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à la rencontre d'univers

en liberté

Magazine
n° 15. Octobre 2003.


J’ai toujours pensé que le travail de l’écrivain ressemblait étonnement à celui du photographe.
Tous deux essaient de faire naître un peu de lumière de l’obscurité, mais c’est précisément cette obscurité contre laquelle on lutte, son jeu d’ombres, celle qui finit par donner du volume, par rendre vraie l’image obtenue. Je vois là mon visage dans un espace que j’ai peine à reconnaître, bien que je le traverse chaque jour. Je me vois de loin, je suis comme l’un de mes voisins, un homme avec une barbe, dans le regard duquel bouillonnent des idées indéchiffrables. Et, cependant, je me dis une fois de plus que l’art tient toujours du miracle puisque cette image d’un homme sur qui une petite fenêtre fait arriver la lumière du monde me parle de mes propres romans, de mon engagement littéraire. Peut-être que l’art finalement consiste en ceci, à exprimer ce qui est le plus loin de nous-mêmes, à dépasser, même si ce n’est que pour un instant, les limites de sa propre identité et à pénétrer dans le territoire de l’Autre, jusqu’à ce que nous nous reconnaissions dans son visage.

 

José-Manuel Fajardo. Paris 2003
© Francesco Gattoni

 

José-Manuel Fajardo

José Manuel Fajardo (né à Granada, Espagne, 1957).

Journaliste depuis 1978, il a été collaborateur des journeaux espagnols El Pais, Cambio 16, El Mundo et El Periódico de Catalunya.

Auteur de trois essais historiques: La epopeya de los locos, Las naves del tiempo (Prix Roi d'Espagne du journalisme 1992) et Vidas exageradas.En France il a publié: Lettre du bout du monde (Flammarion), Les imposteurs (Editions Métailié) et Les demons à ma porte Editions Métailié.( Prix Charles Brisset 2002)".

 

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