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à la rencontre d'univers

en liberté

Magazine
n° 12. Février 2003.

Album Photo

 
par Sébastien Bonnefoy

Avez-vous déjà tenté de raconter un voyage ? Comment vous y prendriez-vous ?

Mettez-vous en situation. Vous êtes de retour d’un voyage, pas forcément long, quelques semaines, assez pour que vous ayez été dépaysé, émerveillé, parfois énervé aussi. Inévitablement, vous avez envie de commencer la narration au départ, à l’instant où tout a basculé dans la nouveauté, où, extrait du quotidien, vous vous retrouvez joyeux, penaud, heureux, le cœur serré, sur un quai, dans une salle d’attente, dans une voiture.

Bougies devant une villa à Santiago où disparurent des opposants au régime de Pinochet. Chili. 2002.
© Sébastien Bonnefoy

J'ai souhaité graver l'effort de mémoire que font les familles des victimes.
Très rapidement, vous vous mettez à raconter la première anecdote. Et puis, tout d’un coup, tout s’emmêle, vous parlez, on vous coupe et vous répondez aux questions, et au fond, vous vous dites que non, finalement, ce n’était pas exactement ça. " J’ai oublié de te dire que… " " Et puis il y a eu aussi … " " ce n’est pas exactement ça…". Vous commencez à perdre pied. " Attends, je vais te montrer mes photos… ". C’est une belle idée. Les images en disent parfois plus que les mots.
Par quel autre moyen voulez-vous raconter un voyage plus fidèlement que par la photographie ? La parole et l’écrit demandent de la réflexion alors que la photo, parfois, se passe de commentaires. Vous l’avez prise. Et tout est rassemblé, cristallisé en une image. Solution de facilité qui court-circuite le discours ? Paresse intellectuelle ? Peut-être. En tout cas, plaisir de l’instant saisi, la photo sait aussi apporter du sens.
La Patagonie vue du ciel. Chili. 2002
© Sébastien Bonnefoy
.

La réflexion du photographe se situe en amont de son discours. Il décide du cadrage, du sujet, et d’autres paramètres techniques s’il le souhaite. Et ce que l’œil choisit en raconte autant sur lui que sur son sujet. A la réflexion construite sur le "pourquoi" et le "comment" de la photo s’ajoute une part d’irréfléchi et d’intime qui construisent l’image.

Touffe. Chili. 2002. © Sébastien Bonnefoy.
J'ai essayé de rendre palpable l'étrangeté du paysage.

 

Post 21 Avril. Pérou. 2002. © Sébastien Bonnefoy
Comment se vivent les élections présidentielles
à l'autre bout du monde ?

Mais l’intention du photographe (consciente ou non) se perd lorsque la photo est soumise au public. Une photo se regarde entière, il est difficile de n’en garder qu’une partie. L’intégrité du discours crée un choc pour le spectateur ; toutefois, la photographie n’est pas totalitaire pour autant.
Manifestation à Cusco. Pérou. 2002.
© Sébastien Bonnefoy

Chaque individu est libre de se laisser happer par une photo mais il peut aussi décider de ne pas entrer dans le jeu. Plus précisément, il existe plusieurs niveaux de lecture d’une photographie : tout d’abord, le résultat, qui comprend, outre un sujet et un cadrage, un tirage (qui peut modifier les impressions laissées de manière non négligeable – je dirais que le tirage est à la photo ce que la ponctuation est à un texte). Puis intervient un deuxième niveau, qui est le questionnement de la photo : par exemple, " Qu’y a-t-il d’absent dans la photo, comment est-ce autour ? ", ou encore, si le sujet montre une personne " Que pensait-elle ? Quelle est sa couleur préférée ? ".


Désert de sel d'Uyuni. Bolivie. 2002. © Sébastien Bonnefoy
Que nous réserve la vide immensité d'un désert ?

Le foisonnement de questions est d’autant plus intense qu’il s’agit de photographies de voyage : aujourd’hui, chacun a des images en tête sur à peu près tous les pays du monde. Faites-le test vous-mêmes : imaginez-vous Londres, le Yémen, la Birmanie…

Gare routière de Sta Cruz. Bolivie.2002
© Sébastien Bonnefoy
J'ai voulu rendre le grouillement d'une
gare routière à l'orée d'un jour de semaine.

Fille de Sans Terre. Bolivie. 2002. © Sébastien Bonnefoy
Spontanéité et pauvreté.

Et vos photos de voyage dans tout ça ? Elles ont pour vous l’ambition de retranscrire le film du voyage, son ordonnancement, ses motivations, les découvertes et les émotions vécues. Mais elles ne seront, au fond, que des images parmi d’autres et la signification que vous aurez voulu leur donner ne sera que rarement comprise par les autres. Le media/medium photo facilite le récit de voyage mais ne s’y substitue pas. Le voyage et le dépaysement total se partagent difficilement – mais honnêtement, a-t-on envie de tout révéler ?

Hamacs sur l'Amazone. Brésil. 2002
© Sébastien Bonnefoy
J'ai essayé de rendre le plus
simplement possible l'atmosphère sur le bateau.
Vue plongeante. Brésil. 2002
© Sébastien Bonnefoy

Le voyage sur l'Amazone est long. Très long.
Que faire, sinon laisser promener son regard ?

Contact Sébastien Bonnefoy

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