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Claude Vougeot

Georges Henein

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« J’ai déclaré, et je maintiens, que le surréalisme devrait se retirer sur l’Aventin et laisser les camelots du siècle déballer leurs colifichets. Je crois qu’à défaut d’un Bund véritable ou d’un groupement fermé ou secret, une société discrète pourrait se constituer, à la fois modeste et hautaine, qui forgerait elle-même ses plaisirs. Par sa pratique de l’image bondissante, de l’image chevauchante, le surréalisme a acquis la faculté de voir au-delà de l’immédiat, au-delà des mots, au-delà des impasses où se morfondent les hommes. C’est cette faculté qu’il faut, aujourd’hui, soit abdiquer, soit exercer à perte d’horizon. »

Même saccagés par des Bourde-Boula-Bercoff, les Carnets de Georges Henein (L’Esprit frappeur, Encre, 1980, épuisé) gardent à cinquante ans de distance un pouvoir d’invocation, une violence d’analyse inquiète qui force nos frontières jusqu’aux plus intimes.

« La tragédie des personnes déplacées, dont on avait voulu se convaincre, au début, qu’elle n’était qu’un phénomène passager, un trouble de la civilisation qui ne tarderait pas à se dérober, est devenue, à ne plus pouvoir s’y méprendre, une des constantes de cette civilisation qui se nourrit de son propre trouble. En effet, ce qui est déplacé, ce n’est pas seulement l’être physique, c’est, au même titre et presque par les mêmes moyens, l’existence intérieure de chacun, la somme de ses rêves, de ses désirs et de ses refus. La migration forcée n’est que l’expression géographique du pétrissement général de l’homme. La tragédie visible est seulement la manifestation apparente d’un travail incessant et acharné qui se poursuit sur la matière humaine. La technique hautement perfectionnée du pouvoir permet de débrancher, de ressaisir, puis de relancer l’unité-homme dans tel ou tel autre circuit. Ainsi considère-t-on d’un regard médusé les opérations de ces merveilleuses machines à emballer qui sont le fin mot de la passion moderne. Pour quelqu’un de non initié, il semble impossible de prévoir la surprise finale en se référant uniquement au début du processus. L’homme déplacé, débranché, repris et relancé est un spécimen en voie de multiplication rapide auquel une forme de société consacre tous ses soins. C’est le spécimen de “l’infirme dynamique”. Que ce spécimen l’emporte sur les autres variétés qui subsistent, encore, de par le globe, et l’avenir aura le brillant et le froid du scalpel. »

Qui osera enfin publier le « poète de la grande disette » ?