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Blandine Scelles et Didier Calléja

Une création permet à la prochaine de se réaliser

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Faire du théâtre est un métier (apprentissages de techniques), c'est aussi un mode de vie qui a tendance à nous mettre en marge de la société alors que nous devons garder un ancrage dans cette société pour pouvoir faire résonance à ce que l'homme y vit.

Etre spectateur est un métier (pourtant peu d'apprentissage des techniques),  c'est aussi un mode de vie qui a tendance à le mettre en marge de la société parce qu'il devient participant actif de cette société.

La création artistique est une nécessité, c'est le moyen que nous avons choisi à un moment donné pour agir notre vie et la société. Cette nécessité évolue au fil des créations. Le traitement scénique (la forme qu'on donne à la pièce sur le plateau) des pièces de théâtre que nous abordons suit cette évolution ; la forme est déterminante aujourd'hui où tout est formaté, toucher à la forme entraîne un changement de fond.

Une création permet à la prochaine de se réaliser.
 
Nous voulons à chaque fois nous donner les chances d'un chantier qui tout en 
prenant ses racines dans la création précédente absorbe de nouveaux matériaux.

La base de tout notre parcours vient d'une création faite en atelier théâtre dans un hôpital psychiatrique. Après quatre années, en 1999, didier calléja, co-directeur de la compagnie, a décidé de monter "Histoire (une opérette)" de l'auteur polonais Witold Gombrowicz. Dans cette pièce, qui d'ailleurs est restée inachevée, l'auteur déclare : " il y a quelque chose de détraqué entre moi et le monde. " Tout de suite, dans la bouche d'un patient, ce texte résonnait, lui permettait d'exprimer sa douleur tout en restant ludique - nous avons toujours refusé le psychodrame. Comment un acteur qui à priori n'est pas schizophrène, en tous les cas pas de manière pathologique, comment cet acteur fera-t-il autant résonner cette même phrase ?

Nous avons aussi constaté que les patients avaient par moment réécrit le texte. Nous sommes donc partis de ce texte, avons tâché de retranscrire les passages qui ressemblaient à des borborygmes, et nous avons supprimé tout ce qu'ils avaient supprimés. Nous préférons travailler sur ce qu'on peut appeler " l'erreur ".

Autres points capitaux : le rapport au temps et à l'espace, la présence de l'acteur sur le plateau. Les patients détiennent un secret ! Ils ont un poids sur le plateau incroyable, du au rapport qu'ils ont à leur corps et au réel, et ils sont toujours au présent.

Cela faisait de bonnes bases sur lesquels nous voulions travailler pour notre deuxième création.

"Hist-o-péret'" est donc la reprise d'"Histoire (une opérette)" par les acteurs de la compagnie (2000). Nous avons rencontré le cinéaste-éthnologue Jean Rouch qui a filmé un rituel de la société des Haoukas, permettant à ces hommes de se laver de l'oppression subie lors du colonialisme au Ghana. Il nous indiquait par ce film une solution pour notre premier point de recherche ; jouer cette pièce comme un rituel nous permettant de nous laver de nos frustrations dues à l'éducation, dues à la décision de vivre en société, dues à l'histoire dont chacun hérite, tant au niveau familial que national ou mondial. Nous rejoignions Artaud ! qui nous a apporté une deuxième piste : aborder le rituel dans ce qu'il permet de retrouver une manière sensitive, animale, d'aborder le monde "trouver un état d'avant le langage qui peut choisir son langage : musique, geste, mouvement, mot. " Nous avons commencé tout un travail sur la voix, le son, depuis le silence jusqu'au hurlement en passant par le chuchotement, le médium, le cri étouffé, et sur le rythme.

"Le cumul des oeillères", troisième création (2001), nous a fait quitter les  personnages, au profit d'acteurs-" figures " ou acteurs-" machins ", très proche du travail de clown de théâtre dans ce qu'il demande une mise en danger de soi, de transparaître ce qu'on est intimement tout en gardant conscience que l'on est sur une scène, aux vues de spectateurs ! on fait " exprès " et non plus " semblant " de jouer.

Nous avons aussi quitté la linéarité du récit au profit de la performance qui est un choix de théâtralité se reposant sur le live, l'improvisation à partir d'un concept, politique, esthétique, social et demandant au spectateur de se créer son propre spectacle à partir des éléments que nous lui donnons : " Nous voyons ce qui nous regarde " Kant, "Critique du jugement"

Aujourd'hui, nous sommes amenés à travailler dans le sens de l'ouvre ouverte, non linéaire, dans le sens d'un jeu ludique dont on ne connaîtrait les règles qu'à la fin si tant est qu'il en existe (des règles comme d'une fin) et élaborons à chaque création une sorte de formulation sensitive de ce qui pourrait être notre nouvelle identité.

Notre dernière création est un concert d'aspirateurs ou anti-conférence d'après Vladimir Maïakovski ; nous mêlons théâtre et musique improvisée avec des objets détournés (aspirateurs, ventilateurs, bouteilles.) comme instruments de musique ; la performance étant de permettre aux moments de jeu d'être aussi et toujours des moments de musique. Cette quatrième création, plus joyeuse que les précédentes,  continue tout ce cheminement de questionnements en hypothèses.

Blandine Scelles, comédienne, metteur en scène, formée à l'école Jacque Lecoq, crée, avec Didier Calléja, peintre, musicien , comédien, metteur en scène, la compagnie les coeurs purs et autres denrées. Ils trouvent leur liberté grâce à leur lieu la machinante où ils peuvent expérimenter et présenter leur travail.

Leur "concert d'aspirateurs..." se joue le 22 février à partir de 20 heures, au"Instants Chavirés", 7 rue Richard Lenoir à Montreuil.