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« J’ai déclaré, et je maintiens, que le surréalisme devrait se retirer
sur l’Aventin et laisser les camelots du siècle déballer leurs colifichets.
Je crois qu’à défaut d’un Bund véritable ou d’un groupement fermé
ou secret, une société discrète pourrait se constituer, à la fois
modeste et hautaine, qui forgerait elle-même ses plaisirs. Par sa
pratique de l’image bondissante, de l’image chevauchante, le surréalisme
a acquis la faculté de voir au-delà de l’immédiat, au-delà des mots,
au-delà des impasses où se morfondent les hommes. C’est cette faculté
qu’il faut, aujourd’hui, soit abdiquer, soit exercer à perte d’horizon.
»
Même
saccagés par des Bourde-Boula-Bercoff, les Carnets de Georges
Henein (L’Esprit frappeur, Encre, 1980, épuisé) gardent à
cinquante ans de distance un pouvoir d’invocation, une violence
d’analyse inquiète qui force nos frontières jusqu’aux plus intimes.
« La tragédie des personnes
déplacées, dont on avait voulu se convaincre, au début, qu’elle
n’était qu’un phénomène passager, un trouble de la civilisation
qui ne tarderait pas à se dérober, est devenue, à ne plus pouvoir
s’y méprendre, une des constantes de cette civilisation qui se nourrit
de son propre trouble. En effet, ce qui est déplacé, ce n’est pas
seulement l’être physique, c’est, au même titre et presque par les
mêmes moyens, l’existence intérieure de chacun, la somme de ses
rêves, de ses désirs et de ses refus. La migration forcée n’est
que l’expression géographique du pétrissement général de l’homme.
La tragédie visible est seulement la manifestation apparente d’un
travail incessant et acharné qui se poursuit sur la matière humaine.
La technique hautement perfectionnée du pouvoir permet de débrancher,
de ressaisir, puis de relancer l’unité-homme dans tel ou tel autre
circuit. Ainsi considère-t-on d’un regard médusé les opérations
de ces merveilleuses machines à emballer qui sont le fin mot de
la passion moderne. Pour quelqu’un de non initié, il semble impossible
de prévoir la surprise finale en se référant uniquement au début
du processus. L’homme déplacé, débranché, repris et relancé est
un spécimen en voie de multiplication rapide auquel une forme de
société consacre tous ses soins. C’est le spécimen de “l’infirme
dynamique”. Que ce spécimen l’emporte sur les autres variétés qui
subsistent, encore, de par le globe, et l’avenir aura le brillant
et le froid du scalpel. »
Qui
osera enfin publier le « poète de la grande disette » ?
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