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ViaLibre5 à la rencontre d'univers en liberté |
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Magazine |
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Elsa Lefebvre La pièce portée à l'écran : |
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Au
théâtre, la mise en scène d'une tragédie est un acte tragique en soi : le
metteur en scène est celui qui accepte de voir mourir son oeuvre à la fin
de la représentation ; la pérennité appartient seulement au texte. C'est
cette entière soumission au présent qui fait toute la vérité et la
beauté du théâtre. |
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Mais filmer le théâtre, est-ce seulement l'enregistrer ? N'y a-t-il pas
une alternative à ce que André Bazin définit comme « l'hérésie du théâtre
filmé » ? |
| Filmer le théâtre dans sa création: le pari de L'Amour Fou de Jacques Rivette |
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Sorti en 1969, L'Amour Fou est un jeu autour du théâtre en train de se
faire, du couple en train de se défaire. Le film est l'histoire de la
direction d'Andromaque par Sébastien et celle de son drame avec Claire. |
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Ces
deux caméras filment un processus créatif que l'on ne verra jamais aboutir
: L'Amour Fou en reste aux répétitions, la pièce ne va pas jusqu'à la représentation.
Dès lors cette pièce de théâtre, ce lieu du vrai, devient la manifestation
d'une théâtralité inachevée puisque sans public. |
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| Filmer
le théâtre dans sa représentation ou la possible (ré)conciliation : Le Soulier de Satin de Manoel de Oliveira (1985) |
Dans L'Amour Fou, on ne verra jamais le public de la pièce. Le Soulier de Satin, en revanche, s'ouvre sur lui : nous sommes dans le hall d'entrée d'un théâtre où la foule accourt pour assister à la représentation. On la suit jusqu'à la salle de spectacle : les gens s'installent, brouhaha des conversations. Puis, un mouvement de caméra nous amène jusqu'au premier balcon : des personnages que l'on devine sortit de l'époque à laquelle se déroule la pièce, se préparent également à la représentation. Ici, Oliveira déjoue la première convention théâtrale qui est la séparation fondamentale de la scène et du public ; faisant de ces personnages de théâtre les premiers acteurs du film. |
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De la salle, on passe à la scène : un comédien annonce le début du spectacle à la fois à la salle qui s'offre devant lui et au public du film. Première réunion du théâtre et du cinéma par leur auditoire. Enfin, le rideau se lève mais pour dévoiler un écran noir : la pièce de théâtre qui va se jouer est en fait la projection du film Le Soulier de Satin . La scène devient le théâtre du cinéma . Ce que Oliveira filme, ce n'est pas une adaptation de Claudel pour le cinéma mais la possible représentation du théâtre par le cinéma. |
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Ainsi, le film qui est projeté, même s'il semble se substituer à la pièce,
est tourné selon les conventions du théâtre : le texte de Claudel est
respecté, les décors sont de vrais décors de théâtre qu'Oliveira s'amuse
même à démonter sous nos yeux. La caméra n'est pas là pour affirmer sa
supériorité esthétique face au théâtre mais au contraire pour le sublimer
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