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Gaël Abou-Khalil

De l’utilité du carré hermès
pour essorer le manioc
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            Qu’incarne t’elle cette belle occidentale, qui en proue d’une pirogue guidée par trois hommes couleur d’ébène, promène carré hermès et sac Vuitton dans une de ces cartes postales post-coloniales chères aux annonceurs parisiens ?
            Mode, musique, cinéma, dans tous les médias le mélange des genres est l’alibi d’un mariage consommé entre fric et « tradition ». Communication et publicité ont fait du travestissement culturel une source privilégiée de profit. Aux cohortes de  « créatifs » est dévolue la tâche d’inféoder toute image à l’idéal marchand; la culture consacrée comme produit n’ayant plus qualité que comme artifice, simple argument marketing.
            L’imperceptible demeure pourtant la condition d’un charme auquel le mercantilisme ne peut prétendre. Dans une palette où la couleur reste toujours l’esclave du blanc, ces promoteurs du mélange des genres opèrent par juxtaposition, agrégation violente, participent à l’asservissement d’une culture à l’idéologie dominante. Leur processus « créatif », dévolu à une finalité marchande, se trouve de fait dans l’impossibilité de créer un devenir, d’inventer un nouveau.



            Bienheureux les yuppies qui sans parasitage aucun, peuvent s’entretenir de leurs stocks-options au Buddha-bar, bercés par la mélodie insipide d’une musique sans identité. Downtempo, Benneton et autres Gap fascisants sont aujourd’hui associés dans une promotion du consensus mou, d’un ethniquement-correct prélude à la mort de toute pensée. Nivellement par le bas, homogénéisation sans saveur demeurent à leurs yeux la meilleure des garanties vendeuses. Ni blanc, ni noir, Gris. Ni gauche, ni droite, Trendy !
            Sur le flanc opposé, tendance est à la surexposition, à un ménage à trois entre luxe, sexe et overdose. Héroine-chic et autre Punk-prada sont autant de cadavres exquis qui n’ont pour seule odeur que celle de l’argent, pour seule ambition de capitaliser les parts de marché de la  provocation. Autocélébrations du « créatif », ils témoignent de son incapacité à dépasser le c
liché, à goûter au risque vrai, terreau fertile de tout élan créateur.

            Contre une polpotisation de la culture, contre un flou identitaire au service du luxe et des grandes enseignes, de part la position dominante de nos médias occidentaux, il convient d’appréhender le mélange des genres avec humilité. Perdre notre assurance, notre illusoire primauté et dans un premier temps se satisfaire d’une qualité de relais sont d’indispensables conditions qui permettront au mélange des genres d’espérer engendrer du nouveau, inventer un « bloc de devenir ».
            « Les devenirs ne sont pas des phénomènes d’imitation, ni d’assimilation, mais de double capture; d’évolution non parallèle, de noces entre deux règnes. Les noces sont toujours contre nature. [...] Les styles pas plus que les modes de vies ne sont des constructions. » (Gilles Deleuze)



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