réfugiés en France craignent les répercussions de la fuite de M. Battisti
LE MONDE | 25.08.04 | 12h43
Les militants d'extrême gauche qui bénéficient de la "doctrine Mitterrand" ont souvent construit leur vie dans leur pays d'accueil. Le ministre italien de la justice réclame l'extradition de douze d'entre eux.
Le feu vert de la cour d'appel de Paris à l'extradition de Cesare Battisti, puis la fuite de celui-ci, a ramené la peur parmi les dizaines d'anciens activistes italiens réfugiés en France. Le ministre italien de la justice, Roberto Castelli, a affirmé, mercredi 24 août, dans un entretien au Parisien, avoir demandé "l'extradition de tous les Italiens condamnés".
Une liste de douze d'entre eux a été publiée par les journaux italiens et leurs photos diffusées par les journaux télévisés français.
De son côté, le cabinet du garde des sceaux, Dominique Perben, a confirmé avoir reçu fin 2002 des demandes d'extradition pour neuf Italiens, dont Paolo Persichetti, extradé cette même année, et Cesare Battisti. Elles seraient à l'étude, selon un conseiller. "Nous n'avons pas la certitude qu'ils sont toujours résidents en France. S'ils le sont, les procédures pourraient être engagées."Recherchés ou condamnés en Italie pour des faits de terrorisme pendant les "années de plomb", les ex-militants italiens se voient ainsi brusquement plongés quelques années en arrière, quand, tout juste arrivés en France pour fuir la justice italienne, ils avaient été obligés de vivre cachés. Depuis, avec l'engagement de François Mitterrand de les laisser vivre en plein jour s'ils renonçaient à leurs activités violentes, ils avaient refait leur vie. La plupart avaient été régularisés et ne se cachaient plus.
"Ça a été un choc pour mes proches de voir ma photo diffusée", raconte Eva, qui achoisi, par souci de sécurité, de changer son prénom pour s'exprimer. Cette femme, réfugiée depuis douze ans en France, a été condamnée en Italie à la prison à perpétuité. Elle explique être passée par des moments "de survie", faits de petits boulots, comme femme de ménage, et d'années à vivre sans papiers. Puis elle a suivi une formation professionnelle, y a rencontré son compagnon français. Une carte de résident en poche, une assurance du ministère de l'intérieur que cela durera - comme le disait un courrier de renouvellement de ses papiers - la jeune femme a eu une deuxième fille. "Sinon on ne l'aurait pas faite, la petite", insiste son compagnon.
"ON ATTEND LA MORT SOCIALE"
Depuis la fuite de Cesare Battisti, elle a pris des précautions. "Je me suis mise à l'écart chez une amie avec ma fille." Histoire d'avoir vingt-quatre heures d'avance si la police arrive chez elle.. Son compagnon acquiesce : "j'avais trop peur qu'elle se fasse agresser dans la rue par quelqu'un qui la reconnaisse." Pourtant elle n'a jamais songé à s'en aller : "Pour une vie toute seule dans un coin perdu sans les personnes que tu aimes ?"
Eva avoue qu'elle se sent en sursis : "Un peu comme quand on vous annonce que vous êtes en phase terminale d'un cancer : on attend la mort sociale alors qu'on a tellement trimé à se refaire une vie." Elle ne digère pas "qu'on traîne dans cette histoire des enfants qui sont nés après une assurance que nous pouvions nous installer". Des "enfants de l'asile", comme les nomment les Italiens.
Andrea essaie, lui, de raisonner. Ce militant - qui s'exprime aussi anonymement - est arrivé en 1980, condamné à perpétuité pour homicide en Italie, et a senti plusieurs fois la menace avec des demandes d'extradition répétées. "Je n'ai jamais pensé à me cacher", assure ce grand homme au regard doux. Pour lui, le revirement des politiques et des magistrats est inacceptable. "Qu'ils changent de vision politique, pourquoi pas, mais introduire un effet rétroactif pour des gens qui se sont construits sur une espérance, c'est comme revenir sur une grâce."
Tous se disent persuadés que la liste des extraditions est établie. La publication de leurs noms, puis de leur photo, a sonné comme un coup de tonnerre. "C'est du lynchage. Il ne manque plus que leur adresse !", s'indigne Irène Terrel, avocate de M. Battisti et de quelques autres. Depuis, les plus menacés se serrent les coudes. Les stratégies de planque sont discutées. Les deux plus recherchés, que le ministre italien de la justice souhaite voir rentrer au plus tôt, se sont "mis au vert". D'autres ont reporté leur retour de vacances. Certains envisagent de s'éloigner un temps. Leurs avocats ne cachent pas les avoir encouragés.
Mais pour d'autres, il est plus difficile de se mettre à l'abri. "Imaginez une mère disparaître en laissant ses deux enfants ! Ils n'ont plus vingt ans pour subir une vie aventureuse", commente Me Terrel. Pour ne pas rester à attendre, un noyau de réfugiés italiens, les plus politiques, ont renoué avec les réunions et lancé un site Internet : www.paroledonnee.info Un lieu de débats et d'information commun à un collectif d'Italiens non identifiés. En font partie les plus en vue comme Oreste Scalzone, leur figure tutélaire, et d'autres, plus discrets, par nécessité professionnelle ou par peur. "C'est le seul site avec la position générale des réfugiés", explique son animateur anonyme.
Ce "collectif" s'est réuni lundi 22 août pour définir une position commune, au lendemain de la fuite de M. Battisti. "Nous avons écrit un texte à trois-quatre que nous avons communiqué à plusieurs autres amis planqués", explique un membre. Le texte a été envoyé à plusieurs quotidiens avec une signature unique. L'objectif est d'expliquer, encore, leur parcours singulier et le pourquoi de "l'asile de fait" dont ils ont bénéficié. D'autres initiatives sont d'ores et déjà prévues : un collectif de familles, un appel de femmes... "On ne va pas se laisser faire comme ça", assure Me Terrel. Le pourvoi en cassation de Cesare Battisti, déposé contre l'avis favorable de la cour d'appel de Paris à son extradition vers l'Italie, sera examiné le 29 septembre.
Sylvia Zappi
"Il y a toujours des excuses, mais..."
Le ministre de la justice a dénoncé, mardi 24 août, comme "affligeants" les commentaires des personnalités qui soutiennent Cesare Battisti. "Dans un Etat de droit comme la France, il appartient à tous ceux qui ont une part de responsabilité dans la société de défendre le respect de la loi et des décisions de justice", a-t-il déclaré dans un communiqué. De son côté, François Hollande, premier secrétaire du PS, a estimé que M. Battisti s'était mis "dans une situation difficile". "Il y a toujours des excuses, mais... je pense surtout à ceux qui sont là et qui peuvent être mis en cause."
• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 26.08.04
L'Humanite, 25 aout :
Justice.
Cesare Battisti serait à l’étranger
Prudents quant à la réalité de la fuite, les soutiens de l’écrivain italien continuent d’afficher leur solidarité.C’est du moins ce qu’avance Libération dans son édition d’hier. Selon des " informations ", dont le quotidien ne divulgue évidemment pas la source, l’écrivain, qui ne s’était pas présenté au contrôle judiciaire de samedi dernier, aurait quitté la France bien plus tôt, une semaine avant en fait. L’ordonnance de mise en liberté provisoire rendue par la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris était assortie d’une mesure de contrôle judiciaire l’enjoignant de se présenter tous les samedis, à 12 h 30, à la police. Jusqu’à présent, la fuite n’était que la plus probable des hypothèses. Certains songeaient à une dépression nerveuse, voire au pire. Mais pour ceux qui, comme Oreste Scalzone, l’un des plus anciens réfugiés italiens, lui avaient conseillé de disparaître, le doute n’est pas permis. Pour lui, Battisti s’est " soustrait au risque d’être emmuré à vie ", a-t-il déclaré au Monde et il est, il l’espère, " le plus loin possible ". " Il a choisi le vert de la vie ", poursuit-il avant de conclure : " L’art de la fuite devient un devoir "." Légitime défense "Du côté de ceux qui ont soutenu le rejet de la demande d’extradition, la compréhension domine, même si le PS avait dans un premier temps considéré son attitude comme " regrettable ". Aujourd’hui, Julien Dray souligne qu’il a été " mis dans une situation impossible ". Pour sa part, la présidente du groupe communiste au Sénat, Nicole Borvo, rappelle " qu’il était dans un piège ", et qu’on n’en serait pas là si les autorités avaient eu une attitude correcte en respectant la parole de l’État. C’est bien la décision de la cour d’appel du 30 juin, faisant droit à l’argumentation des gouvernements Berlusconi et Raffarin, qui semble avoir poussé Cesare Battisti au désespoir et à la fuite, si c’est bien le cas. L’écrivain, qui avait été au printemps l’objet d’un lynchage médiatique dans lequel la presse française n’avait pas été totalement innocente, se voyait finir sa vie en prison sans même avoir pu se comparaître personnellement devant un juge, selon les termes d’une procédure judiciaire qui, contrairement à ce que martèlent les Perben, Goasguen et autres, reste applicable à l’ancien militant, et a été condamnée par la Cour européenne des droits de l’homme. Début août, il avait une dernière fois clamé son innocence (l’Humanité du 9 août 2004) et rappelé qu’un premier jugement avait déjà rejeté une demande d’extradition pour les mêmes faits. Ceux qui l’avaient approché ces dernières semaines, comme l’écrivain Fred Vargas, avaient constaté " la dégradation de son état psychique ". Elle-même considère son geste comme une " légitime défense ".Mandat d’amenerDans les prochains jours, la cour d’appel examinera la demande de révocation de la liberté provisoire déposée par le parquet de Paris, et il est probable qu’un mandat d’amener sera délivré, en vue de placer Battisti sous " écrou extraditionnel ". Reste que, sur le fond, la question de la légalité de toute cette procédure est posée et que la Cour de Cassation, saisie par la défense, sera amenée à trancher. Peut-on continuer à espérer que la justice conserve un brin de dignité ?Alain Nicolas
Battisti: mobilisation pour les autres exilés italiens
Les Verts et le PCF s'inquiètent pour ceux que menace une extradition.Par Dominique SIMONNOT
mercredi 25 août 2004
Lundi, le procureur général de Paris demandera à la chambre de l'instruction, sur ordre de Dominique Perben, la révocation du contrôle judiciaire de Cesare Battisti, son placement sous écrou extraditionnel et la délivrance d'un mandat d'arrêt contre lui. Cette décision du ministre de la Justice a été prise dimanche, aussitôt après qu'on eut appris que l'écrivain italien n'avait pas pointé, comme chaque samedi à son contrôle judiciaire.
Hier, après que Libération a révélé la fuite de Battisti à l'étranger, Perben a rappelé dans un communiqué ce qu'il avait demandé dimanche au procureur général. Il s'y indigne aussi : «Certains commentaires de ceux qui prennent la défense de M. Battisti et approuvent sa fuite sont particulièrement affligeants et font preuve d'irresponsabilité. En contestant les fondements du droit français, c'est la démocratie que l'on fragilise.» Le garde des Sceaux fait ici allusion à ceux du monde littéraire artistique et politique (PS, PC, Verts, LCR, etc.) qui disent comprendre la cavale de Cesare Battisti afin d'éviter l'extradition vers l'Italie, où l'attend la réclusion à perpétuité. Sans même l'espoir d'un nouveau procès, puisque la loi italienne ne le permet pas.
Ses avocats, Mes Irène Terrel et Jean-Jacques De Felice, qui ignorent «absolument où se trouve leur client», dénonçaient hier «des réactions de la part du garde des Sceaux totalement démesurées. Lorsque l'un de nos clients manque son contrôle judiciaire, on lui laisse en général quelques jours pour réapparaître. Là, on lui enfonce la tête sous l'eau un peu plus. De toute façon, quel choix avait-il ? Entre la perpétuité et les menaces, puisque Jacques Chirac avait cru bon de déclarer que Battisti serait extradé, avant même que la Cour de cassation n'ait statué». Les deux avocats vont, comme les Verts et le PCF, se mobiliser autour des autres exilés italiens qui pourraient à leur tour être sous le coup d'une extradition : «C'est atroce pour eux et leurs familles, ils vivent ici depuis de longues années et les voilà menacés, à cause du reniementdu gouvernement français.» Et ils attendent «avec espoir la décision de la Cour de cassation qui, elle, décide en droit». La Cour doit en effet prochainement statuer sur l'extradition de Battisti. Les avocats invoqueront alors la parole donnée par François Mitterrand en 1985 aux Italiens de l'extrême gauche des années de plomb : la tranquillité en France contre la promesse qu'ils aient rompu avec toute forme de violence. Ils rappelleront également qu'en 1991 la cour d'appel de Paris avait refusé l'extradition du même Battisti. En tout cas, sa cavale en fait ricaner certains au gouvernement sur le thème : «Bravo Villepin, de l'avoir laissé filer !»
http://www.liberation.fr/page.php?Article=233339
Le Figaro 25 aout :
JUSTICE L'ex-activiste d'extrême gauche condamné pour meurtre en Italie a voulu
éviter l'extradition vers les prisons italiennes
Cesare Battisti aurait quitté la France
Marie-Estelle Pech
[25 août 2004]
Depuis qu'il s'est soustrait à son contrôle judiciaire, samedi, l'ancien
activiste d'extrême gauche italien Cesare Battisti demeure introuvable. A-t-il
fui à l'étranger sous une fausse identité comme il l'a déjà fait dans le passé
en s'installant au Mexique ?
