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à la rencontre d'univers

en liberté

Magazine
n° 11. Décembre 2002.


© Photo : Anne Pambrun

Caissier de Bibliothèque


Dans toutes les bonnes bibliothèques de France, on célèbre cette année le bicentenaire de la naissance de Victor Hugo. Et demain, ce sera Zola et ainsi de suite… Vivent les auteurs morts ! Et peu importe ce qu’ils ont écrit ! Après avoir été injuriés, expulsés…, ils appartiennent désormais à la culture officielle, celle qui ne bouscule rien.

Suis-je clair ?

Quelle bibliothèque ne possède son Marquis de Sade, mais combien ont acheté en cette rentrée littéraire " Il entrerait dans la légende " de Louis Skorecki ?

Peur de l’élu ? Autocensure ?

En fait le mal est plus profond, à l’image de notre société démagogique. On organise des débats sur le refoulé, mais en se prémunissant. L’Algérie, oui, on peut commencer à en parler. Mais inviter par exemple un italien réfugié en France, auteur reconnu, sûrement pas.

- On ne pourra contrôler. Il risque d’y avoir des débordements. Les élus ne comprendront pas.

La culture ancrée dans la réalité, c’est du passé. Si on évoque le devoir de mémoire, c’est souvent pour cacher notre actuelle misère.

- On vote à gauche, mais on ne confie pas la location de son appartement à un arabe !

Bousculer les certitudes ? Non, c’est contre-productif. Plaire, cirer les pompes, c’est bien mieux : un comportement généralisé.

TF1, les bibliothèques, même combat. Ces dernières sont devenues les vitrines des municipalités, qui réclament des chiffres à la hauteur des investissements. Des statistiques de prêt toujours en hausse ! Existe-t-il aujourd’hui une réelle différence entre les piles de romans proposées par les maisons de la presse et les nouvelles acquisitions des bibliothèques ?


© Photo : Anne Pambrun

Culture ou loisir. Le public réclame. La publicité commande. Et le bibliothécaire devient un bon chef de rayon dont, le mercredi et samedi, le boulot aux banques de prêt et de retour ressemble à s’y méprendre à celui de la caissière de Carrefour.

Paraconcurrence diront certains. Et d’autres pousseront la logique jusqu’au bout en privatisant. Et peu importe le social. Il y a déjà 30% de non-titulaires dans la fonction publique territoriales que l’on peut virer comme on veut. Quand un directeur d’établissement peut déclarer sans réaction :

- On dispose d’un panel de contrats qui permet de gérer au mieux les priorités de service.


© Photo : Anne Pambrun

SIC…

Si la culture crée du lien social, elle est aussi par essence subversive. Elle a donc peu à voir avec l’administration et sa hiérarchie.



Bernard Strainchamps

www.mauvaisgenres.com

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