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Le regard de Marco Sabato sur Avenida revoluciòn Malgré sa prose animée et pleine de brio et ses histoires bouillonnantes et cocasses, ce « roman dans le roman » nous livre en réalité un message désespérant, voire tout bonnement nihiliste. Ainsi, le livre terminé et au delà du plaisir de la lecture en tant que telle, des sentiments contradictoires demeurent. D’une part, le souvenir du rire perlé dont on a pu maintes fois être saisi; de l’autre, le désenchantement existentiel épais et presque insupportable, la désillusion incontournable et irréversible dont nous parlent ces pages. Pas d’espoirs tangibles, ni petits ni grands, dans le contrées d’ici-bas, nous suggère l’auteur; et pas non plus de nouveaux mondes, fussent-ils virtuels, qui sauraient nous délivrer de nos misères quotidiennes désormais bien trop solidifiées, nous rappelle-t-il encore. Mais, en même temps et en contrepoint, et par le biais de l’ironie et du paradoxe qui habillent toute cette pesanteur noire, il semble nous sommer qu’il faut se moquer de tout cela, en finir avec le questionnement infini, enterrer sous un ricanement ô combien bénéfique tout propos idéaliste de grands changements personnels et sociaux. Défaitisme ? Peut être. Mais, dans l’affirmative, il est réjouissant, ce défaitisme-là. Réjouissant comme un roman noir, justement... |
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Quelques figures emblématiques parcourent le livre de bout. E, même si elles ne sont certainement pas des primeurs pour les lecteurs, permettent néanmoins à l’auteur d’en décliner ses variations à lui, d’en donner une vision particulière et personnelle. D’abord, le mur, ce produit millénaire de la défense contre les dangers du dehors qui est aussi véhicule d’emprisonnement, d’entrave à la liberté et à l’épanouissement des gens. C’est ce deuxième aspect que développe le livre. Bâti par chacun en soi même pour sa propre perte ou par des autres à l’encontre de leurs semblables, immatériel ou matériel, imaginaire ou concret, le mur serait notre compagnon inséparable. Que de murs partout, alors, et quand même on les abattrait, cela serait en vain, car au delà nous ne trouverions qu’un mur ultérieur ou un paysage identique à celui d’en deçà. Murs démultipliés, murs imposants, murs imperceptibles, murs sans fin. Labyrinthe. Mais labyrinthe sans fil d’Ariane pour nous secourir, car, le cas échéant, ou bien il est trop court, ou bien il ne mène nulle part. Car ici et ailleurs, solitude et compagnie, anomie et société, ne seraient pas des opposés mais, au contraire, une seule et même chose fossoyeuse de tout élan qui se voudrait salvateur. |
Ensuite, le thème de l’identité. Ou, mieux dit, de son redoublement. Le double, cet agent de la poisse déjà raconté dans d’innombrables récit. On connaît l’histoire : le double n’a rien à voire avec l’identité, et se mettre ou se trouver dans la peau de quelqu’un d’autre ne peut que résulter néfaste. Car l’identité est affaire de différenciation, non pas de copie. Il ne peut pas y avoir deux individus totalement égaux (même pas sur le simple plan administratif), et, si cela se passe, il n’y aura que de malheur pour l’un des deux ou pour les autres, ainsi que nous l’enseignent les contes plus ou moins mythiques sur le sujet. Et peut importe si le redoublement n’est que le fruit du hasard, s’il est sans rapport avec une volonté quelconque. Ou si, semble ajouter l’auteur, il se niche dans les mailles de ce nouvel ordre mondial qui oeuvre pour un seul langage et une seule uniforme universels. Le pareil au même sera toujours méchant, oppresseur, frustrant, ridicule, comme l’illustre cet agent Gomez H. au clonage multiple qui n’en finit pas de jaillir là où on l’attend le moins. |
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Enfin, quant à la toile de fond de ce roman double, elle demeure dans l’intime conviction de l’auteur que la réalité est plus riche que la fiction, que celle-ci puise ses ressources dans le concret de celle-là, et que toute image de la deuxième a son penchant dans une des facettes de la première. Par conséquent, la fantaisie serait toujours déjà là, dans un réel qui recèle en soi même le fantastique, et qui est peut être même plus fantastique qu’un conte fantastique. Hypothèse que l’écrivain prend soin de démontrer nous décrivant des tranches de vie mexicaine contemporaine (appelons-les « le roman premier ») tout aussi, sinon plus, incroyables que celles qui se déroulent dans une Milan hors du temps (« le roman dans le roman »), pure fiction d’un écrivain fictif. |
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