Le quotidien Libération affirmait, hier, sans citer ses sources, que l'homme
avait «quitté la France», depuis le 14 août dernier, date de son dernier
pointage au service du contrôle judiciaire à Paris. Et plus vraisemblablement
encore «depuis le début de la semaine dernière», date à laquelle ses amis l'ont
eu pour la dernière fois au téléphone.
Dans un communiqué, le ministre de la Justice, Dominique Perben, a également
évoqué pour la première fois officiellement une «fuite», tandis que l'entourage
de Cesare Battisti affirme ignorer où il se trouve. «Je n'ai aucune indication
sur ce point. Mais je lui ai toujours dit qu'il avait le droit de se soustraire
à ceux qui voulaient le faire croupir en prison», indique Oreste Scalzone, un de
ses proches.
Officiellement, Cesare Battisti ne fait l'objet d'aucune recherche de la part
des autorités tant qu'un mandat d'arrêt n'a pas été délivré contre lui. Il peut
en revanche être interpellé et placé en garde à vue par les autorités policières
pour des vérifications d'identité. Mais au terme des quatre heures légales, il
devrait de toute façon être relâché. «Sur un plan judiciaire, au regard du
droit, il n'y a rien contre lui», explique-t-on au ministère de la Justice.
Seule une révocation de son contrôle judiciaire pourrait permettre son
arrestation. La chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris examinera
cette possibilité lundi prochain sur une demande du parquet général, qui avait
dès dimanche requis son retour en détention.
Libre mais soumis à un contrôle judiciaire qui l'avait privé de son passeport,
lui interdisait de quitter l'Ile-de-France, de se rendre dans les aéroports et
l'obligeait à «pointer» chaque samedi, Cesare Battisti n'était pas soumis,
avant sa fuite, à une surveillance policière officielle. Toutefois, ses avocats
ont expliqué que «ces derniers temps il se sentait surveillé par la police».
Dans un communiqué, le ministère de la Justice a jugé «affligeants» et
«irresponsables» les commentaires «de ceux qui prennent la défense de Cesare
Battisti et approuvent sa fuite». «Dans un État de droit comme la France, il
appartient à tous ceux qui ont une part de responsabilité dans la société de
défendre le respect de la loi et des décisions de justice (...) En contestant
les fondements du droit français, c'est la démocratie que l'on fragilise»..
Le ministère de la Justice fait allusion à plusieurs personnalités qui
justifient une possible fuite de Cesare Battisti, tel l'écrivain Fred Vargas,
qui a déclaré que «s'il a fui, et je ne peux que le supposer, il s'agit de
légitime défense». Ces trois dernières semaines, raconte-t-elle, «il pleurait
tout le temps. Il craquait. Il ne croyait plus à la justice française, estimait
que la pression policière s'intensifiait à son encontre. Il avait peur». De son
côté, le porte-parole du PS Julien Dray estime que Cesare Battisti a «été mis
dans une situation impossible».
Cette fuite a provoqué, hier, la colère de la droite italienne qui tient le
gouvernement français pour responsable. Quelques critiques sont également
venues de la gauche. «Il est scandaleux que les autorités compétentes
françaises n'aient pas pris les mesures pour empêcher cette fuite», a affirmé
le député des Démocrates de gauche Gianni Kessler.
Agé de 49 ans, Battisti a été condamné par contumace à la réclusion à perpétuité
en Italie pour quatre homicides commis dans les années 1970 et revendiqués par
le groupe gauchiste dont il était le leader.
Embarras au ministère de l'Intérieur
Il était pourtant sous surveillance policière
Angélique Négroni
[25 août 2004]
L'affaire est embarrassante et les services de police ne souhaitent faire aucun
commentaire. Car Cesare Battisti, lorsqu'il a pris la fuite la semaine
dernière, était sous surveillance policière. Depuis qu'il avait été remis en
liberté et placé sous contrôle judiciaire par la chambre d'instruction de Paris
le 3 mars dernier, les services des renseignements généraux notamment auraient
eu pour mission de le suivre.
Combien étaient-ils pour filer l'ex-activiste d'extrême gauche italien ? Aucune
précision n'a hier été apportée sur ce point. «S'il y a eu une surveillance, il
s'agissait d'une surveillance informelle», dit-on au ministère de l'Intérieur.
Mais, dans l'entourage de Cesare Battisti, on certifie que des effectifs
importants avaient été mobilisés. «La pression policière s'était même
intensifiée ces derniers temps. Battisti m'avait même indiqué qu'il avait
compté un jour de la semaine dernière jusqu'à 22 policiers qui le surveillaient
et il se disait sur écoute», rapporte une proche. «Il se sentait suivi en
permanence. Il en était très affecté et son état de santé s'était d'ailleurs
dégradé», confirme son avocat, Me Jean-Jacques de Felice.
Sur la manière dont Battisti a faussé compagnie aux policiers et sur la date à
laquelle on aurait constaté qu'il avait pris la poudre d'escampette, aucune
précision n'a hier été livrée. On sait juste qu'il ne s'est pas présenté samedi
au service chargé de la mise en oeuvre du contrôle pénal et qu'il n'a pas ainsi
respecté son contrôle judiciaire.
A ce jour et en l'absence de mandat d'arrêt délivré contre lui, l'ancien
militant, s'il était aujourd'hui repéré en France, ne pourrait être interpellé.
«Il ne pourrait être retenu que pour un contrôle d'identité qui, dans tous les
cas, ne pourrait pas excéder quatre heures», indique-t-on au ministère de la
Justice. «Même en cas de manquement à ses obligations imposées dans le cadre de
son contrôle judiciaire, Cesare Battisti ne peut être interpellé par les
services de police car ils ne sont pas autorisés à le faire», faisait-on hier
observer à la préfecture de police de Paris sans plus de commentaire.
L'auteur Fred Vargas justifie le fait que Battisti se soit soustrait à la
justiceLe comité de soutien garde toute sa sympathie pour l'ex-activiste
Delphine Chayet
[25 août 2004]
Aujourd'hui conspués, entre autres, par la droite italienne, les intellectuels
français assument leur prise de position en faveur de Cesare Battisti. «S'il a
violé la loi, c'est que l'État français ne lui a laissé d'autre choix»,
explique ainsi Fred Vargas, écrivain à l'origine du comité de soutien à
l'ancien activiste d'extrême gauche. Samedi, Cesare Battisti s'est soustrait
aux obligations de son contrôle judiciaire. Une violation de la loi «légitime»
et «compréhensible» pour tous ceux qui l'ont défendu jusqu'ici.
