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Magazine
n° 9. Juillet-Août 2002.

Cecilia Calvi*

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Du court au long métrage

C'est comme passer d'une nouvelle à un roman, ou bien comme la différence qu'il y a entre une brève histoire d'amour et un rapport durable qu'il faut construire jour après jour. La brièveté permet d'exprimer la passion d'une idée, d'une pensée originale. Le court métrage est comme une fresque ou même comme un brouillon qui naît soudainement; d'une façon telle que les teintes fortes de l'improvisation font pardonner la légèreté de la technique. C'est donc une étude, une sorte d'essai, comme un risque que l'on court, bref, un avant-goût de film.
Le long métrage, au contraire, force à la réflexion, à la construction et à l'engagement physique et mental, ainsi qu'à un effort d'organisation. Aucun dérapage n'est ici permis, car les 90 ou 100 minutes du film doivent se transformer en une histoire. Il faut que le spectateur reste cloué à son siège, sans qu'il puisse se demander un seul instant ce qu'il est en train de faire là, ni ce qu'il va manger le soir.

En ce qui me concerne, le passage du court au long métrage s'est fait naturellement, après trois courts métrages et un bagage d'expériences qui n'aurait pas été suffisant si je n'y avais pas ajouté un peu d'inconscience. Pour quelqu'un comme moi, toutefois, ça a été très important de ne pas être tombée dans le piège du sentiment d'omnipotence. Au contraire, il m'a fallu faire confiance aux autres, dans tous les secteurs, de la photographie au décor, de la musique au montage, en discutant avec eux dès le début pour pouvoir arriver à un point de rencontre. Sans perdre de vue mon point de vue personnel, j'ai dû m'éclaircir les idées en écoutant toutes les propositions, en les soupesant, puis, ensuite, tout assembler. Au fond, le travail du metteur-en-scène est celui d'un chef d'orchestre qui ne peut pas jouer tous les instruments, mais qui doit les mettre ensemble et les accorder à la même tonalité. Et ensuite, ce sera encore au maestro de définir les rythmes, les crescendo, la passion, la discrétion. (Souvent, dans un court métrage, on joue seul de tous les instruments, comme ces artistes géniaux qui se produisent dans les rues).

En somme, une expérience positive, longue et difficile, mais qui procure une grande satisfaction. Mais ce n'est pas un point de non-retour qui exclut la réalisation d'autres courts métrages. Car je ne voudrais nullement renoncer à ces idées qui n'ont besoin que de quelques minutes et de peu d'images pour s'exprimer, ou bien à cette liberté d'amateur, dans le bon sens du terme, au compagnonnage juvénile des réalisateurs de "courts" qui ne sont pas liés aux contraintes du marché et qui se promènent, contents, dans les festivals du monde entier. Ces festivals qui ont encore une dimension humaine, sans mondanité ni adulation de stars, où il est encore possible de faire de vraies rencontres et d'avoir de vrais échanges dans toutes les langues, poussés juste par le désir de se comprendre.

Le long métrage, lui, est pour les adultes. Il faut apprendre à modifier son point de vue, à parler avec les producteurs, à discuter de contrats, d'emplois du temps, et engager un an de sa vie. Et parfois, tout cela pour voir le film passer comme un météorite dans les salles, laissant derrière lui un reste d'amertume aussi bien pour celui qui l'a réalisé que pour ceux qui n'ont pas eu le temps de le voir. Notre cinématographie, si fragile et confuse, n'a pas encore appris à se défendre, à croire en elle-même, et à s'aimer. Et celui qui ne s'aime pas lui-même n'est pas prêt à se faire aimer par les autres. "Arrêtons de nous faire du mal."

                                                                                                           

*Cecilia Calvi, mis à part ses nombreux travaux pour le théâtre et la RAI, a réalisé:
Courts métrages: No, mamma, no (1993); Mirko e Caterina (1995); Il vampiro difettoso (1995)
Longs métrages: La classe non è acqua (1997); Mi sei entrata nel cuore come un colpo di coltello (1999)

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