Au début il s'agit toujours d'une fuite de : de la misère,
de la prison, de la peur... c'est seulement après qu'il devient
l'exil comme espace et temps de l'abandon. Nous avons tout abandonné,
nous avons pris le fardeau de notre déracinement, toujours aux
limites extrêmes de notre vie... pendant ce long voyage, presque
un exode désordonné de tribus, nous avons changé,
nous sommes devenues communauté différente... le nomadisme
est un habit fluide : tout ce qui a été fuite devient
réalité. Prostitués, bonnes, infirmières,
intellectuelles peu importe, nous sommes venues, nous sommes restés,
nous avons « apporté » nos liens, nous
avons changé nos racines en rizoma, plus faciles à transporter...
toujours dans l'exil il y a le moment de rupture, celui de la plus grande
souffrance, la perte de la Mère-Terre... presque un rite d'initiation,
pour que notre fuite devienne un chemin vers notre nouvelle identité :
c'est là que nous avons rencontré nos désirs, nos
plaisirs. Partout nous avons croisé autres nomades, autres exilés,
la même histoire et toute autre, et les mille tribus sont devenues
une multitude en marche... mais au même temps les femmes ont modifié
cet exode et ce monde, elles ont brisé le langage qui définit
ce même monde, les idées qui l'ont fondé pendant
des siècles et des siècles.
Aucune histoire ne pourra
plus s'écrire de la même façon :
nous les femmes ne serons plus jamais ou vous nous attendez, mais toujours
ailleurs.