«La décision d'extrader est elle-même illégale, justifie l'auteur de polars. Le
30 juin, la cour d'appel l'a privé du droit à un procès équitable tenu en sa
présence. En s'absentant, Cesare s'est donc soustrait à la non-justice.»
Le cas Battisti a largement mobilisé, ces derniers mois, la gauche, le monde du
spectacle et les intellectuels français. Le 26 juin, une soirée de soutien
avait réuni à Paris des personnalités du monde des lettres et du spectacle. Ce
soir-là, Lio, Guy Bedos ou Bernard-Henri Lévy avaient notamment répondu
présents pour la «défense d'un homme et de la République». Une pétition lancée
en faveur de l'écrivain et gardien d'immeuble recueillait 25 000 signatures -
dont celles de Jane Birkin, Miou-Miou, Bernard Giraudeau, Claude Chabrol ou
Bertrand Tavernier.
Aussi, l'annonce de sa disparition a-t-elle déchaîné la colère en Italie. À
l'origine de plusieurs déclarations véhémentes, Roberto Castelli, ministre
italien de la Justice, a ainsi qualifié de «manipulation» la prise de position
des intellectuels français. «Malheureusement, nos craintes se sont avérées : à
la première occasion, le criminel a filé à l'anglaise, a également commenté
Romano La Russa, député européen du parti Alleanza nazionale, composante de la
majorité. C'est le résultat qu'on obtient quand on veut protéger un condamné à
la perpétuité, comme le fait la gauche européenne.» Pour la classe politique
transalpine, le soutien de l'intelligentsia parisienne à Cesare Battisti a créé
un climat favorable à son évasion.
«Nous n'avons jamais défendu la violence et notre combat n'est pas politique
mais juridique», martèle aujourd'hui Fred Vargas, également auteur d'un livre
consacré aux lacunes de la justice italienne dans ce dossier.
«L'extradition, que nous jugeons scandaleuse, concerne Cesare Battisti mais
aussi beaucoup d'autres réfugiés italiens, souligne de son côté Michel Tubiana,
président de la Ligue des droits de l'homme. Exil ou non, notre position de
principe ne change pas.» Même constance de la part de Jean-Claude Amara, de
l'association Droits Devant et membre du comité de soutien. «Il faut regarder
la cause de cette fuite, pas ses conséquences : il est indécent qu'un
gouvernement renie la parole donnée il y a vingt ans au plus haut niveau de
l'État», dit-il. Dans un article du Monde paru en juillet, l'ancien ambassadeur
de France en Italie et proche de François Mitterrand, Gilles Martinet, conteste
cette thèse en affirmant que la déclaration de l'ancien chef de l'Etat du 22
février 1985 ne s'appliquait pas au cas de Cesare Battisti.
L'ancien activiste, qui clame son innocence, s'était dit prêt à gagner l'Italie
avec la garantie d'un procès équitable, en présence d'observateurs
internationaux. «Lui accorder cette demande aurait réglé le problème,
interprète Claude Mesplède, écrivain et auteur d'une lettre sur Internet
consacrée à l'affaire. Mais les moyens de prouver son innocence lui ayant été
refusés par la justice italienne, il a été acculé à la fuite. Cela ne me choque
pas.».
François Hollande avait rendu visite à Battisti en prison
Le fugitif met le PS dans l'embarras
P.S.
[25 août 2004]
La cavale de Cesare Battisti embarrasse le PS. A commencer par François Hollande
qui, il y a quelques mois, s'était rendu auprès de l'ex-activiste italien dans
sa cellule et l'avait fait savoir. Interrogé hier sur la fuite de Cesare
Battisti, il a admis que, «sur le plan personnel, il s'était mis dans une
situation difficile mais que cela ne changeait rien à la question générale des
réfugiés italiens en France».
Pour le premier secrétaire du PS, Cesare Battisti n'est ni le premier ni le seul
des anciens activistes italiens à avoir bénéficié de la protection de la France,
dont la parole doit être respectée. Quant à intervenir auprès de la justice
italienne, il n'en est pas question : «Ce n'est pas à nous de délibérer d'une
loi d'amnistie en Italie !» André Vallini, député de l'Isère et secrétaire
national du PS à la justice, rentre d'Italie où la mobilisation d'une partie de
la gauche française derrière Cesare Battisti est, constate-t-il, incomprise.
Jusque chez les représentants de la gauche italienne. «Sur le plan judiciaire,
le comportement de Battisti est inacceptable», estime-t-il en tant que
responsable politique. Mais l'avocat qu'il est ajoute que «sur le plan humain,
la fuite de Battisti est compréhensible dans la mesure où il était certain de
ne pas être rejugé et par conséquent de finir sa vie en prison».
Les Verts envisagent de proposer aux partis de gauche de lancer des initiatives
pour soutenir d'autres ex-activistes italiens réfugiés en France, comme l'était
Battisti, qui risqueraient une procédure d'extradition, a indiqué Pénélope
Komitès, adjointe (Verts) au maire de Paris, qui accuse le gouvernement d'avoir
«acculé» Battisti à la fuite.
La Ligue communiste révolutionnaire (LCR) a réaffirmé son opposition à
l'extradition de l'ex-activiste italien. Selon la LCR, «les sept mois
d'acharnement judiciaire et médiatique que vient de subir Cesare Battisti l'ont
beaucoup éprouvé».
«Qu'elle résulte de la volonté de se soustraire à une éventuelle extradition ou
qu'elle soit le fruit de son état psychologique inquiétant, l'absence de Cesare
Battisti démontre l'urgence de trouver une issue juste et dépassionnée à la
situation des réfugiés italiens», estime le parti d'extrême gauche.
Accords d'extradition
C. S.
[25 août 2004]
S'il est bel et bien parti à l'étranger, dans quel pays Cesare Battisti a-t-il
pu se réfugier ?
Au sein de l'Union européenne, les procédures d'extradition, souvent lentes et
complexes, sont régies par la Convention d'extradition européenne, signée à
Paris le 13 décembre 1957.
Ce traité a souvent été décrié pour son aspect obsolète : l'extradition n'était
en effet autorisée que si l'infraction, la peine encourue et la prescription
concordaient dans les deux pays. C'est pourquoi en 2002 six Etats membres
(Espagne, France, Portugal, Luxembourg, Belgique et Royaume-Uni) ont mis en
place une réforme destinée à l'application entre eux d'un mandat d'arrêt
européen afin de faciliter les procédures d'extradition. Il est donc peu
probable que Cesare Battisti, même sous une nouvelle identité, se soit réfugié
dans l'un de ces pays. Par contre, selon la police, il aurait gardé des liens,
durant ses années en France, avec le Mexique, pays où il a séjourné presque
neuf ans sous une fausse identité. D'après l'ambassade du Mexique en France, il
n'y sera pas non plus à l'abri d'une procédure d'extradition. Le Mexique et
l'Italie ont en effet signé un accord d'extradition datant de 1899.
