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à la rencontre d'univers

en liberté

Extradition de Paolo Persichetti
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La Repubblica du  23/09/02,
dans la rubrique « Linea di confine », de Mario Pirani

Le Monde consacre un titre de Une, suivi d’une page entière dans la section culturelle, à Cesare Battisti. Sur le coup, le fait que le grand journal parisien réévoque aujourd’hui le martyr de l’irrédentisme italien pendu par les Autrichiens à Trente en 1916, au cours de la Première Guerre mondiale, suscite ma curiosité. Mais aussitôt je m’aperçois que je me suis trompé : il s’agit d’un autre Cesare Battisti, un brigadiste des années du terrorisme, condamné à la perpétuité pour plusieurs homicides, dont celui du maréchal de la police pénitentiaire Antonio Santoro. Evadé de la prison de Frosinone en 1981, il a ensuite été signalé au Nicaragua, jusqu’à ce qu’en 1990 il trouve, comme environ trois cents autres individus recherchés, un refuge facile à Paris, où Mitterrand avait cru bon d’offrir une hospitalité sans  risque aux terroristes italiens, basques ou allemands fuyant la justice de leur pays. « Après la chute du régime sandiniste, c’est le seul pays qui pouvait m’accueillir », admit avec sincérité le nouveau locataire d’une mansarde sous les toits du Quartier latin. Pensant se trouver une profession adaptée à son nouveau rôle, il se consacra alors à l’écriture et produisit, avec quelque bonheur, une dizaine de livres – des polars, sauf un, intitulé, preuve de sincérité, Dernières Cartouches. Un délinquant dans la guérilla italienne, où l’auteur retrace son parcours entre centres sociaux, autonomie ouvrière et militantisme au sein du parti de lutte armée.

Il s’agit pourtant d’un personnage secondaire de l’univers des Brigades rouges, qui ne mériterait pas l’honneur d’un article si les pages culturelles du quotidien français le plus prestigieux ne le dépeignaient pas comme un valeureux combattant, menacé d’être consigné à un régime policier. Après avoir décrit sur un ton épique son « évasion homérique », sa fuite à pied à travers les Alpes, ses pérégrinations en Amérique latine parmi les guérilleros du sous-commandant Marcos et les sandinistes d’Ortega, ce deuxième héros des Deux Mondes « dénonce haut et fort le manque d’impartialité » des juges italiens qui, « après Persichetti, réclament dix autres personnes ». D’où « sa colère à l’idée d’être remis à un pouvoir italien dont il a maintes fois dénoncé la corruption ». La France, qu’il considère aujourd’hui comme son pays, va-t-elle le trahir ? Ou continuera-t-elle à le protéger, lui est ses camarades, comme par le passé ?

Naturellement, le substrat politique qui pousse Le Monde à faire preuve de si bonnes dispositions envers les anciens brigadistes hôtes de la France, c’est cette espèce de soupe tiers-mondiste, antiaméricaine et pseudo-révolutionnaire dont se sont nourries les nombreuses troupes des petits-enfants de Jean-Paul Sartre et de Roger (sic, ndt) Debray. Ainsi continuent-ils à se représenter les « années de plomb » à travers la vulgate produite par ces mêmes terroristes et par leurs pires maîtres. Non, il ne s’agit pas d’assassins égarés qui ont tiré lâchement sur tant d’innocents, mais de jeunes « en proie à une contradiction qui les a amenés à tuer pour défendre une idée de justice et de liberté ». Termes véritablement répugnants dans des pages culturelles d’un tel prestige, qui semblent d’ailleurs rédigées par des individus ayant tout oublié de la splendide tradition des correspondants à Rome – de Jacques Noblecourt à Philippe Pons, de Robert Solé à Marie-Claude Decamps – qui firent du Monde le journal le mieux informé et le plus lucidement critique des événements italiens sur la planète. Mais voilà, aujourd’hui on préfère les versions de ce Battisti, qui explique que, « dans l’Italie mal remise du fascisme, (…) le pouvoir nous a poussés sur le terrain des armes, alors qu’avant d’être une organisation de lutte armée, nous étions une organisation politique et culturelle de masse (…). Les Français ne se rendent pas compte du climat de guerre civile qui régnait à cette époque ».

Que dire ? Nous croyions en avoir fini, pour ce qui est de la polémique quotidienne tout au moins, avec les vieilleries conceptuelles de ceux qui cherchent à donner une forme de noblesse aux assassinats des BR. En revanche, nous pensions que le temps était venu de prendre une initiative de remise de peine, généralisée à tous ceux qui auraient renié leurs anciennes convictions. Nous le pensons encore (sauf dans le cas d’éventuels liens avec le brigadisme plus récent). Certes, le revival parisien n’aide pas les choses. Que les hommes politiques et de plume d’outre-Alpes évitent au moins de nous infecter avec l’affirmation selon laquelle la France serait « une terre d’asile ». Les assassins généreusement accueillis pendant toutes ces années sont des ennemis de la démocratie et n’ont rien à voir avec des exilés du nom de Pertini, Turati, Nenni, Amendola, Trentin, Valiani, Rosselli et des dizaines de milliers d’autres fuyant la prison et la mort que leur réservaient les dictatures.

> Lire la réponse de Roberto de Caro, directeur du magazine Mordicus

> Lire un autre article de Mario Pirani, où les rédacteurs du Monde sont qualifiés de "crétins"...

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