Via Libre5 accueille

le cri du perdant qui ne veut pas

perdre la mémoire

Magazine
N°7 Mai 2002

Vanessa Dolmen
(Martinique)

GROCA

Contact

Tambours chantant, vibrant, criant sonnent le souvenir mon île, l’existence de mes ancêtres. Plus qu’un tourbillon sonore, un véritable enchantement à mes oreilles. Le Groca, cette musique profondément encrée dans la tradition des Antilles, revient toujours, s’extirpant du passé, bien vivante, revient encore et toujours affirmer mes origines.

Images flottantes des femmes qui s’affairent trépidantes à l’approche des célébrations, tandis que là-bas, les hommes battent la mesure de l’émotion qui nous envahie.

Ranime en moi ce sentiment d’appartenance à une culture, à un lieu, à un peuple. Les voix aussi, composantes indissociables qui accompagnent ces déclarations à la vie.

Ces chants qui traversent les époques, les générations. Les danses ne se font plus attendre très longtemps, ces cadences qui peu à peu  crient la voix de la Martinique, des Antilles et nous somment d’écouter leur message. La « mizik vié neg » n’a pas perdu de sa sublime, elle perdure, elle porte en elle  la lutte d’un peuple contre l’oppression et la servitude. Elle est prière, symbole, rage-apaisante. Elle est fière.

Les femmes revêtues des étoffes aux couleurs de leur terre natale attisent par leur danse l’enthousiasme de la foule. Bien plus qu’un divertissement, le groca s’inscrit dans le folklore des Antilles. Il accompagne toutes les fêtes communales, résonne dans les rues pendant les semaines de carnaval ; soulage les cœurs en devenant un hymne heureux du passage vers l’au-delà, un hommage au défunt. Le groca devient un mode de vie ; présent à chaque étape lors des naissances, des unions, des baptêmes, des décès.

Source de plaisir et de ravissement pour les enfants qui observent les yeux ébahis les « fanm » se déhancher au rythme du djembe. Mélange d’envie et d’orgueil chez les petites filles qui admirent leurs aînées et attendent avec fièvre l’heure où elles aussi deviendront le centre d’intérêt.  Le groca pourtant principalement joué par des hommes ne peut se défaire des femmes car c’est aussi dans leurs corps, leurs âmes et leur voix qu’opère la magie. Elles sont empreintes de l’histoire des Antilles et transmettent de génération en génération les joyaux de leur expérience, les danses, les coiffes et les tenues sont bien le résultat d’une initiation.

Unique à force de vécu, le groca est depuis toujours chargé de sens , il conforte la sensibilité martiniquaise et antillaise. Il demeure atemporel , c’est un appel de l’esprit et des corps vers une libération absolue de l’âme.

On ne peut que se réjouir de la longévité de ces mélodies qui au fil des siècles se sont insufflées de dimensions nouvelles sans jamais trahir leur ligne conductrice .

Le groca, expression de l’unité efface les frontières et nous ouvre les portes du continent originel.

Vanessa Dolmen est présentatrice télé.
>> suite
magazine 7 > sommaire > archives