Il y a vécu pendant neuf ans après son évasion
Sa précédente cavale au Mexique
M.-E. P.
[25 août 2004]
Cesare Battisti n'est pas novice en matière de cavales. Après avoir été arrêté
en 1979 dans une opération de l'antiterrorisme italien, condamné à douze ans de
réclusion pour participation à une bande armée, il ronge son frein pendant deux
ans et demi en prison. Il réussit à s'évader arme au poing, le 4 octobre 1981,
de la prison de Frosinone, près de Rome, avec l'aide de ses camarades d'extrême
gauche du groupe des Prolétaires armés pour le communisme.
Après cette évasion spectaculaire, il rejoint d'abord la France, puis le Mexique
où il va résider sous une fausse identité pendant neuf ans. Là-bas, des
«camarades de l'université de Mexico» le recueillent. Il a survécu en faisant
toutes sortes de petits boulots, travaillant dans une pizzeria puis ouvrant
brièvement un bar-restaurant, le Corto Maltese. L'homme a aussi travaillé comme
rédacteur pigiste pour plusieurs journaux mexicains, fondant même un magazine
culturel, Via Libre.
Dans une interview accordée au site Internet Barricata, datant de 2002, Cesare
Battisti explique qu'il a décidé de rentrer en France en 1990 : «S'il avait dû
m'arriver quelque chose, le gouvernement mexicain m'aurait envoyé au Nicaragua.
A Managua, on était au courant de ma situation. Mais, quand le sandinisme est
tombé, je n'avais plus de protection. Ma seule chance, c'était de revenir en
France où je pouvais être accepté. Il fallait donc arriver avant la chute du
PS. Je suis aussi rentré parce que ma fille vivait ici et parce que j'avais
envie de récupérer mon nom.» Après ses années de clandestinité au Mexique,
Cesare Battisti s'installe donc en 1990 à Paris, où il obtient un titre de
séjour. Il bénéficie, comme d'autres anciens activistes d'extrême gauche, de la
«jurisprudence Mitterrand». Ce dernier s'était en effet engagé en 1985 à ne pas
extrader ces derniers à condition qu'ils s'engagent à renoncer à la violence.
Entre-temps, en 1986, Cesare Battisti avait été condamné dans son pays à la
réclusion à perpétuité pour contumace pour quatre meurtres. L'ancien activiste
restait très attaché au Mexique avec lequel il conservait des liens étroits.
Son mode de vie idéal serait une moitié de l'année en France, l'autre au
Mexique, disait-il encore récemment.
LIBERATION.FR, 25 AOUT, 17H04 :
Battisti dans une lettre à ses avocats : «Je reste en France»
L'ancien activiste d'extrême gauche italien ne s'est pas présenté à son dernier pointage au contrôle judiciaire le samedi 14 août à Paris.
Par Liberation.fr
mercredi 25 août 2004 (Liberation.fr - 17:04)
Les avocats de Cesare Battisti ont diffusé, mercredi, une lettre dans laquelle le réfugié italien affirme qu'il n'a pas quitté la France. «Je ne quitterai pas la France, je ne saurai pas le faire, c'est mon pays et je n'en vois pas d'autre dans mon futur», est-il écrit sur une feuille manuscrite, signée «Cesare Battisti», reçue mercredi par ses avocats, Maîtres Irène Terrel et Jean-Jacques De Felice. Cesare Battisti, qui ne s'est pas présenté à son dernier pointage au contrôle judiciaire le samedi 14 août à Paris aurait lui-même demandé à ses défenseurs de «rendre public le document». Ce courrier, posté à Paris le 19 août, selon ses avocats, ne constitue cependant pas une preuve de la présence de Battisti sur le territoire français. Des informations recoupées selon lesquelles il a fui à l'étranger avaient été recueillies par Libération (Lire l'article du 24 août). Sous le coup d'une procédure d'extradition vers l'Italie pour des faits de terrorisme, Battisti est en tout cas en cavale et ne devrait pas être présent le 30 août lorsque la chambre de l'instruction de Paris examinera la révocation de son contrôle judiciaire.Voici, dans son intégralité, la lettre diffusée par les avocats de Cesare Battisti.«LETTRE A LA JUSTICE
«Je suis dans l'obligation de me soustraire au contrôle judiciaire qui m'a été imposé et je veux m'en expliquer face à la justice française.«Je ne quitterai pas la France, je ne saurai pas le faire, c'est mon pays et je n'en vois pas d'autre dans mon futur. Ma vérité est ici, beaucoup de citoyens français me l'ont confirmé.«La Cour d'Appel de Paris, en se déclarant favorable à mon extradition, m'a condamné à la prison à vie en Italie. Le choc est énorme, je ne pouvais pas croire que la justice française se plierait au pouvoir politique, revenant sur la chose déjà jugée en 1991, je ne pouvais pas croire qu'elle accepterait la contumace italienne qui ne me donne plus aucune possibilité de défense.«Enfermé à vie, trente ans après les faits, ce seraient la famille, les enfants, d'autres vies qui paieraient.«Je ne peux pas courir ce risque, ne plus revoir mes enfants, le pays où ils sont nés, l'idée m'est insupportable.«La déclaration de Jacques Chirac, deux jours après la décision de la Cour d'Appel, a achevé de m'ôter tout espoir. Face au gouffre, que me reste-t-il ? Seulement mes enfants et la subtile possibilité, un jour peut-être, de pouvoir m'expliquer sur mes responsabilités politiques et pénales et revenir enfin sur ce passé que l'Italie voudrait, me semble-t-il, enterrer à jamais au prix d'une sauvage contrefaçon historique.«Je me soustrais au contrôle judiciaire, donc, mais je reste en France, parce que c'est d'ici, avec l'aide de tous ceux qui encore croient à cette justice qui avait fait de la France le pays des Droits de l'Homme, que je continuerai à me battre afin que justice soit faite et à l'homme et à l'histoire. «Cette conviction me donne le courage d'attendre l'ultime décision, jusqu'au dernier recours, dans l'espoir que, dans ce pays qui est le mien, les mots Justice et Liberté signifient encore quelque chose».
Cesare Battisti http://www.liberation.fr/page.php?Article=233543
24 AOUT :
EN ITALIE (et en italien) :
di Valerio Evangelisti
Mentre scrivo non so che fine abbia fatto Cesare Battisti. Se sia in effetti fuggito o se, come affermano i suoi avvocati, possa essere vittima di una crisi depressiva.
