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ViaLibre5 à la rencontre d'univers en liberté |
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Mon
silence , |
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La route est sèche. Il fait froid. Le vent, sans ses feuilles, se fait de plus en plus discret. Loin des moteurs et loin des voix, j’écoute penser ma tête, en rythme avec ma démarche. Mes chaussures, pourtant récentes, font un petit scrouitche à chaque pas. Ou plus exactement un pied sur deux. C’est la gauche qui est coupable. C’est un beau contretemps, d’autant plus que ma besace l’accentue de temps en temps avec un cling joué par une des boucles de fermetures.. Je ne me souvenais pas que je faisais autant de bruit en marchant. Mon pantalon me prévient quand mes jambes deviennent distraites par un simple froutche froutche. Je rectifie ma démarche. Le froutche disparaît, et je peux enfin écouter avec attention le rythme de mon corps et celui de ma pensée. Scrouitche…cling…scrouitche….cling . La nature se fait écouter. La ville et son activité humaine ne sont qu’un souvenir muet. |
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Avoir trop de bruit autour de soi, efface de la mémoire le bruit de la pensée. Non pas le bruit de la vie mémorisé et rejoué par notre magnétophone biologique mais celui du mécanisme de la pensée. Le bruit que les sourds doivent sûrement entendre. Je croise un petit vieux, avec se canne. Ses rides augmentées par le froid me parlent et me racontent à quel point l’endroit est joli et rendent heureux les gens. Elle s’apprêtent à me dire autre chose mais leurs voix très discrètes sont couvertes par le souffle du vieil homme qui me dit bonjour. Nos regards se touchent et nos chemins se croisent. J’ai le sentiment de le connaître déjà ce petit vieux. Je me souviens d’une histoire, ou d’une légende car je ne sais si elle est vrai. Un duc très riche voulant obtenir un portrait de l’abbé de Rancé, célèbre aujourd’hui pour ses écrits sur le silence. Nous sommes en 1626, et l’abbé, alors âgé de 70 ans, est malade et n’a que peu d’estime pour les images. Il refuse. Le duc trouve alors un peintre à qui il demande de se présenter chez l’abbé, désireux de le rencontrer, dévot mais muet… En trois rencontres, il s’imprègne des traits du vieux religieux, en gardant un mutisme exemplaire. Il réalisa alors chez lui le fameux portrait, qui fut admiré par toute la région pour la justesse du regard et sa pénétration psy. |
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J’entends une pierre qui résiste face à l’assaut insignifiant et pourtant irrésistible, de la poussé d’une herbe folle et pourtant sûre d’elle. Un petit ruisseau lutte contre le froid en clamant en direction de l’air, impassible « tu ne me gèleras pas, tant que je bouge je suis vivant&chologique. Le silence est un bon moyen de connaissance. Et je me dit alors , en suivant le petit chemin indiqué par les rides, que ce silence qui permet de connaître les autres est aussi un moyen de se connaître soit même. Je me sent loin de toutes mes habitudes, et j’ai l’impression de me regarder d’un peu plus haut, avec un peu de recul. Je vois ce que je suis , je me rappelle ce que j’étais. Je prévois ce que je pourrais devenir, malgré moi. « s’éloigner de tout pour ce rapprocher de l’essentiel ». S’éloigner du bruit pour se rapprocher de nous-même et des autres. nbsp;! » . La nature se fait entendre. |
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Je marche maintenant dans l’herbe, le silence est presque parfait. Les herbes pas si folle font disparaître comme par magie le bruit de mes chaussures. Plus de scrouitche ? Je m’arrête. Plus de cling. Le ruisseau est maintenant bien trop loin et la pierre est de toute façon couverte par le cri du ruisseau. Le silence est là. La nature se fait silence. Le vent s’est arrêté pour ne pas déplacer les bruits et me laisser profiter du silence. Je suis là. J’existe. Je prends conscience de ce que je suis. Je me souviens à quel point les autres sont importants. La personne que j’aime est là, dans mon esprit. Je peux toucher sa voix au creux de mon oreille. Plus discrète et plus forte que n’importe quel bruit sur terre, je lui chuchote mon amour. J’entends en souvenir le crépitement de la cheminée qui réchauffe mes synapses. Le silence me dit tellement de choses. Je me souviens alors qu’il est bon, aussi, d’être dans le bruit, parfois. |
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