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Magazine |
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Fulvia ALBERTI (1) Fragile voyage autour du réel |
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Documentaire ?
Reportage ? C’est une question qui se pose, et que l’on pose, à celui
qui s’apprête à faire un voyage autour du réel. Généralement on dit que
les magazines télévisés relèvent du reportage, alors que les oeuvres où
perce le regard de l’auteur, et bien, ça c’est du documentaire. |
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Alors, pour couper court à une question que je pose autant à moi-même qu’au spectateur, je dirais simplement que le documentariste (qu’il fasse un reportage ou un documentaire), lorsqu’en filmant est en harmonie avec lui-même et avec son projet, nous apprends à regarder. Il s’approche tout près de ce que nous ne pouvons pas voir, il rend la banalité souvent inoubliable, il nous émeut avec une phrase éclatante de vérité cueillie au beau milieu d’un discours convenu...Il y a de très bons reportages et des documentaires très plats...C’est comme ça. |
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Mais quelles sont les contraintes qui se posent à un auteur à partir du moment où il décide de réaliser un sujet qui lui tient à coeur, qui lui paraît indispensable ? Il y a quelques jours, un vieux monsieur qui a beaucoup voyagé, écrit et filmé, Arnaud Desjardins (2) racontait qu’en 1967 il était parti pour la troisième chaîne de l’O.R.TF. en Afghanistan, pour un documentaire sur les Soufis, avec une petite équipe (cinq personnes) et sans limites de temps. Autant dire tout de suite qu’au jour d’aujourd’hui, cinq personnes constitueraient une équipe de rêve. Le documentariste de ce troisième millénaire tant décrié, part souvent seul, il fait l’image de son film, et parfois aussi le son. Il n’a des limites de temps que ceux que sa situation économique personnelle lui consent (la plupart des réalisateurs de documentaire que je côtoie se retrouvent interdits bancaires plusieurs fois pendant leur carrière, et ont du mal à mener de front leurs projets et leur vie de famille ) . Je pense à Baudouin Koenig, que je connais bien, et au chemin de croix qu’est devenu sur film « Du Golfe au Kurdistan : des hommes abandonnés de Dieu » (3). |
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Mais
au préalable, si le documentariste ne vient pas d’une famille aisée, s’il
n’est pas rentier, s’il na pas fait un bon mariage ! , il lui faut
bien présenter un projet à une production, qui le défendra ensuite devant
le diffuseur censé ouvrir les cordons de la bourse. Il faudra aussi que ce projet soit écrit comme une fiction, parce que bon nombre de diffuseurs ont du mal à visualiser (et oui !!!), ou bien à faire confiance à un auteur qui ne soit pas déjà largement consacré par la presse. Par ignorance ? Par un certain manque de courage ? Pour tout ça et pour d’autres raisons pas vraiment nobles : il ne faut pas oublier qu’eux-mêmes sont de plus en plus liés, poings et pieds liés, à ce dieu tyrannique qu’est l’Audimat, et leurs fauteuils se balancent souvent au bord d’un gouffre. |
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Le
documentaire, avant de l’être, est une fiction écrite sur le papier :
ce qui ne devait être qu’une trace se transforme souvent pour l’auteur
en un carcan dont il ne lui est pas permis de sortir. |
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Le même exemple concerne le dernier film de Joris Ivens (5), et son « Histoire de vent », si personnel, si souffert . |
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Alors je dirais bienvenue aux petites caméras numériques, parce qu’avec toutes leurs limites, elles sont aujourd’hui , sauf exception, le seul moyen de suivre son rêve, tout en se pliant à d’autres contraintes pour gagner sa vie. Mais souvenez vous que, entre produire un documentaire et le montrer il peut y avoir un guet infranchissable ! J’ai envie de poser une question en guise de conclusion : le documentaire d’auteur (pour le distinguer des reportages tapageurs ou des films animaliers) est-il en danger ? |
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Personnellement je pense que oui : il est de moins en moins reconnu comme un genre nécessaire par les chaînes publiques et privées. Il est de plus en plus difficile de « faire » des documentaires : pour poursuivre le réel à la trace il faut être aussi libres que possible de suivre d’autres pistes que celles que l’on se serait fixés dans un synopsis. Et il faut du temps. Notes : 1- Fulvia Alberti, D.E.A. d’études cinématographique s à Paris IV. Reportages pour ARTE et France 3. Prépare un documentaire sur la situation en Italie depuis mai 2001, « Divorce à l’italienne ». 2- Arnaud Desjardins, écrivain, cinéaste, à l’âge de trente ans a entreprit une série de long voyage à la rencontre de l’Orient. Il a publié de nombreux livres. entre autres : « La voie du coeur », « Yoga et spiritualité », « En relisant les Evangiles ». 3-« Du Golfe au Kurdistan : des hommes abandonnés de Dieu », tourné entre 1995 et 1997, diffusé sur ARTE la première fois en février 1998. Ce film sur les conflits passés et en gestation (le partage de l’eau) au fil du Tigre et de l’Euphrate ) a le résultat d’un combat, d’abord pour exister : trop géopolitique, trop « pointu », ... mais il sera rediffusé en 2000 et en 2002, par ARTE, puis dans le monde entier, projeté dans les festivals et universités. 4- « Les glaneurs et la glaneuse »(Canal Plus, 2000). Issue de la Nouvelle Vague, Agnès Varda a produit aussi bien des fictions ( « Cléo de 5 à 7 », « Sans toit ni loi »), que des courts métrages et des films documentaires. 5- « Histoire de vent » est le dernier film de Joris Ivens, cinéaste néerlandais. Après « Le pont » (1928) et « La pluie » (1929) , dui relèvent de l’avant-garde, il se rend à Moscou où commence son engagement politique. Il se retrouve successivement à Cuba, en Espagne, au Chili, au Vietnam etc. |
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