La mia speranza è che la prima ipotesi sia quella vera. Che ancora una volta l’eterno fuggitivo sia scivolato dalle mani dei suoi eterni aguzzini e si trovi lontano, lontanissimo. Momento, certo, terribilmente doloroso per lui. La prima volta che scappò di prigione era appena ventenne, adesso ha cinquant’anni e due figlie, una di nove e l’altra di diciannove anni. Meglio però questo distacco che venire seppellito per sempre in un carcere. Cesare non è tipo da carcere. Nessuno lo è, in effetti, ma lui meno di tutti. Eppure è da quando era adolescente che pesa su di lui l’ombra della prigione. Vi è finito in Italia, in Messico, in Francia. Ogni volta è riuscito a tornare in libertà, per vie legali o illegali. Ha praticato con sistematicità il diritto all’evasione, e ha fatto benissimo. Questa volta soprattutto.
Leggo sul Corriere della Sera del 23 agosto una dichiarazione del procuratore aggiunto di Milano Armando Spataro. Dopo avere definito Battisti un “assassino puro”, qualsiasi cosa voglia dire simile espressione balorda, formula un auspicio: “Comunque mi auguro che nessuno dica che tutto sommato era giusto che Battisti fuggisse, visto il sistema delle leggi italiane.”
Mai speranza fu tanto delusa. Siamo in tantissimi in Italia e, oserei dire, nel mondo, a confidare che Cesare Battisti riesca a trovare rifugio là dove nessuno potrà più trovarlo. Parlo di noi che conosciamo in quale maniera diventò un ricercato. Vediamo di ricapitolarla per l’ennesima volta.
Negli anni ’70 Battisti è un ladruncolo che, approdato a Milano, si politicizza a contatto con un collettivo autonomo di periferia. Ai margini di quel collettivo nascono i PAC, Proletari Armati per il Comunismo: una sessantina di giovani, per lo più operai o disoccupati, che compiono numerose rapine, alcuni ferimenti e quattro omicidi. Questi ultimi vengono commessi non da tutti i PAC, ma solo da una frangia.
Nel 1979 i PAC rivendicano l’assassinio di Pierluigi Torregiani: un gioielliere che, poco tempo prima, aveva ucciso un rapinatore e forse un cliente nel corso di un assalto al ristorante in cui stava cenando (per la cronaca e i commenti, rimando a La Repubblica di quel periodo, piuttosto diversa da La Repubblica attuale).
L’omicidio Torregiani (nel corso del quale il gioielliere ferisce accidentalmente il figlio, in seguito rimasto paraplegico) provoca l’arresto di decine di militanti autonomi del quartiere. L’istruttoria è tipica del periodo, in cui il recente assassinio del giudice Alessandrini ha scatenato la magistratura. Vengono presentate ben tredici denunce di casi di tortura, tutte archiviate con i pretesti più vari. Vengono estorte confessioni poi ritrattate. Si passa da un presunto colpevole all’altro, in una ridda che la stampa democratica di allora (c’è stato un tempo in cui è esistita) non manca di denunciare. Infine, in sintonia con le “leggi di emergenza” votate a spron battuto, si riversa sugli imputati, inclusi quelli minori, una valanga di condanne esorbitanti, tra le più severe mai comminate.
E’ il 1981. Tra gli imputati minori figura Cesare Battisti, che dei PAC non è il leader, ma un militante qualsiasi. E’ in prigione già da due anni, e si vede condannare a dodici anni e mezzo di carcere – un’enormità, ma l’emergenza prevede il raddoppio delle pene previste dal codice - per “partecipazione a banda armata”, senza imputazioni specifiche. E’ stato allontanato dal processo per condotta indisciplinata. Poco dopo, i suoi difensori saranno a loro volta arrestati.
Accetta a quel punto l’aiuto di un’organizzazione che si dedica a fare evadere i detenuti politici, e scappa dal carcere di Frosinone in cui è rinchiuso. Resta a lungo nascosto in cima a una montagna col suo compagno di cella, un camorrista. Attraversa poi l’Italia e varca le Alpi a piedi. Dalla Francia riesce a raggiungere il Messico, dove si stabilisce a Puerto Escondido (è a Battisti che si ispira il personaggio interpretato da Claudio Bisio nel noto film). Arrestato dalla polizia messicana e poi rilasciato, si dedicherà alle più fallimentari attività commerciali, finché Paco Ignacio Taibo II non lo spingerà a dedicarsi alla letteratura.
Nel 1982, senza che Battisti ne sappia nulla, inizia un secondo e ancor più minaccioso capitolo della sua vicenda. Viene arrestato un militante di Prima Linea, ex dei PAC, di nome Pietro Mutti. E’ già in vigore la prima legislazione sui pentiti, che accorda consistenti sconti di pena a chi – a prescindere dal “pentimento” effettivo, di cui non frega nulla a nessuno – denunci ex compagni implicati come lui in attività terroristiche. Mutti finisce sotto la tutela di uno dei magistrati che gestirono il caso Torregiani, Armando Spataro, fautore tra i più convinti dell’efficacia del pentitismo (lo è tuttora, malgrado le vicende Tortora, Sofri e tante altre simili).
A cinque anni dal primo processo Torregiani, Mutti comincia a sparare nomi, primo fra tutti quello di Battisti. Gli attribuisce tre degli omicidi rivendicati dai PAC (Santoro, Campagna e Sabbadin, in quest’ultimo caso con un ruolo di copertura), il consenso a quello di Torregiani (consenso trasformato da Spataro in “ruolo organizzativo”: se Battisti aveva preso parte all’attentato a Sabbadin, non poteva ignorare quello a Torregiani, avvenuto lo stesso giorno alla stessa ora), più oltre 60 tra rapine e ferimenti. In pratica, Mutti riversa su Battisti l’intera attività criminale dei PAC.
Ciò non senza contraddizioni. Si legge infatti a proposito di Mutti, in una sentenza di Cassazione emessa nel 1993:
“Questo pentito è uno specialista nei giochi di prestigio tra i suoi diversi complici, come quando introduce Battisti nella rapina di viale Fulvio Testi per salvare Falcone (…) o ancora Lavazza o Bergamin in luogo di Marco Masala in due rapine veronesi”.
Più sotto:
“Del resto, Pietro Mutti utilizza l’arma della menzogna anche a proprio favore, come quando nega di avere partecipato, con l’impiego di armi da fuoco, al ferimento di Rossanigo o all’omicidio Santoro; per il quale era d’altra parte stato denunciato dalla DIGOS di Milano e dai CC di Udine. Ecco perché le sue confessioni non possono essere considerate spontanee”.
