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Pascal Salamito

Le choc des genres

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Que l’on considère la littérature, la bande dessinée ou bien le cinéma, l’on est forcé de le reconnaître: les genres se mélangent, se confondent. On peut lire les aventures d’un apprenti criminel high-tech désireux de voler l’or du Petit Peuple, suivre l’enquête d’un super - héros psychotique sur la mort des siens et aller voir un chevalier - naturaliste se battre comme à Hong Kong dans le Gévaudan du XVIIIème siècle. Quoi de bien étonnant à tous ces croisements? Depuis le temps qu’ils se côtoient, il était écrit que les genres allaient entrer en collision.

Car, même si chaque genre peut être représenté par une chapelle un peu (parfois trop) fermée aux autres (du type: Pas d’elfe dans mon vaisseau spatial!), les genres se connaissent. Comment? Ils sont lus, vus appréciés par une population peut être plus homogène que l’on pourrait le croire. Une population qui joue aux jeux de rôles, va acheter chaque semaine ses comics, communique via le Net et se retrouve à une projection en présence de Dario Argento (pour patienter, on peut avoir le dernier Evangelisti dans sa poche). Des échanges ont lieu. Et celui-là se dit qu¹un privé en imper rendra très bien dans sa prochaine campagne de L’Appel de Cthulhu. Elle, découvre que si les elfes sont séduisants, ils peuvent aussi être drôles dans le Disque-Monde. Et tous ceux-là découvrent que dès les années 80, on savait mélanger gun-fights et chorégraphies martiales, un peu plus à l’Est de chez nous.

Parce qu’en fait si nous (lecteurs, spectateurs, joueurs et aussi consommateurs) pouvons profiter de tous ces nouveaux mélanges, c’est quand même bien grâce à certains guides (Grands Anciens serait-on tenté de dire, même s’ils savent rester très accessibles) qui ont su, et savent encore soit créer, soit apprécier des œuvres d’un genre novateur, des œuvres qu’ils aiment et qu’ensuite ils nous font partager. Car tout comme nous, ils sont, eux aussi, amateurs de cette culture de genres, avec laquelle ils sont, et, restent en contact lui conservant donc toute sa vivacité. Ainsi, les genres peuvent garder ce cachet “artisanal” des choses faites avec envie et inventivité.

Mais il est vrai que par les temps qui courent, l’artisanal vire très facilement à l’industriel. Le succès d’un personnage, d’un univers le transforme très vite en “franchise”, en “licence” des termes bien commerciaux qui, c¹est malheureusement un fait, font désormais partie de la culture de genres. Comment éviter cette récupération? Ne pas avoir de succès? (Mmouais...) Ré-inventer en permanence les genres, en les mélangeant? Se jouer à l’envie de contraintes qui les définissent? (Ça, c¹est tout de suite plus amusant, aussi bien pour les auteurs que pour leur public.) Mais l’Ironie (avec un grand “I” donc) veut que ce même mélange soit aussi employé par les éditeurs, producteurs et autres décideurs en quête d’un succès artificiel.

Ainsi perverti, il se résume à: “Un peu de tout, pour plaire à tout le monde”. Ainsi, l’ennemi n’est pas bien loin. Il observe. Mais tant que les genres restent une distraction, pas une diversion et la culture, une évasion sans être une fuite, alors nous aussi, nous observerons. Mais nous ne serons jamais seuls.

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