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Anne Feillet

Contrainte odorifique odoriférante odorifère

Au théâtre, comment et pourquoi l'émanation odorifique peut-elle intervenir
dans la compréhension du jeu pour l'acteur, et de la pièce pour le spectateur

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Historiquement, nous avons tous souvenance d'illustrations odorifères, au théâtre comme au cinéma. Polyester de John Waters en est un exemple. Les spectateurs de ce film se souviendront aisément avoir gratouillé ces petites pastilles diversement odorantes aux moments propices indiqués sur l'écran. Plus proche encore, la B.B.C. propose actuellement Smell-o-vision, basé sur le même principe (doc. Stanley Chapman).

Au théâtre, nombreuses fois, nous reçumes des embruns de cuisine lors de scènes de banquets ou de noces. Mais tout ceci ne reste qu'illustratif. Nous nous intéressons au jour d'aujourd'hui à la contrainte odorifique scientifique qui incite l'acteur au sentiment, et le spectateur à la compréhension du sentiment. Et c'est à la science théâtrale de se propulser vers d'avenir meilleurs !

1) ODEUR SIMILAIRE SUR ACTEURS ET SPECTATEURS

Exemple premier: la fleur de troène répandue sur scène et salle

Les acteurs enivrés par le calice de la fleur de troène peuvent enfin jouer juste l'ivresse béate de l'amour, tandis que les spectateurs recevant la même dose d'effluves, ressentent l'amour des personnages, s'en extasient, et tandis que nous forcerons la dose, petit à petit ils fermeront les yeux sur leurs propres jouissances. Ainsi nos acteurs en proie au vertige amoureux le plus intense vont pouvoir s'ébattre tranquillement dans la pudicité et l'intimité les plus totales.

Exemple second: le tas de purin répandu sur scène et salle

Reprenons nos acteurs, toujours en mal de trouver le sentiment amoureux juste, et envoyons leur une de nos bonnes senteurs campagnardes: celle du purin! Le résultat ne se fait pas attendre. Les voilà, nosnovices en amour, courant de ci de là, cherchant désespérément la botte de foin. (La botte de foin étant bien sûr, comme tout le monde le sait, le symbole des amours d'été.) Car où il y a purin, il y a forcément botte de foin! Leur jeu deviendra alors extrême. Ils se mettront à courir en tous sens avec, en leurs esprits, la mémoire collective du premier ébat adolescent et ils trouveront ainsi l'excitation promise. Imaginairement, ils recréeront la botte de foin (à moins qu'il n'y ait un buisson de foin régisseur dans un coin, ce qui est une éventualité).

Pendant ce temps, les spectateurs ahuris de voir ces pauvres fous s'agiter, ne pourront s'empêcher de penser que ses derniers sont dans la merdre. Et ils auront raison de leur bon jugement. Un: de par la réalité odorifère, deux: de par le fait que l'amour n'engendre bien souvent que désastres, drames et souffrances.
Puis, les fumets de fumier devenant persistants et nauséabonds, notre cher public se verra dans l'obligation de quitter la salle afin de respirer le bon air de nos cités. Enfin seuls, nos amants pourront une fois de plus s'ébattre tranquillement en leur meule fictive !

2) ODEURS DIFFÉRENTES SUR ACTEURS ET SPECTATEURS

Pour une comédie

Nous pouvons avoir ici toute une pléiade de clowns. Il sera injecté sur scène, les unes après les autres, diverses exhalaisons volupteuses, telles: la rose qui rend ahuri (celui qui l'inhale en oublie l'espace), la fleur de genêt si entêtante que l'on se cogne partout aveuglé par son parfum, etc, etc. Parallèlement le public subit une émanation nauséabonde (purin de toutes origines). Dans un premier temps cela fera pouffer par saccades, croyant que soit un acteur soit un voisin s'est laissé allé, puis cela ne manquera pas de se terminer par de gros rires gras. Et le tour est joué!

Pour une tragédie

Eh bien, inversons les odeurs précédemment citées. Ici ce sont les protagonistes de la scène qui vont s'accuser d'exhaler quelques empyreumes, d'où conflit, colère (Tu aurais pu te laver les dents, etc, etc.). Ils finiront par s'accuser de n'être que de gros bas de merdre aussi bien physiquement que moralement. Puis ils en arriveront au meurtre, eh oui, car pendant ce temps délicat, les spectateurs, saoulés par quelques saveurs odoriférantes ne s'intersseront plus du tout au spectacle (exemple: rose - ahuri, genêt - aveugle). Alors, furieux de ce non-intéret, les acteurs font éclater le drame: un coup de feu ou de couteau, enfin un cri et le public réagit, revient au spectacle et passe du rire au larmes amères, c'est la catharsis. Et le tour est encore joué en une grande saoulerie florifère !

CONCLUSION

Tout ceci ne sont que quelques exemples d'odeurs stimulant la compréhension d'un texte et de situations théâtrales. Il y en a mille autres. À vous de les expérimenter sur vos acteurs et vos spectateurs pour le bien du théâtre.

N'oubliez point l'odeur du petit déjeuner, pain grillé, café, qui excite l'appéit de l'amour pour l'acteur (c'est à dire: la pensée ou la faim du petit déjeuner du lendemain d'une nuit d'amour contribue au désir amoureux) et qui donne faim de savoir la suite au public; le vinaigre qui fait mal tourner les histoires; etc, etc, etc, libre au nez !

Anne Feillet - comédienne ; membre de l'Outrapo (Ouvroir de tragi-comédie potentielle) ; son article "Contrainte odorifique odoriférante odorifère" a été publié auparavant dans la revue "L'Outrapo" (N° 4)