A propos de Portes d'Italie


Nice Matin
vendredi 20 juillet 2001

Si vous ne jurez que par les polars américains, si pour vous, la vie en noir ne peut être signée que par Ellroy, Mc Bain, Charyn ou par tout ce qui vit et écrit du côté de Missoula, genre James Crumley. S'il n'y a de bon crime qu'anglo-saxon et d'hôtesse convenable pour meurtres en série que prénommée Agatha, Mary ou Phyllis Dorothy... faites tout de même une entorse à vos idées reçues et lisez ces nouvelles à l'italienne pour échapper aux clichés littéraires de l'été.

Au royaume de Berlusconi, voici la péninsule dans toutes ses noirceurs proposée par le Toulonnais Serge Quadruppani, écrivain et traducteur, entre autres, de Camilleri, Baldini, Lucarelli ou Fois, stars du roman noir ou du «giallo» transalpin. Bien mieux qu'un G8 à la ligurienne, prenez «Ballade pour Fofo la Matina», d'Andrea Camilleri, histoire de goûter l'un de ces personnages truculents que sait créer le maître de Sicile, père de l'inspecteur Montalbano (absent, cette fois). Ou «Super snail in action» de Cesare Battisti, pour entrapercevoir le style percutant de cet écrivain évadé d'une prison italienne, vivant depuis onze ans en France, qui s'abstient de l'extrader.

Et encore Laura Grimaldi, la papesse de Toscane, écrivain et éditrice (la collection‑culte Gialli, chez Mondadori), sobre et elficace («Pères et Filles»), ou Nino Filasto («L'Eclipse du crabe»), à la limite du fantastique, fin connaisseur des milieux judiciaires, du marché de l'art ou de l'histoire politique. Enfin le Parmesan Carlo Lucarelli, l'un des fondateurs du Groupe 13 terminant par une histoire de SS revenu sur les lieux de ses crimes à Sant'Ignazio, dans les Apennins.

Ces portes ouvrent sur tous les genres: polars tournés vers le passé fasciste, livres critiques de la société urbaine, toiles de fond pour nouvelles mafias, récits enracinés dans les provinces. Jusqu'aux partitions SF, séquences érotiques ou romans tirant en rafales sur l’Italie berlusconienne, cible désignée pour un bon bout de temps. A chacun son goût, mais ces récits inclassables d'une «post-Italie» vous donneront des envies d'été meurtrier.

Jacques Gantié