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ViaLibre5 à la rencontre d'univers en liberté |
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Rapido ! |
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par
Mathieu Josselin
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L’odeur méphitique et les vociférations de quelques clochards affalés dans une mare brunâtre me tirent soudainement du néant cérébral dans lequel je patauge depuis ma sortie du bagne, doux surnom du bureau de poste de la rue de Flandres, mon lieu de travail. Je néglige une fois de plus les insultes de ces déchets et les aboiements de leurs cabots pouilleux, les uns comme les autres étant harcelés par ce salopard de ministre et c’est bien suffisant. |
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Je ne peux même pas participer au financement du litron. J’ai déjà
du mal à joindre les deux bouts et on est que le treize du mois.
Sans compter que ces ordures de contrôleurs m’ont mis à l’amende,
j’avais le coupon, pas la carte… Elle cale l’imprimante à ma gauche,
au guichet, qui sinon tremble comme l’Arménie et met les chiffres
dans les mauvaises cases…Suite aux plaintes d’une armée de grands
mères en furie, j’ai expliqué au chef maton qu’il fallait
mettre en cause son matériel, pas mon professionnalisme. Je n’ai
pas dû être convaincant. Depuis, il m’a dans le nez, ce sous-off
à la manque… Il suffit que Madame Machin râle dans la file
et c’est moi qui prend.
Même si c'est pas MA file… Un jour je ne le raterai pas cet enc…. Ha, ma station. Il faudra que je me fasse muter plus près de chez moi, j’en ai marre de me taper le changement, ça interrompt mon enrichissante lecture de " 20 minutes " et il est hors de question de supporter les têtes de bobos du Marais, propres sur eux, en restant sur la ligne 7. Sully Morland, Châtelet les Halles, Louvre-Rivoli… Odieux mélange de faux pauvres et de vrais pauvres types…Et de vrais riches assumés. Si je tenais le gars qui a imaginé ce tracé… Bon, allez, dix minutes de marche et je suis au bercail. Une cigarette, un peu de musique, une assiette de pâtes et ça ira mieux. |
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Tiens, il pleut. Plus de cigarettes. Tant pis. Détour par le tabac. Je remarque une fois de plus à quel point ma banlieue peut être glauque sous la pluie. Ce fourmillement de têtes familières et pourtant inconnues, ces petites flaques agitées de soubresauts à chaque goutte, les crevasses de ce trottoir qui n’a pas vu d’ouvrier de la voirie depuis ma naissance… Pas étonnant que j’aie des coups de cafard… Allez rentre chez toi. Il n’y a pas trop de monde au tabac, c’est bien. Je guette de droite et de gauche dans l’attente amusée de mon ennemi, qui ne tarde pas à se manifester : Mr Rapido, toujours le même. Suivant sa vieille technique d’approche latérale, il se glisse entre moi et mon prédécesseur aussi lestement que lui permet son taux d’alcoolémie avancé. Hé oui, il ne faut pas qu’il rate son tirage… Tellement drogué à son jeu où il engloutit l’argent du ménage qu’il en oublie l’existence des autres… Tiens c’est une idée. Cette fois-ci, il a fait plus fort, il m’a même écrasé le pied gauche. Bon, laisse-le à ses rêves idiots, tu vas finir par te mettre en colère. |
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Je fonce à l’épicerie, la foule du supermarché ne m’inspire pas. Tiens, fermé. Mais depuis quand est il fermé le vendredi soir, celui là ? Il se paye ma tête ou quoi ? L’ai-je déjà tellement engraissé en engloutissant mon argent dans sa boutique crasseuse qu’il est parti se faire bronzer au pays ? Tant pis. Pas de sauce sur les pâtes. Home sweet home… |
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Bien sûr, elle ne répond pas. Déjà trois messages en deux jours. Nul doute qu’elle aura trouvé un type passionnant, plus passionnant en tous cas qu’un brave guichetier de poste. Une de perdue… Ho et puis ras le bol. J’attaque le whisky. Jérôme en avait amené samedi dernier, on était déjà tellement attaqué quand il est arrivé qu’on y a pas touché. Y’a quoi à la télé ? ………………………………
C’est tout de même incroyable d’être entouré d’autant d'abrutis congénitaux, à croire que j’ai tiré le mauvais numéro à la loterie de la naissance… Remarque, j’aurais pu naître afghan ou irakien, ce serait pire… Quoique, les gens là bas doivent être moins cons. C’est à force de savoir qu’ils vont pouvoir bouffer que ces couillons deviennent si hargneux. Peut être que moi aussi d’ailleurs… Ca doit être possible de voir les autres différemment. Paraît qu’ils y arrivent, les bouddhistes, shaolins et autres moines Zen… Ils y arrivent… Mais ce n’est déjà plus pour moi. Pfuuuuh, j’ai la tête qui tourne je ferais mieux d’aller au lit.
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