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Marc

Souvenirs obscurs d'un voleur anonyme...
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       Ma trajectoire de voleur est un grand classique : mon père était un chic type mais il ne me donnait qu'un franc d'argent de poche. Qu'est-ce que je pouvais faire avec un franc ? Rien ! Alors, j'ai commencé à mentir, à voler dans le porte-monnaie de ma mère, de ma grand-mère. Tout le monde y a eu droit... A cette époque, ma grand-mère avait une affaire, des ouvriers et parfois, elle avait des grosses liasses de billets alors je tapais là-dedans comme un malade. Je prenais un billet de 500F et je peux dire que je menais la grande vie.  Puis, il y a eu l'école où j'étais un enfant très speed, un vrai petit diable. Les profs ne comprenaient pas alors ils disaient que j'étais caractériel. En réalité, j'étais devenu un bouc-émissaire et comme je n'ai jamais aimé l'injustice, je ne me suis pas laissé faire. Mon premier cambriolage, je l'ai commis à 15 ans dans mon école pour me venger de toutes mes humiliations. Je peux le dire, j''ai piqué tout ce que je pouvais et j'ai littéralement détruit mon école primaire. Après, j'étais lancé, j'avais pris goût, j'étais dans la spirale diabolique du cambriolage. Un jour, je me suis senti piégé, rattrapé par mon histoire et je me suis retrouvé au placard à 19 ans. A cette époque je regardais le monde des voleurs avec une étrange perspective : je pensais que tout le monde était mon ami et que tous les copains avaient la rage. Erreur, grave erreur car en réalité, c'est l'argent qui était (qui est) au-dessus de tout. J'ai mis longtemps à comprendre cela. Heureuseument pour moi, j'ai toujours cru que je pouvais construire des amitiés en étant voleur mais pourtant, je dois avouer que à part Charlot et deux ou trois mecs, tout cela est du bidon. Je crois que quand tu es voleur, tu ne peux avoir d'amis mais j'ai quand même eu la chance de croire le contraire.

Ayant été souvent incarcéré, j'ai eu le temps de me remettre en question et de réfléchir à ma trajectoire de voleur. La question qui m'obsédait était simple : est-ce que je peux emmener mon désir de voler très loin ? Je me suis menti et j'ai répondu oui à cette question.  Dès lors, à chaque fois que je suis sorti de prison, j'ai repris mon flambeau mais j'étais piégé, j'étais déjà dans la boîte...

Aujourd'hui, j'ai 50 ans, 18 condamnations, 13 ans de prison et je n'ai jamais arrêté car je n'ai plus le choix. Qu'est-ce que je peux faire ? Qu'est-ce que j'ai comme perspective ? De temps en temps, j'en ai marre, je me sens vieux, malade mais j'essaie d'assurer et de gagner un peu d'argent pour me rassurer mais tout se referme... Le gâteau a toujours la même forme mais il y a de plus en plus de gens qui veulent manger dedans alors les parts sont de plus en plus petites....

Des fois pour déconner, je dis à Charlot : "On finira à Nanterre". Honnêtement, il ne me sert à rien d'écrire que j'aurais aimé faire autre chose car j'ai eu l'occasion mais je ne l'ai pas fait. Je suis alllé jusqu'au bout de ma connerie et je continue à y aller.

Et en courant encore...