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Magazine
n° 16. Janvier 2004.

Les bruits du Caire,
par Marie-Lucie Vanlerberghe

Si Le Caire m'était conté, ce serait d'abord par sa musique. Certains diraient son bourdonnement affreux, sa cacophonie de bruits. Peu de villes au monde bruissent d'autant de sons. Mais peu de villes au monde fourmillent d'autant de vies humaines. On pourrait croire d'abord à un tintamarre absurde. Mais pour qui veut bien se laisser séduire, la vie de l'immense cité se raconte chaque jour en une symphonie gigantesque.

Ce sont d'abord les chahuts de la ville que l'on perçoit : la circulation automobile, klaxons en tête, constitue à elle seule la rumeur générale, le thème de fond. S'y détache cinq fois par jour, telle une rengaine, l'appel à la prière : Allah Akhbar… hurlé de tous les hauts parleurs dans un "chant" craché et nasillard. En s'enfonçant dans les ruelles, derrière la mosquée Al Azhar, les cris des marchants ambulants vantent, avec toute la poésie propre à la langue arabe, les vertus de leurs produits : patates douces, mangues, goyaves, lupins, fèves, dattes…

Plus loin sur son vieux vélo, un jeune homme pédale en produisant un son particulier avec sa langue pour que les gens s’écartent. Un immense panier plat rempli de pain couvre sa tête.

Dans les cafés les discussions des hommes vont bon train, des rires fusent, les cris des serveurs forment un bruit de fond confus. La télé ou la radio diffusent en boucle des chansons mille fois entendues d’Oum Kalsoum. Mais l’oreille perçoit encore le claquement des jetons dans la boîte de tric trac, le glouglou des pipes à eau…

Au soir tombant, le promeneur croise parfois la musique d’un cortège nuptial.

Bien plus dépaysants, les bruits d’un Mouled* se répandent. Celui de Sayda Zeinab, où se rendent des milliers de personnes de Haute Egypte, se déroule dans le quartier populaire du même nom. Toute la nuit recueille les sons extraordinaires de cette fête qui durera jusqu'au matin, rythmée par les musiques, danses, transes et prières, dans un joyeux et religieux vacarme.

Pourtant une fois l’an, le miracle se produit au Caire. La ville se tait. Doucement tout devient calme, les rues se vident peu à peu… C’est la rupture du jeûne du ramadan.

Dans quelques heures, les instruments de l’orchestre reprendront leur musique…

 

*Mouled : fête de quartier, à la fois religieuse et profane, très populaire au Caire. Le Mouled de Sayda Zeinab célèbre l'une des nombreuses filles du prophète.

Contact Marie-Lucie Vanlerberghe / Photos Marie-Lucie Vanlerberghe

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