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Magazine. Entrevue
n° 14. Mai 2003.


© Fataneh Howe. 2002

Rencontre avec John Howe

L’illustrateur canadien John Howe a collaboré à de nombreux livres pour la jeunesse, même s’il est surtout connu pour son merveilleux travail d’illustration de l’univers conçu par J.R.R. Tolkien. Il a participé à la réalisation de l’adaptation cinématographique de Peter Jackson au titre de concepteur visuel, et à plusieurs reprises, ses œuvres ont été exposées de par le monde.

John Howe a vécu à Strasbourg durant trois ans, lorsqu’il y poursuivait ses études à l’École des Arts Décoratifs. Il vit aujourd’hui en Suisse.

Vous illustrez Tolkien depuis plus de 15 ans, avez-vous assez de matière pour continuer encore 15 ans ?
1000 ans ne suffiraient pas à épuiser le sujet, il y a une telle profondeur dans le monde que Tolkien a créé qu’il n’est pas possible de l’épuiser en 15 ans, pas plus que 15 ans ne suffiraient à illustrer notre propre monde.

Y-a-t’il encore des thèmes que vous jugez impossibles à représenter ?
Beaucoup de choses sont presque impossibles à traiter dans l’œuvre de Tolkien. Les Elfes, par exemple : ils sont par définition au-delà de ce qu’on peut concevoir, beaux au-delà du beau. Je les vois comme un Hobbit pourrait les voir, hébété et les yeux écarquillés.

Quelle est votre illustration préférée ?
La prochaine !

Êtes-vous parfois l’objet de critiques de fans insatisfaits de vos créations, de leur fidélité à l’œuvre de Tolkien ?
Oui, mais cela m’intéresse toujours, car ce n’est jamais gratuit. Et puis je ne prétends pas donner un modèle, je propose une interprétation et tant mieux si cela correspond à ce qu’anticipent les gens.

Qu’avez-vous ressenti en voyant vos créations de papier prendre vie sous le soleil d’un plateau de tournage ?
J’éprouve une grande gratitude. Un dessinateur ne dispose que de deux dimensions, maintenant, mes dessins renvoient à une réalité en trois dimensions et ils existent dans le temps.


Gandalf revient à Hobbitebourg. 78x53. 1993. © John Howe. 2002
Vous êtes amoureux des objets de tradition et des reconstitutions historiques, avez-vous conservé quelques trophées parmi les merveilles créées par Weta Workshop, l’atelier qui a conçu les armes et accessoires de la trilogie ?
Pas encore, j’attends la fin du projet pour cela. Ça risque d’être compliqué, avec beaucoup d’objets en vente sur Internet. Je ne vous dirai pas ce que je pourrai récupérer !

Le Pont de Khazad-Dûm. 66x49. 1995. © John Howe. 2002

N’y a-t-il pas une contradiction dans votre collaboration à une œuvre qui, aussi juste soit-elle, fige les personnages du Seigneur des Anneaux dans l’imaginaire des lecteurs et spectateurs, réduisant par conséquent la marge de manœuvre des illustrateurs ?
Dans ce cas, il faudrait arrêter de dessiner ! C’est vrai que maintenant, lorsque je pense à Saroumane, je vois Christopher Lee. Je suis bloqué sur cette image et j’ai du mal à le voir différemment. Mais c’est précisément quand la représentation est juste qu’elle imprègne à ce point les gens. C’est parce qu’elle colle au texte."

Votre travail, surtout orienté vers les aspects sombres des romans de Tolkien, s’est révélé parfaitement complémentaire de celui de votre confrère Alan Lee. À quand un ouvrage co-signé ?
Je ne connaissais pas Alan Lee avant de le rencontrer en Nouvelle-Zélande, pendant la préparation du tournage des films, mais j’appréciais déjà beaucoup son travail. J’ai chez moi la plus grande collection d’œuvres d’Alan Lee de toute la Suisse ! Nous sommes devenus de très bons amis et il nous arrive de discuter d’un projet commun, mais sans se prendre très au sérieux jusqu’à présent.

Comment avez-vous travaillé avec lui sur le tournage ?
Nous nous sommes à peu près partagé la Terre du Milieu en deux, avec un petit peu plus pour lui, qui est resté plus longtemps que moi en Nouvelle-Zélande. J’y suis resté un an et demi. Nous avons effectivement travaillé de manière complémentaire, j’ai par exemple élaboré la maison de Bilbo et lui Hobbitebourg. Bien souvent, les gens confondent même notre travail. Je dois dire que je suis ravi qu’on m’attribue des œuvres d’Alan Lee.

Vous n’êtes pas gêné de voir votre nom quasi-systématiquement associé à celui de J.R.R. Tolkien dans l’esprit du public ?
Cela ne me dérange pas du tout, ce n’est qu’une étiquette que l’on colle et cela ne m’empêche pas de travailler sur d’autres thèmes.


Edoras. 65x41. 1993. © John Howe. 2002

Quels sont vos projets d’avenir ?
J’ai plusieurs travaux d’édition en cours, et un projet de film, dont je ne veux pas parler pour le moment.

Entrevue réalisée lors de la présentation de l’exposition "John Howe. Sur les terres de Tolkien", à l’université Rennes II
(121 illustrations, de 1989 à 2002)

Propos recueillis par Ikoma Saïgo

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