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Mariette

Voix en liberté ?

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Quelques jours après la disparition du "Centre du Commerce..."  "Mondial", s'il vous plait! J'allume la radio sur une fréquence amie, et ce que j'y entends me met en colère. Parce qu'il s'agit d'un jugement, qui ne m'appartient pas, et que je le sens pénétrer dans mon cerveau sans même que l'on ne me donne ni le choix ni les armes. J'ai envie de hurler qu'on a pas le droit, est-ce qu'on m'a demandé mon avis avant de me baver à l'oreille cette affirmation honteuse, et qui prétend ainsi parler au nom de tous ? Qui est-t-il cet animateur, pour me dire de ce ton sans réplique, non qu'il est, mais que nous sommes, que je suis, scandalisée par l'atteinte portée au symbole de la Toute Puissance Américaine ? Scandalisés, cela va sans dire, puisque tous ceux qui oseraient dire le contraire sont des assassins. Existerait-il une seule personne, si nous étions une Démocratie, qui aurait le droit de colporter ainsi la bonne pensée et de m'en colmater les oreilles? Mais pour s'exprimer autrefois, on avait inventé les débats, où sont-ils? Partout des monologues gluants, susurrant sans cesse une conception calibrée, sans âme. Colportée par tous, elle n'appartient plus à personne, elle est juste ce qu'il faut dire pour avoir le droit à la parole, parfois même au travail, au logis, au coucher, au manger... Ce qu'il faut dire pour contribuer sagement à conserver les esprits atrophiés.

Fut un temps où l'on apprenait à l'école que l'on doit se faire une opinion par soi-même. Qu'il faut, pour cela, partir de Zéro. Que tout intermédiaire est amené fatalement à ne livrer des faits qu'il relate qu'une In-ter-pré-ta-tion. Et qu'il faut donc confronter le plus possible de points de vue Di-ffé-rents, pour se faire une idée seulement de la réalité. C’était il y a une quinzaine d’années. Etait-ce un vestige des contestations de nos parents avant le grand rejet en faveur d'une société du fric ? Même pas. A l’école ? L’école, oui. Mais à bien y réfléchir, ce souvenir, je le dois plutôt à un autonome. Un assistant d'anglais, qui, en qualité d'assistant, n'avait pas eu à passer par l'IUFM pour nous "faire la classe". La neutralité dont il nous parlait pouvait donc être sincère. Il ne s'agissait pas de l'uniforme enseignant, destiné à  couvrir d'une fausse neutralité les orientations d'un programme "auto protectionniste".

 

Et bien c'est quand même incroyable, si on pense que l'école contribue en proportion énorme à la formation personnelle de l'individu, de s'apercevoir qu'elle ne lui donne même pas de son plein gré l’outil le plus élémentaire de l'auto-constuction.

 

Résultat, la plus grande majorité des gens et même un peu plus ne sait toujours pas, alors même qu'on est sur le point de basculer dans ce qu'on prenait hier pour de la science fiction, qu'avant d'ouvrir sa gueule, il faut ouvrir ses oreilles. Le bipède que nous sommes a même tendance à croire qu'il lui faut avoir à tout prix quelque chose qui ressemble à une opinion "personnelle". Il utilise toute son intelligence (et c'est là qu'on sait qu'elle existe) à observer la situation pour en déduire à une vitesse impressionnante comment avoir l'air de penser pour ne pas être démasqué en flagrant délit de mensonge.

Et voter, bien sûr, est un devoir civique.

 

Hé bien non, et ne craignons pas d'affirmer des évidences car on ne les répètera certainement jamais assez pour venir à bout de ces vilains malentendus. Non. Voter, c'est loft story game, c'est l'illusion de donner son tour à l'un ou l'autre de participants de toute façon interchangeables. La croyance qu'on peut et qu'on doit payer quelqu'un pour faire à notre place quelque chose d'essentiel, de vital.

Non. Pour ce qui est de vivre et de penser plus que pour toute autre chose, on ne pourra jamais être aussi bien servi que par soi-même. L'homme ne naît pas altruiste, et le politicien, encore moins. D'ailleurs il pousse à l'écart, bien à l'abri, il ne sait rien du monde dans lequel il nous confine, comment pourrait-il seulement comprendre nos besoins ?

Non, avoir une opinion n’est pas une nécessité, on peut aussi décider de ne pas penser du tout, à condition de parvenir à rester objectivement autonome, et toute la difficulté est là !  Une chose est sûre, en effet, c’est qu’il vaut mieux avoir la tête vide que mal remplie. Cessons donc de blâmer l’ignorance, car le droit de la revendiquer fait place nette pour poser les bases du mécanisme sain de la réflexion. Saluons le courage de ceux qui s’accordent ce droit et l’accordent à autrui. Redoublons de vigilance, car c'est là, si l’on saute la moindre étape, que l’on risque de se retrouver, à l’instar de Descartes, en train de démontrer en toute bonne fois l’existence de Dieu. La marmite nettoyée, ne nous hâtons pas de re-fourrer dedans toutes les convictions frelatées de notre mémoire saturée.

Seulement voilà que, tout nu tout propre, au moment de composer notre éventail de points de vue divergents voir opposés, on se rend compte qu'il n'en existe pour ainsi dire pas. A croire qu'une seule personne assiste aux évènements, en remet sa propre interprétation subjective à un autre, qui la transmet par le creux de l'oreille à un suivant, et ainsi de suite. A la fin, comme lorsqu'on était petit, Le chien a mangé la savate que tu as dans l'oreille, et plus moyen de savoir à quoi ressemblait l'info à l'origine. Sans parler d'intermédiaires aux intentions douteuses qui, lorsqu'ils ne sont pas bouchés, provoquent intentionnellement la déformation par souci de leur intérêt.

Or, supposons que quatre personnes d'opinions autonomes et divergentes aient réellement assisté au même évènement. Et que chacun en donne librement son interprétation, cherchant à être le plus objectif possible, et ne se souciant pas un instant de ce qu'il faut ou ne faut pas dire. Hé bien cela ne suffirait pas, nous aurions encore besoin de formuler tout ce que cela nous évoquerait. Avant qu'on vienne vous baver dans l'oreille un jugement tout cuit, prédigéré par Dieu sait qui, sans vous permettre de le mettre en discussion. En deux mots : Jugement rendu indiscutable par des procédés indignes d'une démocratie, qui nous a tous poussés, un jour ou l'autre dans le piège de l'autocensure. Pour compléter l'action des censures directes déjà en place. Alors stop. Avant de parler de Démocratie, (et il faudra bien trouver une appellation moins galvaudé) commençons par envisager une liberté d'expression accessible à tous. Que jamais plus un jugement ne soit imposé, proféré, sans que d'autres, au nom du droit à la différence, ne puissent s'y opposer. Fermons peu à peu les espaces clos, ou les propos se justifient eux même, où les prises de positions se posent en information, rouvrons débats et discussions, pour alimenter la réflexion.

            Libérons la voie.

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