Una quantità di volte, ricorda l’avvocato Giuseppe Pelazza, Mutti fece il nome di Battisti in rapporto a qualche atto criminale e, ogni volta che la circostanza fu smentita, si giustificò dicendo che aveva riversato la colpa sul più giovane del gruppo, per di più latitante. Come dire, qualcuno che non correva rischi.
Questo bel tipo di pentito fu poi utilizzato in parecchi altri processi, dove si fece accusatore di innocenti; infine fu scaricato quando, in occasione della cosiddetta “pista veneta”, le sue dichiarazioni sfociarono nel puro delirio. Emotivamente e psichicamente fragile, era chiaramente condotto per mano (in senso figurato) da un’udienza all’altra. Naturalmente fu scarcerato, malgrado la confessa partecipazione ad alcuni degli omicidi dei PAC. Un po’ la stessa sorte toccata a un altro pentito “scoperto” da Spataro, Marco Barbone, messo in libertà malgrado l’assassinio di Walter Tobagi direttamente commesso, e portato a sua volta da un processo all’altro (incluso il famigerato “caso 7 aprile”) a effettuare riconoscimenti quasi tutti sballati.
Ma torniamo al nostro tema. Mentre l’ “attendibile” pentito Mutti gli prepara una condanna all’ergastolo, Battisti, che conduce in Messico la propria vita picaresca ed è convinto di avere sul groppone “solo” dodici anni di carcere, ignora ciò che lo aspetta. Lo scoprirà nel 1989, quando lascerà il Messico e si trasferirà in Francia. Giudicato in contumacia, nella più completa assenza di contatti con gli avvocati difensori, è ormai condannato a vita e privato di ogni possibilità di ripetizione del processo. In nome della cosiddetta “dottrina Mitterrand”, la Francia gli spalanca le porte per tredici anni. Battisti tenta di mettere in piedi una lavanderia, lavora come cameriere in un ristorante, fa il pizzaiolo e lo sguattero. Malgrado le difficoltà economiche, mette su famiglia. Infine scrive romanzi noir che hanno un certo successo, anche se, per campare, deve fare il portinaio nello stabile in cui abita.
Il resto è storia odierna. Dopo tredici anni di relativa tranquillità, Battisti è di nuovo in fuga. Condannato dalla nuova sintonia repressiva dei governi italiano e francese, vittima di una sentenza vergognosa (dettata dall’Italia) che ha calpestato ogni parvenza di diritto, privato anticipatamente di ogni possibilità di ricorso da una dichiarazione di Chirac in persona con il compare Berlusconi al fianco, ha visto svanire per sempre qualsiasi speranza di ottenere giustizia. Avrebbe dovuto rassegnarsi a finire i suoi giorni tra quattro pareti di cemento.
Ma Battisti non è così. Fuggiasco di professione davanti alle circostanze avverse che hanno costellato tutta la sua vita, lui è capace di sgattaiolare tra le gambe di chi cerca di afferrarlo. Adesso forse è là, in qualche paese remoto, che scappa come un furetto, spaventato e astuto. Come sempre.
Se corre così forte è perché conosce bene l’identità del nemico. Non si tratta solo dei fascisti più o meno riciclati che, oggi al governo in Italia, fanno lo sporco mestiere di sempre, magari su scala più vasta. Proprio mentre Battisti era più vulnerabile, Fassino, Diliberto e D’Alema facevano a gara nel rivendicare chi, tra loro, avesse per primo cercato di farlo estradare. Adesso che Battisti (una delle loro tante prede: c’è stato anche Ocalan, per dirne una, ci sono gli altri esuli in Francia) è uccel di bosco, si scagliano contro la mancata introduzione del mandato di cattura europeo, buono a trasformare l’Europa in un’immensa galera. Ai loro lati, una coorte sinistra di magistrati applaude e agita cappi e manette.
Oggi costoro professano il verbo neoliberale, ma sono eredi, per citare testualmente Cossiga, “del Pci che ha collaborato con noi in forme molto più forti di quello che comunemente la gente crede (e che non rivelo perché non voglio che parte dell’ex Pci getti fango su Ugo Pecchioli)”. Insomma, i soliti “picisti” di un tempo che fecero della delazione una strategia, della prigione ai dissidenti uno scopo, dei pentiti un mezzo, delle leggi speciali un’arma. Non a caso li si trova equamente ridistribuiti tra centrosinistra e centrodestra. Si chiamino Massimo D’Alema o Giuliano Ferrara, lo stalinismo lo hanno nel sangue. E, malgrado le apparenze, un cordone ombelicale tra post-stalinisti e post-fascisti, rinsaldato a Genova da un massacro predisposto dai primi e attuato dai secondi, li unisce ancora. Anche il patto Ribbentrop-Molotov hanno nel sangue.
Corri, Cesare, corri.. Spero di non avere tue notizie per molti anni. Poi, appena sarà possibile, ti raggiungerò in qualche angolo del mondo in uno di quei baretti di periferia che prediligi, a berci una tequila alla faccia di tutte queste merde.
www.carmillaonline.com - Articolo pubblicato 24 Agosto 2004
LIBERATION.FR : Battisti aurait fui la France pour échapper à l'extradition
mardi 24 août 2004 (Reuters - 14:52)
PARIS - L'ancien activiste d'extrême gauche italien Cesare Battisti, qui ne s'est pas présenté samedi à son contrôle judiciaire à Paris, a pris la fuite à l'étranger pour échapper à une extradition vers l'Italie, écrit mardi le quotidien Libération sans citer ses sources.
Dans un communiqué, le ministre de la Justice Dominique Perben juge "affligeant" d'approuver une telle "fuite".
Il rappelle qu'il a demandé un mandat d'arrêt contre Battisti, condamné à perpétuité par contumace en Italie pour deux homicides et pour complicité dans deux autres meurtres.
Pour des raisons de procédure, la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris ne se réunira que lundi pour statuer sur ce mandat d'arrêt. Jusque là, police et justice n'ont pas de cadre légal pour arrêter et incarcérer, ni même, en théorie, pour rechercher l'ex-militant d'extrême gauche.
Plusieurs personnalités du monde de l'édition - Battisti est devenu en France auteur de romans policiers - et de la gauche française ont justifié sa fuite éventuelle.
Dans Libération, l'écrivain Fred Vargas parle de "légitime défense" et le porte-parole du PS Julien Dray estime que Cesare Battisti a "été mis dans une situation impossible".
"On n'en serait pas là si les autorités avaient eu une attitude correcte en respectant la parole de l'Etat", a dit la sénatrice communiste Nicole Borvo.
"Certains commentaires de ceux qui prennent la défense de M. Battisti et approuvent sa fuite sont particulièrement affligeants et font preuve d'irresponsabilité. En contestant les fondements du droit français, c'est la démocratie que l'on fragilise", a répondu le garde des Sceaux dans son communiqué.
