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le cri du perdant qui ne veut pas

perdre la mémoire

Magazine
N°7 Mai 2002

Odile Wanuké
(Congo)

Et si ma grand-mère chantait !

Qu'est ce qu'une danse ou un chant? Me demande-t-elle après m'avoir observée d'un air moqueur quand toute fière je la taquine en disant qu'il faut qu'elle apprenne la dernière danse populaire à la mode " Kibuisa pimpa ".
Bagatelle, me dit-elle, mois je danse la vie et ton kibwisa pimpa existait déjà lorsque je suis venue au monde. Ce n'est qu'une adaptation de traditions par rapport à votre jeunesse.
Ici, il faut prendre la chanson à sa base, à ses racines, puiser dans le répertoire de la mémoire collective.

La chanson chez l'africaine étant toujours liée à la danse, c'est également comparaison faite, l'évidence même de l'africaine à être polyglotte. Cela m'as tellement intriguée que je me suis mise à bien l'observer dans ses moindres faits et gestes, de même pour toutes ces grand-mères et ces grandes tantes de ce village de Dilolo, au fin fond de cette province du Katanga où je suis venue passer les deux mois de vacances.

Elles chantaient et dansaient la joie, les pleurs, les rires...

Les soirs, dans les contes autour du feu, on chantait et les plus petites faisaient preuve de leurs savoirs faire en exhibant quelques pas de danse au moment des chants du conte qui était en train d'être narré. Cela faisait le pont entre le récit mythique et la réalité, notre réalité, on nous ramenait à la vie en apprenant que depuis la nuit des temps, la vie est un perpétuel recommencement et que ce qui est imaginé a bel et bien eu lieu, même si cela nous paraît invraisemblable.

Elles chantent des berceuses pour endormir leurs bébés, mais également pour servir de câlin et de douceur au turbulent qu'on a été puni la journée. Elles dansent et chantent le mécontentement conjugal pour que le mari qui se croit maître du monde sache qu'elles ont un mot à dire. Mais au delà de toutes ces chansons, la danse résume la manifestation de grandes émotions : quand l'émotion est grande et que la parole se limite: la danse s'exprime. Polyrythmiques, comme nous dit l'anthropologue Judith L. Hanna : « La musique comme la danse fait partie de l'héritage culturelle d'un peuple. Elle constitue un vecteur puissant d'identité ethnique, sexuelle, de classe d'âge, de hiérarchie sociale".

Qu'elle soit villageoise ou citadine la musique, comme la danse, englobe le physique, l'économie, le social, la politique, la psychologie, la communication et bien étendu le culturel. L'Afrique danse, affirmait G. Gorer en 1935 à propos de l'Afrique occidentale : " Ils dansent leur joie et ils dansent leur souffrance; ils dansent l'amour et ils dansent la haine ; ils dansent pour appeler la prospérité et ils dansent pour éloigner la calamité ; ils dansent religieusement et ils dansent pour faire passer le temps ". Au delà du coté culturel, la musique c'est la vie.

Chorégraphe née à Lubumbashi et vivant à Paris, Odile Wanuké prépare pour l'été 2002 un spectacle de danse sur les deux Congo.

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