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Le Cargo sentimental
Editions Joëlle Losfeld. Paru le 20 février 2003 |
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De la plaine de Pontina, dans le centre de l'Italie, au Bordelais, le roman de Cesare Battisti nous fait partager l'épopée d'une famille qui, de père en fils et de Résistance en résistances, trace à ses propres dépens un maigre sillon d'espoir dans le terrain insidieux de notre histoire récente.
Il y a une soixantaine d'années. On dirait un siècle ! |
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Dans cette plaine douteuse vit un petit homme, petit par la taille, mais grand par les ressources. Sous le pseudonyme de Teodoro, il se trouve, hasard des circonstances, à jouer un rôle de premier plan dans la Résistance. Il s'investit à fond dans les combats, car il a compris que le destin de ceux d'en bas se joue dans la lutte contre l'oppression. Il y croit, l'ennemi est bientôt en fuite, la Résistance a gagné, mais Pour lui et ses camarades commence une autre guerre, plus insidieuse, interminable celle-ci, car le droit à la misère est bientôt voté au parlement de la toute nouvelle République pour tous ceux qui refusent de s'insérer dans l'ordre capitaliste. Quand Teodoro courrait les montagnes italiennes, la Sten en bandoulière et le ventre vide, il ne soupçonnait pas que son destin allait croiser celui d'un inconnu, lieutenant dans l'armée fasciste, qui à la même époque foulait les tapis rouges d'un Bordeaux sous occupation allemande. La ligne de démarcation était toute proche, une zone fréquentée et cultivée par les agents anglais. Cet homme aussi, pour des raisons bien différentes de celles Teodoro, jouera son petit rôle dans les filières internationales de la Résistance. Aussi la guerre finie, il range son uniforme de lieutenant et s'installe du coté de Saint Macaire, très loin de la plaine de Pontina. Pourtant l'endroit lui est familier : l'humidité de la Garonne peut-être, ou les moustiques Son mariage avec une française coïncide avec celui de Teodoro en Italie. Un hasard que l'ex-lieutenant ne relèvera que bien plus tard, lorsque un mauvais tour du destin aura laissé sa trace dans leur vie. Le temps passe, les révoltes reviennent qui ne se ressemblent pas. l'Italie s'est à nouveau enflammée. Soixante-huit devient soixante-dix, puis quatre-vingt Teodoro a vieilli, il ne comprend plus ce qui passe : ces jeunes révoltés qui pourtant mangent à leur faim, la télé les présente comme des délinquants. Et son fils en est ! Ce fils, qui ressemble si peu a son père, s'est soudain mis à parler révolution avec la plus jolie fille du monde, sa première. Jusque là, il pensait que les révolutions étaient affaire de vieux, d'anciens combattants. Mais alors, ces milliers de jeunes dans la rue et Elle avec ? Il ne savait pas exactement ce qu'ils voulaient, mais tous avaient tellement de choses à dire et étaient si enthousiastes. Et il ne s'arrêta pas, même quand Elle, enceinte de lui, partit sans laisser d'adresse. Jusqu'au bout, les armes, les compagnons morts ou prisonniers, l'exil en France... Et dans sa tête toujours Elle et cet enfant qu'il n'aura pas vu naître. Le temps passe, dix ans, vingt ans... A Paris, parmi la génération des réfugiés politiques italiens, certains sont devenus grand pères. Le fils de Teodoro, lui, connaît à son tour l'autre guerre, celle des éternels perdants en quête d'un droit à l'existence. Il mène sa résistance, sans trop d'espoir, jusqu'au jour où un ancien compagnon de lutte le met sur sa piste à Elle. Le calcul est simple : l'enfant, son enfant, doit avoir vingt-cinq ans. Garçon ou fille ? L'adresse est à Saint Macaire, où a-t-il déjà entendu le nom de cette ville ? Il s'y précipite. Il y trouve quelque chose de familier dans l'air. Le soleil d'automne qui incendie sans réchauffer, peut être ? Ou alors les peupliers en rangées, séparant les rangs de vigne de la Garonne, les mêmes que dans la plaine Pontina ? Voilà que la nostalgie lui joue un tour. Il ne sait pas encore ce qu'il va découvrir car il ne connaît pas toute l'histoire... De Saint Macaire à Bordeaux, des ruelles du quartier Saint Michel à la dune du Grand Crohot, il finira par trouver. Ses origines d'abord, sa fille ensuite, enfin, un par un, tous les maillons d'une même chaîne familiale, longue comme un siècle, qui résiste encore à l'oppresseur. Cesare Battisti, Le Cargo Sentimental, éditions Joëlle Losfeld, Paris, 2003, ISBN 2-84412-151-9, 198 p,18.50 € |
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