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ViaLibre5 à la rencontre d'univers en liberté |
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Edito du n° 2, par
Quentin Deluermoz |
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Mélange des genres, interdisciplinarité, influences diverses … Quel
que soit le domaine revendiqué (artistique, littéraire, scientifique,
musical, si tant est que ces différences aient un sens), qu’il s’agisse
de l’art contemporain qui fait se rencontrer vidéo, photo, peinture,
sculpture, graphs, de la techno qui réinvente avec bonheur jazz, blues,
reggae, rock, ou de l’émergence d’une « science sociale »
intégrant histoire, philosophie, géographie, sociologie, psychanalyse,
littérature, la rencontre d’univers paraît être l’outil intellectuel
et créatif privilégié de ce tournant du millénaire. |
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Mais cette joyeuse présentation ne doit pas leurrer : l’exercice
n’est ni simple, ni évident, ni naturel ou sans danger. |
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Enfin, cette pratique correspond aussi à un discours social politiquement correct et à une mode, on l’a vu, de grande envergure. A lire journaux et revues, on a parfois l’impression qu’il faut faire « du mélange des genres. » Le risque est clairement d’en faire à son tour un genre en soi, figé, mort, aux associations convenues et qui traduirait surtout un manque d’originalité et de créativité. Qu’on songe, pour s’en convaincre à ces infernales soupes « électronisant » (mal) des tubes passés ou à ces ouvrages « scientifiques », qui pour plaire, plaquent bêtement des références « autres », mal comprises et entretenant l’incompréhension (le cas de l’utilisation des travaux de Michel Foucault en est un bon exemple.) Pour nous, le mélange des genres ou l’interdisciplinarité ne sont pas une fin en soi, mais un outil, qui, intelligemment utilisé, doit bousculer l’inertie, créer une tension et un mouvement de sortie. Problème : vers quoi ? Jusqu’où ? |
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A priori, si le principe est poussé jusqu’à son terme, tout mélange des genres aboutit à une négation de chaque composant et à une création nouvelle. Plus exactement, toute création n’est-elle pas nécessairement rencontre d’influences diverses et dépassement de celles-ci ? On crée toujours à partir de quelque chose, et dans ce sens, une fusion d’univers n’a aucune originalité en soi. Pourtant, son intérêt est peut-être de ne pas aller jusqu’au terme et de raconter cette rencontre, ce choc, de dire la tension et l’inabouti pour faire du résultat un objet à voix multiples. Un travail d’analyse, qui doit, par honnêteté intellectuelle, raconter sa propre construction s’inscrit naturellement dans cette démarche, mais elle est également intéressante, par exemple, pour le domaine artistique : lorsque l’artiste américain Dan Graham invente les « pavillons/sculptures », l’association des deux termes à elle seule raconte les multiples approches de l’œuvre, à la fois espace à vivre et création artistique, où l’art est vécu et où l’intimité devient oeuvre… l’explosion des approches fait qu’au-delà de sa propre finition, l’objet raconte au spectateur/acteur, dans un vertige ludique, une réflexion qui ne finit jamais. |
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Le mélange des genres, dans cette perspective, peut et doit alors oser
rapprocher les objets apparemment les plus éloignés, les plus absurdes,
afin certes de créer de nouvelles approches (il fut un temps ou rapprocher
histoire et littérature, géographie et philosophie paraissait abscons
et dangereux) mais également de jouer avec les certitudes, les éléments
acquis de notre univers intellectuel et sensible pour les réinventer ou
les redécouvrir. Dès lors, pourquoi ne pas rapprocher techno et philosophie,
biologie et roman noir, cuisine et littérature… ? |
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La rencontre d’univers n’est donc ni aisée, ni rassurante. Les communications proposées ici visent, sous des formes différentes et dans un éclatement volontaire que l’on veut remous, brassage, mélange, à montrer les enjeux, risques, richesses, difficultés, usages de cette pratique que le succès affadit. Il est évident pour nous que, loin des phénomènes de mode ou des effets de manche, le mélange des genres ou l’interdisciplinarité doivent être un outil dangereux, qui casse, rompt, menace, enfonce des portes fermées ou à peine entrouvertes et ouvre sur des espaces de liberté qui peuvent faire peur et qu’il faut savoir assumer…Via Libre. © Illustrations : Laboratoire de Salem (JC Deyagère) / Neolab Cyril Ducottet |
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