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à la rencontre d'univers

en liberté

Magazine
n° 15. Octobre 2003.


C'est un matin d'octobre, gris, à ciel bas, de pluie imminente, nous étions à la recherche d'un peu de lumière, tout semblait compliqué, compromis, et en remontant d'une tentative à l'école des Beaux-Arts voisine, avec ses bustes et ses hermès pour le rapport qu'ils entretenaient avec le thème de mon roman, un rapport trop appuyé en fin de compte, et donc, en rentrant, nous causions depuis le début en français et en italien, d'avantage en italien je crois, plaisir de cette langue chaude dans la matinée froide, et Francesco m'a dit " girati ", ou " qui, forse ", oui, ici, peut-être, devant ce mur lépreux dont le peu de blanc demeuré captait un vague rayon de lumière et l'amplifiait, j'aime les escaliers, et je ne m'aime pas trop, la photographie est toujours un gouffre, parce que s'y joue la perte du mouvement, un skhêma pour reprendre les mots de Démocrite, alors que la vie, et la perception qu'on en a, qu'on en cherche, est un rythmos, un écoulement, un fluement d'atomes, mais là, nous avions parlé, ri, sympathisé, tant pis pour le skhêma, pour le rapt qu'est toute image (raptus, vol et mort en un seul mot), il y avait une complicité. Un réflexe mimétique m'a poussé, durant l'essentiel de la séance (je m'en suis rendu compte après coup), à occulter les bras dans mon dos, comme si je n'en avais pas, comme si j'étais un des bustes de mon roman... Mais j'ai l'air si sérieux. Je ne m'y reconnais pas, comme à chaque fois. Il me faut le dire avec une certaine franchise : seule ma femme, Touille, fait des photos de moi où je me retrouve. Elles ne sont jamais publiées, ou si rarement. Tant mieux ?
Bernard comment , Paris, 2000.
© Francesco Gattoni
 

Bernard Comment est né en 1960. Il a fait ses études de lettres à Genève.
Il vit à Paris où il collabore à des revues comme L'Infini et Art Press.

Il a notamment publié :

Roland Barthes, vers le neutre, Ed. Bourgois, 1990
Eclats cubains, Ed. Verticales, 1998
Le colloque des bustes, Ed. Bourgois, 2000

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