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Magazine
N°7 Mai 2002

Gertrude Seinin
(Martinique)

Sur les traces du bal créole...

Je suis née avec ce don que dieu m'a donné. Ma grand-tante me disait qu' à l'âge de trois mois déjà je chantais et dansais avec elle qui me tenait dans les bras. Depuis l'enfance, j'ai commencé à aimer les chanteurs et les chanteuses, Josephine Baker, Edith Piaf... J'appréciais aussi beaucoup le cinéma et ma passion pour la musique était associée à une forme d'expression globale, à la danse, à la comédie. Ainsi, j'ai commencé par participer à des concerts  qui étaient en vérité des spectacles, avec claquettes, chorégraphies, textes comiques...

Comme ma mère aimait l'art, c'était elle qui préparait pour moi des beaux costumes, variés selon le rôle que j'avais décidé de jouer: j'incarnais plusieurs personnages, avec des styles différents.

Ce n'est que plus tard que je me suis cantonnée au chant et mon 1er album date de 1981, réalisé avec Fernand Donatien: c'était une illustration de notre musique martiniquaise d'antan, des biguines, des mazurkas, des valses... la musique créole qu'à l'époque on entendait plus, étouffée par celle venue d'Haïti. C'est pou cela que, la même année, j'ai gagné les Maracas d'Or. Après, j'ai continué à enregistrer, je me suis un peu lancée vers la variété et la chanson française.

Par la suite, je me suis tournée vers une forme moins profane, à la manière du spiritual. J'ai utilisé des créations de Mano Césaire et Dalila Daniel, ma complice depuis toujours, tout en m'inspirant du négro-spiritual afro-américain. J'ai créé le créole-spirituel parce que j'avais remarqué que dans les Eglises, les cantiques religieux n'étaient pas créés par nous, avec nos rythmes. Moi, je l'ai fait et, en 1995, j'ai sorti 2 volumes dans ce nouveau style. Le 2ème notamment, est une rencontre du gospel et du négro-spirituel avec le créole-spiritual. J'avais appris le premiers pendant un séjour aux Etats-Unis: j'avais travaillé avec des Noirs, moi je chantais la mélodie et eux, ils m'accompagnaient. Ce n'est que par la suite que je suis venue à la musique traditionnelle de chez moi, celle datant d'avant 1902, l'année de l'éruption de la Montagne Pelée et de la disparition de la mythique ville de Saint-Pierre.

J'ai ainsi voulu rendre l'hommage à Léona Gabriel Soïme, la grande dame de la chanson martiniquaise. J'ai aussi composé un spiritual Bélé, le tambour des mornes insulaires. Aujourd'hui il y a une réhabilitation des anciens talents et des musique populaires qu'on croyait ensevelies dans le passé mais qui sont toujours vivantes, ce qui explique le succès de Cesaria Evoria ou de Compay Segundo. Alors, je me suis dite: 'pourquoi pas les Antilles?'... Et pour cela je vais faire un concert à l'Olympia, pour rendre à la biguine ses lettres de noblesse. Je me souviens de ma rencontre avec Léona Gabriel, cela remonte à l'époque où je faisais partie du groupe "Art et Folklore". Léona m'a montre un album plein d'images de sa carrière et de sa vie. Dans les photo qui défilaient devant mes yeux, elle était si belle que je ne pus pas cacher mon admiration. A quoi, Léona commenta, devant Alexandre Nestoret qui était avec nous, à l'origine de cette rencontre: "Maintenant, elle ne voit que les ruines, c'est pour cela qu'elle s'étonne... !".

Contact Gertrude Seinin
Quartier Barème Balata
97234 Fort-de-France
Fax : 05 96 64 52 80

La compilation des oeuvres de Gertrude Seinin est disponible chez Hibiscus Records.

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