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ViaLibre5 à la rencontre d'univers en liberté |
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André Pauly A l'évocation
d'un nouvel orgasme, comment résister ?
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Pendant mes cinq ans sous les drapeaux, ma route croisa celle d'un autre voleur. De confidence en confidence, nous avions sympathisé et une fois le service militaire terminé, nous étions retournés, chacun de notre côté, lui à Paris, moi à Annecy à nos occupations favorites...Un jour, il frappa à ma porte et un gars du Midi l'accompagnait. À eux deux, ils réussirent à me persuader que du point de vue des sensations, le braquage, c'était autre chose que mes petites aventures. D'après eux, iI cristallisait l'ivresse des émotions avec infiniment plus de vertiges que le simple cambriolage. À l’époque, mes deux copains s'alignaient sur une hiérarchie dans laquelle le braquage représentait l'échelon supérieur. "Avec le calibre, on tire un coup. On décharge....On envoie la sauce...On expédie la purée...On gaine et on dégaine..." Toutes ces évocations ne me laissaient pas de marbre. Après le sexuel, le copain du sud me parla des mains et Dieu sait qu’elles sont importantes pour les voleurs. "Haut les mains !!!, c'est pas le premier hold-up de l’homme ? Comment il a fait pour s'emparer des structures du pouvoir ? C’est pas la logique de la conquête peut-être ?...J'ai le bras long et mon flingue s'allonge un peu plus affirmant ainsi la stratégie de la domination..." |
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Mon égoïsme forcené me poussa à accepter l'expérience. J'en profitais pour trahir la confiance de ma femme et de ma plume. À l'évocation d'un nouvel orgasme comment pouvais-je résister ? Trois jours après, par un bel après-midi du mois de mai, nous braquions une belle banque. Pour mon premier braquage, les policiers décidèrent d'interrompre leur sieste et les vibrations commencèrent sérieusement à se faire sentir. Deux flics qui n'avaient pas de chance connurent les turpitudes explosives de mes cartouches. Le Ministre en personne décida alors de mettre le paquet. Dix jours après, près de Grenoble, mes deux copains se firent enchristés dans une station-service... Dans l'angoisse de mes nuits, je pensais à ma femme et à ma plume. Toutes les deux avaient toujours revendiqué leur plénitude. Elles me recueillaient dans un havre de paix. J'avais la main baladeuse et j'entrais dans une dimension sacrée. J'étais devant la page blanche et l'inspiration me venait comme par enchantement. Mon amour du travail honorablement accompli me rendait artiste et je n'avais jamais versé dans le sang. Entières et pragmatiques, elles cautionnaient la prise en charge de mon destin. Elles engendraient ma volonté d'améliorer le monde. Grammaticales, elles déclinaient mon verbe à tous les temps de chaque saison. Divines, elles idéalisaient et sacralisaient ma mission... |
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Artistes, elles sculptaient les statues de mon Dieu. Ma plume s'assimilait à ma femme et lorsque je partais à l'aventure, je la collais contre ma peau afin de mieux ressentir ses vibrations. Ces sensations charnelles produisaient des frémissements de bien être. Quand je rentrais d'un cambriolage, j'avais la grâce des croyants. Ma plume opérait une identification avec le corps de ma femme, océan de sensations aux vagues frémissantes. Sous une brise qui me submergeait de caresses, j'étais un battement d'ailes, je volais, j'étais l'amoureux... |
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Je commençais à me dire que mes deux copains ne m'avaient pas raconté d'histoire, mais cela manquait tout de même de subtilité, quelque chose comme un cauchemar qui provoque des maux de tête. Je rougissais et mon calibre pesait lourd. L'arme à la main, mon sexe en bandoulière, j'étais un spectre. Mon flingue se dispersait maladroitement dans les supermarchés. Le 18 juin, dans un restaurant de Barbès, mon infidélité reçue des châtiments calibrés... À l'évocation d'un nouvel orgasme comment résister ? |
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