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ViaLibre5 à la rencontre d'univers en liberté |
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Edito
du n° 8, par Hubert Artus |
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LE COMBAT DES ANGES |
| « L’art naît de la lutte, vit des contraintes et meurt de la liberté » Jean-Paul Sartre | |
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Depuis l’avènement de la télévision en tant que spectacle, la critique des médias est devenue une pratique médiatique spécifique. Tous les journaux, toutes les télévisions, pratiquement toutes les radios et sites Internet réservent une partie de leur contenu à l’analyse, même les plus ardents défenseurs de l’information pure. Les médias analysent les médias, et ce n’est pas forcément un mal en soi, cela peut servir à savoir qui est qui. Cela peut participer aussi au brouillage total, celui inculqué par le Capital. |
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L’accélération du monde a toujours produit une saturation d’information, de sens, de possibles, elle a maintenant produit le règne du nivellement par le bas sous le forcément faux prétexte de la démocratisation. Du brouillage (toujours en cours) des symboles, des référents, de la confiance, on est passé à la superposition des sens de lecture, à une stratification des discours : l’hypertexte. On ne lit plus un livre, on ne vit plus un fait pour aller le vérifier ensuite, on lit un papier sur ce fait et c’est comme si on avait lu ou vécu ce fait. On est passé de la narration (manière de raconter les histoires) à la narrativité (étude et comparaisons de ces méthodes), du langage au métalangage. Pour intéressante et même opportune que soit cette évolution, elle est aussi très sélective. Tout les humains ne lisent pas ou n’aiment pas avoir à décrypter pour comprendre, tout le monde n’est pas disponible pour ce faire, tout le monde surtout n’en n’a pas les moyens. Cette accélération a donc laissé du monde de côté. |
![]() © Photo : Hubert Artus |
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Elle a surtout achevé de couper les humains des instruments sensés les informer sur leur monde. Elle a généré une nouvelle puce dans nos encéphales : lors de la lecture d’un article, on lit en même temps qu’on se demande si ce qu’on lit est vrai, on se demande combien l’info a été achetée, qui l’a biaisée et combien elle a été payée. A la philosophie on a substitué la méfiance. La « génération X » fort justement décrétée par Douglas Coupland dans les années 90 est aussi celle de l’hypertexte. C’est aussi le triomphe final du Capital, qui avait déjà substitué la méfiance de l’étranger à la solidarité et aux liens sociaux. Mais le Capital n’est pas une fatalité, il n’est qu’un pouvoir. Et tout pouvoir a son contre-pouvoir. Il faut donc créer et garder des poches de résistance, des poches d’existence. Et pour ce faire, appliquer la notion d’égalitarisme, grande oubliée des philosophies « démocratiques ». Partir du constat quelque peu nietzschéen que toute personne qui a envie de faire quelque chose s’en donne les moyens (à la vie, à la mort), et qu’à partir de là il est logique qu’il puissent intégrer ou créer des structures correspondantes à leur pratique. C’est sur ces bases que s’est montée Télé Bocal, télévision associative parisienne (interview dans ce numéro), animée aux trois-quarts par des bénévoles, qui travaille à la fois sur la notion de proximité locale et d’universalité politique (l’internationale, en somme). En lutte, cette chaîne est aussi le témoin de la dernière grosse chape de plomb audiovisuelle de l’Etat français et du C.S.A. : la non-attribution de fréquence pour les télévisions libres. Une image fait appel à la fois à la réalité et au fantasme, à l’acceptation et à la transgression. Des Etats, déjà doublés par l’autonomie de l’Internet, ne peuvent supporter des télévisions autonomes… « Nous ne sommes pas obligés d’attendre qu’un train déraille pour en parler » dit Stéphane Brasca, rédacteur en chef du magazine de photojournalisme De L’Air (article dans ce numéro), qui, lui aussi tourne quelque peu au bénévolat. La photographie a énormément souffert de la bêtise et de la finance, soit, ce n’est pas pour autant qu’il faut sombrer. C’est plus dur qu’avant, mais le plaisir et l’urgence de témoignages restent les mêmes. L’image sera toujours, avec le geste (le mime) le moyen le plus direct de communiquer et d’apprendre. Même si, comme disait Godard, « ce n’est pas une image juste, c’est juste une image ». Dans ce monde si rapide, la réalité a depuis belle lurette dépassé la fiction (et ça ne date pas du 11 septembre, celui-ci n’étant probablement qu’une phase de ce processus) dans le champ des possibles. Dans ce contexte, l’image est devenue une écriture. L’écriture est le vecteur du roman, de la littérature. Dans notre monde de marché, la culture est évidemment le sujet d’enjeux énormes. L’art et la culture se fonde sur les fantasmes des hommes. La posséder revient à être le maître du monde, la contrôler, c’est déjà dominer le monde. La contrôler commence par contrôler le monde de la critique, d’y placer ses pions. Un système que nous montre François Thomazeau (article du personnage), qui a la particularité d’être journaliste (mais pas dans le domaine culturel…), auteur et éditeur. Il nous donne ainsi une vision d’ensemble. Aussi dénonciateur, Bernard Strainchamps, webmaster du site Mauvais Genres en Bibliothèques, nous montre une solution alternative qui a fait son chemin dans la reconnaissance et la résistance (article). |
![]() © Photo : Hubert Artus |
Les luttes humaines et politiques sont l’histoire, et surtout la mémoire, du monde. Mais qui, sinon ces médias, seraient le témoin des luttes, des sans-papiers, des sans-logis. Qui serait, au quotidien s’entend, le témoin lutteur des Palestiniens, le compagnon de relais des précaires. Les médias se disant militants ou politisés ne peuvent suivre ces phénomènes contemporains avec la grille de lecture adéquate : ils sont encore pris dans leur dogmatisme. |
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Si la forme associative est ce qui s’adapte le mieux à une liberté de parole aujourd’hui (voir Télé Bocal), l’effet pervers est que tout le monde peut y entrer et que cela offre à des individus en mal de reconnaissance l’opportunité d’un pouvoir. Ainsi le médiatique (associatif ou libéral) a-t-il aussi profité à quelques soixante-huitards ou post-soixante-huitards. |
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L’essentiel est toujours d’agir. Une action de laquelle la pensée et la réflexion sont non seulement le moteur mais la matière, la matrice. Plus qu’un média des sans-voix ou sans-paroles (qu’ils sont aussi), ils sont une voix, un chant Il sera question, dans ce numéro de ViaLibre, de parler de médias en action, qui agissent dans tout ce brouillage des sens, malgré lui, parce que leur vie en dépend mais surtout parce que l’interprétation du monde fera tjrs partie du monde, alors il faut avancer. Sur cette question médiatique comme dans toutes celles de la vie, c’est à nous aussi, lecteurs , auditeurs et spectateurs, d’intégrer cette matrice, d’être acteurs et non spectateurs. Pour ce qui est du médiatique et du politique peut-être plus encore : c’est de nous qu’ils parlent, de notre monde. Du brouillage naît un sens, d’un pouvoir ou d’une corruption naît une lutte, de la lutte naît l’urgence, la victoire, la poésie et l’amour. Les vaincus d’aujourd’hui seront demain les vainqueurs. |