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Sons
et intimité, Réflexion autour d’une analyse de l’Intime dans l’espace du foyer. Tanzanie. Afrique de l’Est. |
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Je me suis tout d’abord demandé quel était l’intérêt de repenser les sons d’un « terrain » lointain à un moment donné. Comme si, à travers une expérience limitée dans le temps et personnelle, l’« Ailleurs » continuait d’abriter, par l’évocation de ses différentes couleurs, l’antre d’un pur et simple exotisme. En réalité, la démarche rétrospective est pertinente en ce sens où elle replace l’observateur d’un temps dans sa relation à autrui. A la description des sons et de leur simple attribution, j’ai préféré, à travers l’exemple du langage, m’arrêter brièvement sur leur « transparence », je veux dire par-là ce qu’ils dissimulent, tout en rappelant la qualité d’écoute requise pour l’observateur soucieux de sa démarche. Je donnerai également en second lieu quelques pistes de réflexion générales quant au lien qu’entretiennent les sons avec le thème de l’intimité, à partir du lieu d’habitation d’un foyer familial tanzanien. |
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Que disent les sons sur le système social observé ? La première constatation est la suivante : pour l’observateur étranger, l’intérêt de questionner l’univers sonore d’une situation donnée existe notamment par l’image que celle-ci renvoie d’un système social, organisé à partir de références culturelles autres que celles qui lui sont propres. |
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Au début, les sons fournissent une matière vivante dont la prise en compte déterminera la nature de la relation interculturelle. Je veux dire par-là qu’il y a à mon sens plusieurs façons d’incorporer les sons et plusieurs manières d’y tendre l’oreille, « qui fait quel son, certes, mais pourquoi ? ». A mon sens, il faut qu’il y ait volonté chez l’observateur de dépasser la simple émotion (sensorielle) pour qu’il puisse se projeter dans un environnement donné, fait de nouvelles catégories culturelles, d’histoires individuelles, de personnalités… |
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Dès lors que l’observateur étranger s’introduit dans la sphère d’autrui, si tant est qu’elle soit définissable, il en découle des bouleversements qui mettent en péril son écoute. Déjà affaibli par le choc de la confrontation initiale, l’observateur ne doit cesser de faire une relecture des sons qu’il perçoit de plus en plus pour améliorer sa compréhension d’autrui. Telle est la difficulté, car c’est bien derrière l’adhésion à un système social donné, celui d’autrui, que l’observateur abrite à mon sens son écoute. |
Prenons un exemple : en tant qu’amalgame sonore, et surtout parce qu’il recèle d’indices sur la nature du système social observé, le langage illustre la nécessité de développer pour l’observateur une qualité d’écoute bien particulière. En Afrique, et je pense tout particulièrement au sein du foyer domestique, la maîtrise du langage constitue encore le médiateur privilégié des échanges sociaux (nous pourrions par exemple comparer cela à l’importance et au rôle des objets dans la culture occidentale, la culture africaine ne valorisant pas selon moi une maîtrise de l’objet dès le plus jeûne âge, mais bien une maîtrise des sons dans un premier temps, puis du langage). Sollicitée donc depuis la petite enfance, la parole est un assemblage de sons dotés d’une combinaison de sens, que chaque société attribue selon un code communément admis ainsi que des interdits. Je pense notamment au discours mythique, incompréhensible sans explications sur les différents modes de représentation, les compliments inversés ou les relations à plaisanteries qui déjouent ou neutralisent les intentions agressives, les marques de respect, etc.…autant d’exemples qui renvoient à une autre conception de la relation à autrui, à sa parole, à son corps et je dirai même à l’univers. |
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Il est donc possible d’entendre ce qu’échangent les individus entre eux, certes, mais le véritable échange interculturel se fait à travers une écoute poussée, attentive, motivée par la voie d’accès initiale que constitue l’univers sonore. Les sons et l’intime dans le champ de l’observation L’analyse de l’intimité dans l’espace du foyer est un sujet trop vaste pour être abordé aussi rapidement. J’opte plutôt pour un rapprochement avec la notion d’univers sonore sur la question de leur limite ou de leur champ d’action. Jusqu’où par exemple s’étend l’intimité du foyer familial et la frontière du chez-soi ? D’après ce que j’ai pu tenter d’observer, d’entendre et d’interpréter au sein de mon foyer d’accueil tanzanien, je dirai que l’intime est perçu autrement que dans ses limites sonores et sans qu’il y ait nécessairement exclusion des gênes sonores extérieures. Prenons l’exemple de la cour de la maison, espace le plus souvent réservé aux activités domestiques collectives, la plupart du temps relié à l’extérieur par l’absence de toit. L’extrême perméabilité des sons, qui oscillent dans un mouvement de va et vient entre l’espace du dedans et celui du dehors en dit long quant à la notion très occidentale de repli domestique. Il ne s’agit pas ici de s’essayer à quelconque comparaison, je noterai juste que le « cadre » de l’intimité familiale, en l’occurrence le lieu d’habitation, peut à tout moment en effet être parcouru de transmissions sonores, sans que les activités ou le bien-être des acteurs sociaux en soit apparemment perturbé. Je pense également à la multiplication des messages sonores en tout genre diffusés aussi bien dans les espaces publics que privés, par les télévisions et radios souvent branchées en continu, les voitures publicitaires, les annonces laïques faites au haut-parleur au petit matin concernant la vie du village, mais aussi les appels à la prière des différents établissements religieux… |
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Sons et intimité sont donc liés en ce sens où l’apprentissage ainsi que la tolérance au son peut éclairer sur la notion de « chez soi ». Dans un contexte africain, où la promiscuité entre les acteurs sociaux est valorisée par la société, la maison commune en est un exemple, l’espace social est davantage perçu comme ouvert sur « le monde ». La recherche d’intimité ne passe donc pas à mon sens par l’appropriation ni la réduction d’un espace dans une dynamique de repli sur soi, sur son intime. Dire cela ne signifie pas que le silence et la solitude n’existent pas. Il s’agirait plutôt ici de penser l’intime en terme de bruits et le silence en tant que dynamique collective partagée. J’insiste, la recherche de tranquillité ne se fait pas nécessairement en solitaire, je dirai même qu’en Afrique, la solitude est souvent perçue comme une absurdité ou l’expression d’un mal-être. Depuis ma chambre d’invitée où la reconstitution d’un univers propre m’était si bénéfique, j’ai d’ailleurs cherché à percevoir mon foyer d’accueil comme une entité fermée pour tenter de mieux m’en extraire. Erreur d’interprétation que de vouloir rester accrochée à mes propres concepts culturels, je ne suis pas sûre d’avoir jamais atteint le degré de « tranquillité » souhaité… Dans l’espace du foyer tanzanien à l’intérieur duquel j’ai vécu à un moment donné, l’intime existe à mon sens dans ce que l’individu donne à voir ou à entendre de lui, et non dans ce qu’il désire renfermer ou ce qu’il dissimule déjà. En admettant que les sons mettent en scène l’intime dans l’espace social, il serait intéressant de voir si la revendication de cette intimité n’est pas, pour l’individu, un moyen comme un autre de prouver qu’il est bel et bien vivant. |