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ViaLibre5 à la rencontre d'univers en liberté |
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Edito du n° 0, par
Cesare Battisti |
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Au commencement, un site d’auteur. Pourquoi pas, ça fait moins peur. Des romans, rien que de la fiction… Ça n’a jamais fait de mal à personne, et parfois c’est même amusant. J’aime bien commencer par les conneries, ça donne du courage pour continuer. Ensuite… ce qui allait arriver après, je le savais déjà avant. Il me fallait juste un air de rien, du genre : « Je suis de passage, pas la peine de s’inquiéter. J’offre juste une page, une entrée, rien qu’une voie libre… » Ça m'a fait tout de suite penser à d’autres expériences. Similaires, peut-être bien, mais rien à voir avec celle-ci. D’ailleurs, ça fait très longtemps. Et c’était au Mexique ! À cette époque le Net n’existait même pas, avec les copains on se retrouvait dans la rue. Que des flics partout, et quoi qu’il arrivait les journaux nous accusaient toujours. Certes, on s'y était habitués, mais cette histoire commençait quand même à nous faire chier. Alors un beau jour on a dit basta ! C’est comme ça qu'est né Via Libre, un magazine culturel. Tu parles ! |
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C’est vieux tout ça, et ça n’était pas facile non plus. Au début, on n'y croyait pas trop et, juste pour ne pas bousculer la routine, on a commencé par un délire : « Nous convoquons les désocialisés enragés pour écrire de leurs sales mains quelques mots dans le livre de leur propre histoire». |
Résultat : un désastre. Il fallait s’y attendre. Une horde sauvage nous arracha le papier de la machine et, sans faire ni une ni deux, s’en servit pour mettre le feu à la prairie. Il faut dire que c’était du recyclé, et que ça brûlait vachement bien... |
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Ce n’était pas comme maintenant, où les autorités cherchent à nous apprivoiser proprement à coups de mitrallette. À l’époque ils en étaient encore aux coups de matraque et si leurs balles tuaient tout autant, ils les déclaraient perdues. Bien sûr, ils nous laissaient dire tout ce qu’on voulait, mais les bonnes manières étaient requises, obligatoires. |
Malheureusement, Via Libre n’était pas un exemple de politesse. Et après avoir beaucoup fait parler d’elle, la revue eut le culot, ou, si vous préférez, la prévoyance, de se mettre au vert. Les raisons de ce « choix » étaient nombreuses. Certainement toutes sérieuses, mais aucune d’entre elles suffisamment persuasive pour nous obliger à tourner définitivement la page. |
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Malgré nous, après avoir quitté l’enclos du papier imprimé, l’esprit Via Libre a continué d'errer dans l’ombre planétaire. Parfois, il a fait discrètement surface dans un festival du livre en France, autour d’un concert du côté de la frontière gringa ou, ¿quien sabe?, sous un passe-montagne noir pour se protéger des moustiques du Chiapas. Mais c’est de l’histoire, tout ça. Les temps ont bien changé. Les moustiques d’aujourd’hui se déplacent à une vitesse vertigineuse, d’un G8 à l’autre. Tactique, stratégie, simulacre ! Ils sont devenus balaises pour nous parasiter. Et un site d’auteur… ça les fera bien rire ! Mais où j’en étais déjà ? Ah, oui, on parlait délire... |
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Via Libre était donc un
espace de rencontre, de débat culturel et de lutte, car la vraie
culture n'a jamais été séparée du corps social et de ses revendications.
Et si aujourd’hui, par pure folie, il fallait refaire un truc dans le
genre, je l’appellerais pareil. J’ajouterais juste une variante : chaque
numéro sera pris en charge par celui qui a envie de dire, gueuler,
montrer, exposer, exploser, enrichissant ainsi le débat de son propre
univers en liberté. C'est précisément ça la Via Libre qu’aujourd’hui on jette dans les méandres de la Toile. Et que le verbe soit donné à qui voudra bien s'exprimer... |