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Magazine
n° 13. Mars 2003.

Et Hoover créa l'Ennemi Public N°1

 
par Joseph Kaval


voir le site : www.fbi.gov

Au commencement, le terme "Ennemi Public N°1", locution traduite de l’américain pour les individus "dangereux" et les plus recherchés, est un concept créé par le FBI en 1933, à un moment qui n'a absolument rien d'innocent. Après douze années d'administration républicaine, le démocrate Franklin Roosevelt est élu en novembre 1932. Dès sa prise de fonction, il commence à remplacer les fonctionnaires nommés par les Républicains, dont J. Edgar Hoover (à la tête du FBI depuis 1924), qui espère bien rester à sa place. Par opportunité et amitié, le Procureur général Cummings insiste auprès du nouveau Président pour qu’Hoover reste à son poste. Roosevelt refuse de s'engager clairement. Hoover pense alors qu'il peut sauver sa carrière par des coups d'éclat et, malgré les texte lois fédérales édictés par la nouvelle administration, Hoover décide dans un premier temps de lancer le FBI sur des résultats immédiats, plus faciles à obtenir. Il sélectionne alors quelques grands gangsters et crée "L'Ennemi Public N°1".

voir le site : www.fbi.gov

Pour magnifier la lutte que mène Hoover contre ces hommes, Hoover choisit John Dillinger, premier " Ennemi Public n°1" de l’Histoire. Hoover utilise la presse et la radio et à chacune de ses actions, son prestige flambe. Les journaux, heureux de voir leurs différentes éditions s'envoler, participent à ce nouveau jeu. A chaque arrestation, un gigantesque cirque médiatique est soigneusement mis au point par Hoover lui-même. Humilié à plusieurs reprises par ce gangster habile, ce gangster " classique " représente une toute petite menace au regard du syndicat du crime organisé. Le total des hold-up de Dillinger se monte, selon l’estimation du FBI à 300 000$. Cette somme représentait l’équivalent d’une journée de " recettes " pour le syndicat du crime de Chicago. Grand parano devant l'éternel, Hoover dirigera le FBI pendant presque 50 ans, sachant tout sur tout le monde. James Elroy le considère " comme le plus grand ripoux de l’histoire américaine ". Enfin, rappelons que Franck Costello, un des barons du syndicat du crime possédait des photos sur Hoover le vertueux et père modèle : homosexuel, luxure, tricherie aux courses, drogué. Ceci explique sans doute cela...

Dans la violence de la grande dépression économique et sociale, "l'Ennemi Public N°1" allait devenir l'apanage d'une société en quête d'elle-même. Ainsi, un ancien gangster des années 30, Alvin Karpis, a très bien raconté dans son livre (Série Noire) "Ennemi Public Numéro 1", comment le chef du FBI orchestra une campagne de presse contre lui, sans rapport avec sa réalité criminelle, mais étroitement liée aux ambitions d'un Machiavel moderne.

Ainsi, à plusieurs reprises dans l’histoire des démocraties, les médias ont exploité "L'Ennemi Public N°1" comme un agent moderne de régulation et de santé sociale, offrant aux citoyens et aux hommes politiques, la possibilité de transcender leurs clivages traditionnels. Entre malaise et inquiétude, l’exploitation de"l'Ennemi Public N°1" tend alors à devenir un consensus qui va enfin réconcilier et refondre l'unité nationale. Dès lors, les discours sur l'insécurité apparaissent et souvent provoquent l'adhésion à des idéologies autoritaires. Tout ce récit dramatique et médiatique éveille et mobilise une curiosité singulière, mélange de fascination et d'inquiétude.

 


www.fbi.gov

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Il est intéressant d'observer que tout semble se passer comme si pour compenser ses dysfonctionnements, la société contemporaine éprouvait le besoin de transformer ces hommes en objets de divertissement. Entre passion et indifférence, paranoïa et folie, mythologie et réel, le costume de l'Ennemi Public N°1" possède ses singularités et ses variables historiques mais ce feuilleton humain à suspens semble renvoyer en direct à la société son aliénation, ses fantasmes et ses tourments.

Si "L'Ennemi Public N°1" est un thème puissant, c'est aussi à la faveur des mots et des images : ils révèlent l'imaginaire et la conscience d'un peuple. Dès lors, ces histoires nous apparaissent aussi comme un miroir équitable de notre société où les enjeux sociaux, culturels, politiques et religieux sont spécifiques au profil de " L'Ennemi Public N° 1" : Bonnie and Clyde, Pierrot le Fou, Nestor Pirotte, Jacques Fassel, Jacques Lerouge, Mesrine, Carlos, Ben Laden…Avec l’exploitation quotidienne de ce concept, c'est toute une civilisation qui se voit caractérisée par la cruauté, l'ambivalence, la perversion, l'opacité. Toutes ces histoires ne sont-elles pas la trame d’une "autre Histoire", possédant elle aussi, ses martyrs et ses monstres, ses héros et ses fous ?

 

> Pierrot le Fou, premier Ennemi Public N°1 à la française

> Emile Buisson reprend le flambeau de "l’Ennemi Public n°1"

> Nestor Pirotte, "L'Ennemi Public N°1" qui fit trembler la Belgique

> Carlos, L'Ennemi Public N°1 international

 

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