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n° 9. Juillet-Août 2002.

Christian Fechner

Le théâtre Robert-Houdin

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Extrait de l'article "Le théâtre Robert-Houdin : de Jean Eugène Robert-Houdin à Georges Méliès", Catalogue de l'exposition Magie et Cinéma, Paris-Musées, 2002.

C'est en juin 1888, à l'âge de vingt-six ans, que Georges Méliès fit l'acquisition du plus petit théâtre de Paris, le théâtre Robert-Houdin.... Ce théâtre, dont la réputation rayonnait dans toute l'Europe, était depuis plus de quarante ans le conservatoire d'une forme de magie unique et de grande qualité. Pour la coquette somme de 35 000 francs, payée en deux versements, le jeune homme devenait le nouveau titulaire du bail d'une salle d'environ deux cents places, réparties en fauteuils, stalles, bancs et loges, et située au deuxième étage de l'immeuble du 8, boulevard des Italiens, propriété du comte de Rohan-Chabot.

Cet ensemble se composait de bureaux administratifs, au-dessus de l'entresol, puis, à l'étage supérieur, d'un foyer, baptisé salon-annexe, qui le soir faisait fonction de vestiaire et, dans la journée, de salon d'exposition permanente de phénomènes, automates, entresort et autres curiosités à caractère plus ou moins « scientifique ». ...

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Pour un homme aussi inventif que Georges Méliès, les armes secrètes dont était pourvue sa salle étaient une aide puissante pour les illusions qu'il couchait sur papier, dont il dessinait les décors et les costumes et écrivait les textes.

La création de la plupart de ces armes secrètes datait du temps de Robert‑Houdin, qui avait « machiné » sa salle d'une manière aussi efficace qu'invisible. On doit à Robert‑Houdin l'introduction de l'électricité dans l'art de la prestidigitation. À son époque, c'est grâce à des piles de Smee que le courant arrivait dans des anneaux fixés au plafond de la scène et de la salle. ....Chacun des meubles, guéridons, consoles de côtés ou table de milieu, permettaient des changes ou des charges invisibles aux regards des plus avertis, et un savant dispositif de tirages contrôlait, à distance, les célèbres automates et pièces mécaniques.
Bien que la scène ne surplombât les spectateurs que d'un mètre environ, ses trappes, ses aménagements particuliers et sa machinerie spécifique auraient fait l'orgueil des plus grands théâtres.

Des communications subtiles entre la salle et la scène concouraient à des transpositions apparemment instantanées de personnages, certains fauteuils et même l'orchestre, en l'occurrence un simple piano droit, devenaient, au cours d'une expérience, d'utiles auxiliaires pour le prestidigitateur en titre.

Du sol au plafond, de la salle à la scène, tout dans ce théâtre était pensé et construit dans le seul but d'enchanter le public et de donner une apparence de simplicité et d'aisance dans l'exécution de prestiges particulièrement sophistiqués pendant lesquels, toutefois, l'art de la manipulation ne perdait jamais ses droits.

Dans ce théâtre magique, même les charmantes ouvreuses pouvaient s'avérer à l'occasion, pour les sociétaires des Soirées fantastiques, de très habiles assistantes, aussi discrètes qu'insoupçonnables.

Méliès sut non seulement tirer le meilleur parti de ces installations mais en multiplia les effets et en créa de nouvelles.

Le coup de foudre entre le cinématographe et Georges Méliès allait donner naissance à un art que le grand magicien allait doter, à l'image de sa salle, d'un magnifique arsenal d armes secrètes toujours d'actualité. Seul un prestidigitateur de haut niveau, doté d'une imagination débordante, de créativité, doublé d'un technicien hors pair aux talents multiples pouvait devenir le père incontesté des effets spéciaux; il y démontra une virtuosité et une éblouissante maîtrise, et le cinéma lui en est encore aujourd'hui particulièrement redevable.

Comme l'ont déjà souligné les spécialistes de l'oeuvre cinématographique de Méliès, on trouve dans son oeuvre magique les thèmes récurrents de ses premiers films, et il fait peu de doute que le nouveau répertoire que l'artiste créa pour le théâtre Robert‑Houdin fut la source d'inspiration de certaines des œuvres tournées dans le studio de Montreuil, dont les dimensions, identiques à tous égards à celles des Soirées Fantastiques, ne sont évidemment pas le fait du hasard.

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La dernière séance des Soirées Fantastiques - qui furent le berceau de la magie moderne avant de devenir celui du cinema - fut donnée avec beaucoup d'émotion par Georges Méliès, assisté de Henri Maurier, le 13 juillet 1920, un mois jour pour jour après la date anniversaire de la mort de Robert‑Houdin.
En 1925 l'immeuble du 8, boulevard des Italiens disparaissait définitivement avec le percement du dernier tronçon du boulevard Haussmann.

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