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à la rencontre d'univers

en liberté

Magazine
n° 15. Octobre 2003.

Ecrivains du monde, mondes d'écrivains
par Sophie Malexis

Depuis plus de dix ans Francesco Gattoni fixe le regard des écrivains du monde.

Homme du sud, il fait de la lumière son alliée exigeante, la capture, la module pour dessiner des lignes franches, des perspectives, une architecture où prennent place ses auteurs dans un cadre maîtrisé.

Certains s’y installent volontiers, “redressent la tête” (Bernard Comment), fixent effrontément le photographe “masque souriant... visage caché”, (François Bizot) d’autres cherchent à s’en échapper, du coin de l’œil ou de tout leur corps. “Je n’ai rien à partager avec cet homme dominé par la furie et les ténèbres” se défend PietroCitati.

Cesare Battisti détourne les yeux de l’objectif, ses pensées s’évadent Francesco s’en empare et fait image. Sur un mur blanc de chaux César Lopez émerge de l’ombre encore absorbé par “le vide de la nuit”. A quoi pense Mahmoud Dowlatabadi, il se moque bien du photographe, droit, fier, les bras croisés, la moustache sûre, le regard lointain, il est ailleurs. Dans sa latinité triomphante Reina Maria Rodriguez rayonne comme une îcone de Tina Modotti. Ecrivains du monde, Ils sont là fragiles ou dominateurs, timides ou butés, s’esquivant  ou s’offrant de plein grè, formidablement vivants  et terriblement humains.

“Avec son regard en abyme” (Philippe Delerm) Francesco, “obstiné doux” (Bernard Wallet) épingle l’instant, cette petite parcelle de vie où l’écrivain lâche prise, échappe à la pause donnant parfois ce qu’il aurait voulu cacher “l’œil inquisiteur... l’air revêche... m’aurait-il percé à jour” (Maurice Nadeau), ce qui est enfoui profondément en lui “le regard d’une lignée de femmes dures” (Annie Ernaux).

La réussite du portrait se joue dans cet échange subtil entre le photographe et l’écrivain, dans ce rapport étrange de pouvoir, de résistance, d’accord tacite ou d’abandon qui permet à l’opérateur de saisir chez “l’autre” une part de secret.

Par cette façon qu’il a de regarder les hommes, Francesco Gattoni appartient à une espèce de prédateur qu’il faut protéger.

Sophie Malexis,
Journaliste au Monde.

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