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ViaLibre5 à la rencontre d'univers en liberté |
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Magazine |
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Jeffrey Chambertin
La Digitale |
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Abordons de graves sujets, puisque la crise que nous subissons ressemble en cela à une attaque infectieuse qu’elle est d’autant plus grave qu’elle est aiguë. Si l’on trouve encore, au fin fond du maquis, quelque éditeur intègre et courageux pour se battre sur tous les fronts de la guerre sociale, on se demande, hélas ! jusqu’à quand. Félicitons donc les éditions La Digitale, que le téméraire Jean-Jacques Cellier, imprimeur de son état à Quimperlé, anime. Armé d’une vieille linotype, il s’obstine à composer et tirer typographiquement des œuvres auquel le consensus passé et actuel réserve toujours une place de choix : les oubliettes. Après s’être engouffré il y a plus de vingt ans dans la brèche ouverte par la bataille de Plogoff en publiant un reportage de notre regrettée amie Renée Conan, c’est à son intrépidité que l’on doit une théorie de livres échappés des tiroirs de cette politique éditoriale qui choisit les titres et monopolise le marché au service de la Police de la Pensée. Contentons-nous d’évoquer pêle-mêle l’extraordinaire livre de Yann Daniel sur la Révolution espagnole et les camps allemands (Les Chemins de la Belle), ceux de Moshé Zalcman (traduits du yiddish), Ni Dieu ni Maire de Jorge Valero (qui n’a pas davantage fait plaisir aux socialauds de la CFDT qu’en son temps le pamphlet de Carlos Semprun-Maura, Ni Dios ni amo ni CNT, n’en avait procuré aux arnaco-syndicalistes), le très indispensable témoignage d’Alexander Berkman sur Le Mythe bolchevik ou l’étude de Claude Guillon, Deux Enragés de la Révolution : Leclerc de Lyon et Pauline Léon, tous excellents ouvrages. Rappelons un livre qui n’a mis que quinze ans à s’épuiser : Combats pour la liberté (traduit de l’allemand par Caroline Darbon, 1983). Il s’agit des Mémoires de Pavel Thalmann (1901-1980) et Clara Ensner (1908-1987), très jeunes engagés dans les luttes prolétariennes et qui se retrouvent à Bâle en 1928. Revenu à tous points de vue de Moscou, où il venait de faire ses classes, Pavel avait pu y apprécier la mise à mort de l’opposition de gauche : ses chefs, après l’expulsion de Trotski, écrit-il, capitulèrent honteusement – Zinoviev, Kamenev et Radek en tête – devant Staline. Mais le temps fort de leur bouleversante histoire reste sans conteste leur guerre d’Espagne. Clara s’y rendit pour les Spartakiades de Barcelone organisées en contrepoint des Olympiades hitlériennes de Berlin. La nuit du 17 au 18 juillet 1936 où elles devaient s’ouvrir vit d’autres embrasements… |
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| Voilà comment la belle Clara et Pavel s’engagèrent immédiatement dans les milices du POUM, pour le front d’Aragon et la bataille de Madrid. L’issue du combat contre le fascisme clérical n’eût pas été douteuse si les révolutionnaires n’avaient trouvé en face d’eux que les troupes de Franco. Mais la comédie de la non-intervention mise en scène par les démocrates français et anglais laissait de fait les mains libres à Hitler et Mussolini, pendant que le cancer stalinien détruisait physiquement les combattants les plus lucides. Le temps pour Pavel et Clara Thalmann de rédiger et faire publier une brochure démasquant les “tovarichtch”, Für die Arbeiterrevolution in Spanien (éd. Dynamo, Zurich, 1936, rééd. par Verlag Association, Hambourg, dans les années 70) et ils se retrouvèrent au cœur des événements tragiques de Mai 37 à Barcelone, dénonçant aux côtés des Amigos de Durruti la politique des staliniens ainsi que l’attitude par trop hésitante des anarchistes. La suite du programme ? Arrestations et prisons clandestines du Guépéou, dont bien peu d’antifascistes réchappèrent. Leur chance fut leur statut de citoyens suisses… Retour à Paris : l’engrenage de l’invasion nazie, la débâcle et l’occupation, et la rage de lutter malgré tout, sur tous les fronts… |
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La Digitale est encore le seul à avoir publié le premier livre français d’Erich Mühsam où l’on trouve deux textes fondamentaux de cet anarchiste communiste allemand assassiné en 1934 à Oranienburg : La République des Conseils de Bavière (trad. T. Zweifel) et La Société libérée de l’État (trad. Pierre Gallissaires) en coédition avec Spartacus (ISBN 2-903383-61-8). Un volume d’écrits choisis de ce même auteur est actuellement sous presse. |
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Abel Paz, connu par bien d’autres livres, a publié ces dernières années quatre volume de ses Mémoires. Le premier, Al pie del muro (Editorial Hacer, Barcelone, 1991) narre par le menu ses dix années d’hébergement gracieux dans les geôles franquistes ; ce voyage touristique à travers cette aride Espagne n’a duré que dix assez longues années, de 1942 à 1952. Frissons garantis. (Les hispanophones à la main leste doivent pouvoir le trouver chez l’Harmattan.) Entre la niebla (Barcelone, 1993) relate ses pérégrinations dans l’Hexagone – bientôt scindé en deux moitiés – à travers deux débâcles, du départ de Catalogne (1939) à son retour clandestin en Espagne franquiste en 1942. Mais si, du camp de Saint-Cyprien à celui d’Argelès-sur-Mer, de là au camp de Barcarès, puis au camp de Bram, la ronde infernale, à travers le froid et la faim, dura une longue année, scandée par les « Allez ! Allez ! » des gendarmes (« que nous ressentions comme des coups de fouet »), il n’y est pas question de lamentations. « A l’heure du joug, il s’agit de résister, et à l’heure du marteau, il s’agit de frapper : chaque chose à son tour. » La Digitale vient de publier la traduction de Viaje al pasado 1936-1939 (édition de l’auteur, Barcelone 1995) sous le titre de |
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| Barcelone 1936 (traduction d’Oscar Borillo, Quimperlé, 2001 - ISBN 2-903383-66-9). C’est la révolution au quotidien que se remémore l’historien de Durruti : l’auteur fête à peine ses quinze ans lorsque Barcelone balaie les fascistes en deux journées insurrectionnelles de juillet 36, mais il est adhérent des Jeunesses libertaires, la frange la plus remuante et la plus susceptible du mouvement révolutionnaire. A lire avant tout pour le témoignage sur les collectivités en Catalogne que l’auteur visita durant l’hiver 1937-38. | ||
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