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ViaLibre5 à la rencontre d'univers en liberté |
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Edito
du n°15, par Francesco
Gattoni |
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Regards
en regard |
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Mes reportages – ni descriptifs ni narratifs - n’intéressent pas les magazines. Ils sont essentiellement destinés à être exposés. Plus que raconter une histoire ils restituent une ambiance, une couleur ; ils ne décrivent pas un lieu mais expriment un état d’âme. Pour cela, j’ai besoin de dépaysement. Photographier Rome ou Paris, les deux villes que je connais le mieux, ou plus en général le monde occidental, ne m’intéresse pas. C’est seulement perdu dans un pays qui m’est totalement étranger, que j’ai la motivation et la curiosité nécessaires pour faire des photos. A ce moment j’éprouve un sentiment à la fois exaltant et effrayant de solitude et d’extrême liberté. Je marche des heures d’affilée, du matin au soir, les sens en éveil, m’intéressant au moindre événement, perméable à tout (voir photo n°1). Je vais très lentement. J’ai rendez-vous avec l’instant unique et irrépétible. Tentative dérisoire et troublante d’arrêter le temps qui est propre à la photographie (voir photo n°2). Je ne sais plus qui a dit, la formule me plait, « La photographie est la virgule de l’univers ». En tout cas c’est un espace de réflexion, un moment de pause, par rapport au défilé continuel d’images « images aplaties » où les sujets les plus graves côtoient les sujets les plus insignifiants dans une désinvolte boulimie consumériste sans fin ni dessein, si ce n’est celui évident de vendre tout et n’importe quoi. Parallèlement aux reportages, depuis une dizaine d’années je fais des portraits d’écrivains. Pourquoi d’écrivains en particulier ? Parce qu’ils sont proches et complémentaires de mon activité photographique. Je les sens proches parce que comme moi ils travaillent en solitaire, ils construisent jour après jour, patiemment, leur roman, avec tout ce que cela comporte en termes de recherche et de doute. Complémentaires parce que la photographie est un monde sans mots, et les mots sont précisément leur matière. Même pour les portraits, je préfère, et de loin, la lumière naturelle. Je me résous à utiliser une lumière artificielle seulement si je ne peux faire autrement. Combien de fois, dans le cadre d’une commande, en voyant les lieux convenus pour la prise de vue, j’ai eu la tentation de faire demi-tour et de m’en aller en découvrant une lumière qui ne me plaisait pas du tout, plate et uniforme, une lumière de supermarché. Quand je photographie une personne je parle très peu, je ne demande ni de sourire, ni d’être sérieux, je choisis un cadre par rapport à la lumière où se dégagent quelques lignes que j’appellerais « des appuis visuels », je demande à la personne de me regarder ou pas et je m’efforce pendant la prise de vue d’être le plus neutre possible. Parce que je pense qu’à un moment ou un autre quelque chose de sa personnalité va surgir. Un jour en parlant avec Maurice Nadeau d’un projet de livre de portraits d’écrivains, il m’a dit « pourquoi ne demanderais-tu pas aux auteurs d’écrire un court texte en partant de leur portrait ? ». C’est comme cela qu’est née l’exposition « Ecrivains du Monde, Monde d’écrivains » en attendant la réalisation d’un livre. J’ai choisi une quarantaine de portraits d’écrivains donc ceux de Gunther Grass, Agustina Bessa Luis, Naguib Mahfouz et j’ai demandé à quelques uns d’entre eux d’écrire un texte inédit à partir de leur portrait et en leur laissant la plus totale liberté. Annie Ernaux, Cesare Battisti, Maurice Nadeau ou Erri de Luca entre autres ont écrit en quelques mots ce que leur donnait à penser ce regard étranger posé sur eux et leurs mots sont exposés en écho de l’image que j’ai saisie d’eux. Ce sont ces portraits accompagnés de textes que je propose aux lecteurs de ViaLibre5. |
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Contact
Francesco Gattoni
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