ViaLibre5

à la rencontre d'univers

en liberté

Magazine
n° 15. Octobre 2003.

Ecrire. Avoir un regard sur la vie. Etre un regard sur la vie. Essayer en tout cas de devenir un regard. Rêver de rencontrer ainsi ceux qui ne vous connaissent, d'approcher ceux qui restent loin. Et puis un jour le photographe arrive chez vous. On lui parle, il vous parle, on prend un café, on lui montre la maison. On fait semblant d'être à l'aise, on parle de tout et de rien. Mais entre les civilités d'usage, en dépit même d'une sympathie réciproque quelquefois, on sent qu'un jeu étrange se joue là. Le photographe vient avec son regard en abyme, multiplié à l'infini par l'entonnoir de l'objectif. Que vous demande-t-il ? De lui donner un peu de votre regard, précisément, et vous vous sentez mal, car vous ne vouliez pas avoir d'autre regard que celui qui passe, invisible, dans les mots du retrait, de la solitude, dans la transparence de l'écriture. C'est pour un portrait dans Le Monde. Il faut se ressembler. Qu'est-ce que cela veut dire ? On a perdu les clés.

Philippe Delerm , Normandie, 2000.
© Francesco Gattoni

 

Philippe Delerm, né en 1950, voue son écriture à la restitution
d'instants fugitifs, à l'intensité des sensations d'enfance.
Il est professeur de lettres.

Il a notamment publié :

La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules, Ed. Gallimard, 1997
Il avait plu tout le dimanche, Ed. le Mercure de France, 1998
La sieste assassinée, Ed. Gallimard, 2001

Contact Francesco Gattoni

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