"Dans un Etat de droit comme la France, il appartient à tous ceux qui ont une part de responsabilité dans la société de défendre le respect de la loi et des décisions de justice", a-t-il ajouté.
DEPRESSIF ?
Ancien membre des "Prolétaires armés pour le communisme", âgé de 49 ans, Cesare Battisti a été condamné à la perpétuité dans son pays, dans une série d'arrêts rendus entre 1990 et 1993, pour avoir commis deux homicides et pour complicité dans deux autres, en 1978 et 1979.
Evadé de sa prison italienne en octobre 1981, il avait fui au Mexique avant de se réfugier en 1990 en France où il était devenu gardien d'immeuble.
Il reconnaît avoir été membre des "Prolétaires armés" mais assure n'avoir "jamais tué" et estime que la France doit s'en tenir à une déclaration du président François Mitterrand promettant en 1985 l'asile aux activistes de gauche italiens ayant renoncé à la violence.
La cour d'appel de Paris a rendu le 30 juin un avis favorable à son extradition et Cesare Battisti s'est pourvu en cassation, avec peu d'espoir d'obtenir gain de cause.
Jacques Chirac a déclaré qu'il ordonnerait l'extradition si le pourvoi était rejeté.
Placé sous écrou extraditionnel entre le 10 février et le 3 mars derniers, Battisti était depuis lors sous contrôle judiciaire avec interdiction de quitter l'Ile-de-France et de se rendre près des aéroports.
Son passeport et ses documents d'identité lui avaient été retirés et la police le surveillait de façon informelle.
Selon Libération, l'Italien aurait peut-être quitté la France dès le 14 août, date de son dernier "pointage" au contrôle judiciaire, et "plus sûrement" en début de semaine dernière.
Depuis, son répondeur téléphonique est saturé et le message d'accueil a changé, rapporte Libération. "Cesare n'est pas disponible mais il consulte son répondeur", entend-on.
Son avocate Irène Terrel, qui affirme que son client est "dépressif", a condamné la décision du ministre de la Justice de demander un mandat d'arrêt.
"Qu'on lui laisse le temps d'une respiration, qu'on lui laisse le temps de réparer cette défaillance. Cette précipitation est inhabituelle et complètement déplacée, on fait tout pour lui enfoncer la tête sous le sable", a-t-elle dit sur France Info.
http://www.liberation.fr/page.php?Article=233195
COMMUNIQUE DE PRESSE DU MINISTERE DE LA JUSTICE :
Paris, le 24 aout 2004
M. Cesare Battisti n’ayant pas respecté son contrôle judiciaire, qui lui faisait obligation de se présenter chaque semaine au service du contrôle pénal au TGI de Paris, Dominique PERBEN, Garde des Sceaux, Ministre de la Justice rappelle qu’il a demandé au Procureur général de Paris de requérir de la Chambre de l’instruction de la Cour d’appel la révocation du contrôle judiciaire de M. Cesare Battisti, la délivrance d’un mandat d’arrêt et son placement sous écrou extraditionnel.
Dans un état de droit comme la France, il appartient à tous ceux qui ont une part de responsabilité dans la société de défendre le respect de la loi et des décisions de justice.
Certains commentaires de ceux qui prennent la défense de M. Battisti et approuvent sa fuite sont particulièrement affligeants et font preuve d’irresponsabilité.
En contestant les fondements du droit français, c’est la démocratie que l’on fragilise.
LE FIGARO, 24 AOUT : Ce que dit la loi française
M.-E. P.
[24 août 2004]
Cesare Battisti ne peut, pour l'instant, ni être arrêté ni être mis en détention. Il peut en revanche être interpellé et placé en garde à vue par les autorités policières pour des vérifications d'identité. Mais au terme des quatre heures légales, il devrait de toute façon être relâché. «Sur un plan judiciaire, au regard du droit, il n'y a rien contre lui», explique-t-on au ministère de la Justice.
Seule une révocation de son contrôle judiciaire pourrait permettre son arrestation. La chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris examinera cette possibilité lundi prochain. Au terme de cette audience, la cour d'appel de Paris pourrait alors, comme l'a requis avant-hier le parquet général, révoquer le contrôle judiciaire de Cesare Battisti et décerner à son encontre un mandat d'arrêt en raison du non-respect de ses obligations légales.
C'est la chambre de l'instruction qui avait remis en liberté l'ex-membre des Prolétaires armés pour le communisme début mars après quelques semaines de prison et l'avait placé sous contrôle judiciaire. Son passeport lui a alors été confisqué et il lui est depuis interdit de quitter l'Ile-de-France, de fréquenter les aéroports et les aérodromes. Il devait aussi «pointer» une fois par semaine. Une obligation à laquelle Cesare Battisti s'est soustrait il y a trois jours.
24/08/2004 - "Battisti avait atteint un degré de détresse palpable", selon Fred Vargas
"On se fait beaucoup de soucis, je ne vous le cacherais pas, on aimerait tous qu'il aille bien, qu'il ne se soit pas fait violence à lui-même, comme on dit pudiquement", a-t-elle ajouté, affirmant qu'elle ignore où il se trouve. Cet entretien, diffusé mardi matin, a été réalisé lundi.
"Je ne sais plus s'il avait quelque confiance en la justice de ce pays, de l'Italie, en rien, et il était devenu très fragile, il pleurait beaucoup, il n'a pas tenu le choc, il a eu peur", selon Fred Vargas. En mai, elle avait rassemblé dans un livre "La vérité sur Cesare Battisti", divers textes et documents montrant, selon elle, que son extradition serait "une injustice profonde".
"Il a été détruit psychologiquement par la campagne de presse qui en faisait un monstre. Ce qui a été très dur, c'est quand il a déclaré au Journal du Dimanche (du 8 août): +je n'ai jamais tué personne+ et que c'est tombé dans une espèce de silence et d'indifférence. J'ai vu que ça l'avait beaucoup affecté, comme si personne ne le croyait, comme si la diabolisation était trop forte. Il avait vraiment atteint un degré de détresse palpable", selon elle.
Selon Libération, qui ne cite pas ses sources, Battisti, qui s'est soustrait samedi à son contrôle judiciaire à Paris, est parti à l'étranger "au moins depuis le samedi 14 août (...). Plus sûrement depuis le début de la semaine dernière, lorsque ses amis français l'ont eu au téléphone pour la dernière fois". Au quotidien, Fred Vargas a dit : "S'il a fui, et je ne peux que le supposer, il s'agit de légitime défense".
LIBERATION, 24 AOUT : Arrivederci Battisti !
Le réfugié italien a quitté la France pour éviter son extradition vers l'Italie.
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