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ViaLibre5 à la rencontre d'univers en liberté |
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Magazine |
![]() Didier Daeninckx . Aubervilliers, 2003. © Francesco Gattoni |
L'autre jour j'étais dans l'enceinte de Camp-Est, la prison de Nouméa. Une vingtaine de détenus étaient rassemblés dans une pièce transformée en bibliothèque. Pas mal de Wallisiens, des travestis tahitiens, quelques Européens et une majorité de Kanak. L'un d'eux, originaire de Canala, s'est levé pour me serrer la main. On s'étaient déjà vus sept ans plus tôt, lors d'une précédente rencontre. J'ai fait pas mal de chemin à travers le monde, depuis. Lui n'avait pas bougé et il avait encore une dizaine d'années à tirer. Il venait de lire ce que j'avais écrit sur sa région, ses frères exposés dans les zoos d'Europe en 1931, leurs ancêtres alliés des troupes coloniales pour briser la grande révolte d'Ataï, en 1878. Il m'a scotché quand il s'est mis à discourir sur les bouquins, surtout quand il a conclu de ses lectures que mon principal personnage, c'était le décor, la géographie. Une évidence qui échappe à la majorité des critiques. Francesco Gattoni n'a pas recours aux mots pour parvenir à la même constatation. La diagonale lui suffit. |
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Sur la photo, le corps est imbriqué dans l'architecture de la banlieue,
les arêtes acérées des ateliers, le gris des fumées
industrielles. Une lame sombre menace, semblable à celle d'une
guillotine. Justement, on m'a montré l'emplacement où elle se dressait à Nouméa, et des photos de ses voyages dans l'archipel des Nouvelles-Hébrides. Au printemps 1931, alors que s'inaugurait à Paris l'Exposition coloniale, six têtes roulèrent dans le sable de Port-Vila. En public. Six vietnamiens dont un seul, probablement, était " coupable ". La lame projetée devant la lunette, à la manière d'un obturateur géant. |
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