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Magazine
N°7 Mai 2002

Hasna el Becharia
(Algérie)

La grande dame des dunes

J'ai commencé à jouer à l'âge de 16 ans grâce à mon cousin Mohammed qui me prêtait sa guitare acoustique en échange d'un franc. Mon chanteur préféré était Enrico Macias et j'adorais 'J'ai quitté mon pays', l'un de ses succès. Alors, je me suis procurée ce disque pour une douzaine de francs. Ensuite, ma mère m'a acheté une platine et chaque jour, à la sortie de l'école, je rentrais vite à la maison pour écouter cette chanson. J'essayais d'en reprendre les airs à la guitare, mais sans chanter. Plus tard, j'ai appris les chansons arabes avec  Fatima Habid, l'une des vedettes de Béchar.

Pendant ses concerts, elle se faisait accompagner au tambourin bendir, au tambour derbouka, parfois aux castagnettes karkabous. Pour revenir à la guitare, j'ai dû faire face à l'opposition de mon père avec la complicité de Mohammed: il sifflait quand il le voyait arriver et moi, je m'arrêtais... Une fois, il m'a surpris, j'étais à la cuisine en train de jouer et m'a vertement reproché. Cela ne m'a pas empêché de continuer d'autant que, peu de temps après, il a quitté la maison familiale. Un jour, ma voisine et compagne d'école Fusija m'a rendu visite pour m'annoncer son mariage et me proposer d'animer une partie de la cérémonie. J'ai emprunté la guitare de Mohammed pour 5 francs et l'après-midi, je suis partie jouer pour les jeunes filles qui participaient aux préparatifs des noces. J'ai tellement bien joué que le père de Fusija m'a demandé d'intervenir aussi le soir pour les femmes. C'est lui qui s'est occupé de me ramener une guitare électrique avec l'amplificateur.

Depuis le mariage de Fusija, raconte Hasna, on m'invitait tout le temps. Je me suis achetée un luth pour travailler librement et, en 1972, j'ai intégré le groupe de Fatima Habid, composé que par des femmes. Fatima jouait le bendir, Za Karmoud le derbouka et Zoulira les castagnettes. Fatima et Za chantaient et on allait de fête en fête.

Je suis partie voir un certain monsieur Gomez à Béchar pour lui acheter un amplificateur, dit elle. Comme il en avait pas dans sa boutique, il m'a fourni l'adresse d'un commerçant à Oran qui m'en a vendu un. En échange, je lui ai donné les bracelets reçus par ma maman en cadeau de mariage... C'était en 1973 et j'étais déjà séparée de mon mari. Je vivais de ma carrière, je pouvais aider ma mère et mes frères et, en 1974, j'ai commencé à me produire en concert à Alger et à Oran, toujours avec le même groupe de femmes, plus une nouvelle recrute, Kera. A la mort de Fatima, j'ai continué avec les autres, on interprétait le répertoire marocain.

Mon père m'a raconté l'histoire des Noirs arrivés au Maroc il y a des siècles, m'a parlé de nos ancêtres marocains et de mon grand-père qui est mort sur le gumbri. Puis, après m'en avoir appris l'usage, il m'a invité à jouer la guitare électrique pour la circoncision de mon petit frère Hasni Bachir. Lui, il est devenu musicien et m'a beaucoup influencé. Il est parti pour la France où, en 1986, a été tué.   

A 25 kilomètre de Béchar, dans le village de Kenaza, il y a un répertoire particulier chanté par les femmes. Je jouais à Béchar autant que là-bas devant un auditoire féminin. On jouait l'après-midi jusqu'à 19-20h00, parfois les soirs aussi. Toutes les femmes chantaient, pleuraient, étaient contentes, tombaient en transe. Parfois les hommes venaient, il y avait tellement du monde et tous disaient que Hasna était la plus forte...


Album : "Djazaïr Johara" (LBLC 2568.HM83)
Hasna el Becharia sera en concert à Angoulême, dans le cadre du festival "Musiques Métisses", du 17 au 19 mai 2002.

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