A propos des Habits d'ombres



Bibliothèque St Martin-Brest

Arrêté et emprisonné puis relâché, mais étroitement surveillé par la police, Claudio Raponi, le principal protagoniste de ce roman, ancien membre des Brigades Rouges, condamné à perpétuité dans son pays, l’Italie, cherche à savoir qui l’a trahi et à régler ses comptes. Et d’abord avec le gardien de prison qui a accepté de favoriser l’évasion d’un compagnon de cellule contre une forte somme, puis l’a tué au dernier moment. Ensuite, il enquête à sa façon pour découvrir le ou la responsable de son arrestation. Est-ce Carmen, cette femme qu’il a aimée au Mexique, qu’il a suivie en Europe ?.. Menacé de partout, par la police, les services secrets, la Mafia, il se débat dans la cage où l’enferme son passé…

Une intrigue assez touffue, où le lecteur moyen se perd parfois un peu, en raison du nombre des personnages, pour certains un rien schématiques, et des relations complexes entre eux, peut-être aussi de sa méconnaissance du milieu où ils s’agitent… Ces réserves posées, le roman est fort intéressant à cause de la personnalité attachante du héros. Il ne ressemble en rien à l’image classique du terroriste, tueur sans scrupules et sans états d’âme.

Il a été habité par le rêve de briser les remparts d’un monde où se taille la part du lion une minorité de privilégiés beaucoup plus que lui contempteurs de la vie humaine, alliés de fait de ceux qui protègent une construction sociale et politique assurant à d’autres pouvoir et aisance. Réveillé, déçu des querelles qui divisent ses compagnons de lutte, aigri par la trahison dont il est victime et en butte aux soupçons persistants de ceux qu’il a naguère menacés, Claudio est en fait emprisonné par ce rêve même et son échec.

Premier roman de l’auteur publié en France, cette œuvre authentique, grinçante, qui indubitablement a été largement inspirée de l’histoire personnelle qu’a vécue Cesare Battisti dans les années 70 offre une radiographie surprenante du milieu des anciens activistes révolutionnaires en exil. En cela, elle a presque valeur de document et mérite amplement d’être découverte !


Patricia Mevel