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à la rencontre d'univers

en liberté

Edito du n°14, par Julien Peltier
Mai 2003.

Frodo et les Argonautes

"Si toutes les crevasses du monde, nous les avons emplies
d’Elfes et de Gobelins, si nous avons osé bâtir des Dieux et leurs demeures
Des ténèbres et de la lumière, et si nous avons répandu la semence des dragons,
C'était notre droit (bien ou mal employé). Ce droit n'est pas tombé en désuétude..."

J.R.R. Tolkien. Faërie

 

France, automne 1916, dans l’enfer boueux de la bataille de la Somme, le Verdun des armées britanniques engagées sur le continent, un jeune sous-lieutenant griffonne sur un carnet fatigué. Le crayon court sur le papier, semant ici une forêt que les éclats d’obus n’ont pas encore dévastée, là un royaume caché lové au creux des montagnes, épargné par la folie sanguinaire. Le garçon, tremblant de fièvre, caresse nerveusement son alliance. Avant de quitter l’Angleterre, il a épousé Edith, son amour d’enfance. Ce grand jeune homme s’appelle John Ronald Reuel Tolkien. Au milieu du brasier infernal, un paradis est sur le point de naître, un monde au-delà du temps, qui fascinera toujours près d’un siècle plus tard.

Un monde à part, singulier et pluriel, au confluent des croyances : païen et pourtant imprégné d’un monothéisme transcendant. Un monde peuplé d’Elfes et de Nains, mais hanté par les espoirs et les craintes de l’être humain.
Comment expliquer cette fascination, doublée désormais d’une popularité sans égale pour une œuvre unique dans toute cette bien souvent mauvaise littérature fantastique ? L’on sait que Tolkien était un érudit, un alchimiste subtil versé dans les mythes fondateurs et les grandes légendes de nombreux peuples. Il a façonné sa propre pierre philosophale dans ce creuset de connaissance, ravivant la flamme qui gît en chacun de nous : la peur du souffle du dragon, le parfum oublié de l’épopée.

En tournant les pages qui suivent, vous goûterez à votre tour aux saveurs du merveilleux. Prolongez l’enchantement du Seigneur des Anneaux en découvrant la véritable nature du redoutable Balrog ou en perçant à jour le mystère des Ents, les étranges bergers des arbres.
Vous apprendrez également comment John Howe, illustrateur de renom, a vécu plus d’un an et demi en Nouvelle-Zélande, sur les lieux du tournage de la trilogie de Peter Jackson, et réalisé un vieux rêve en voyant ses créations prendre vie sous les projecteurs.
Et parce qu’il faut rendre justice aux détracteurs du Professeur d’Oxford, vous jugerez vous-mêmes du bien-fondé des critiques de l’essayiste Isabelle Smadja.

Bienvenue en Terre du Milieu.

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