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Extradition de Paolo Persichetti
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La Repubblica du 09/09/02,
dans la rubrique « Linea di confine » de Mario Pirani.

Parmi tant de mésaventures,  c’est une chance que la justice italienne, au cours de ces dernières années, ait intégré les valeurs de la justice formelle, qui n’est plus vue comme opposée à la justice dite « de circonstance », où les délits ne sont pas évalués en fonction de la nature du crime mais de l’appartenance sociale et politique de celui qui les commettait. D’où, par exemple, durant les années de plomb, une indulgence complice envers les « camarades qui se trompent », même s’il s’agissait d’assassins qui se consacraient à d’atroces exécutions d’innocents citoyens, coupables, à leurs yeux hallucinés, de représenter l’Etat impérialiste des multinationales. L’expérience de cette époque sembla toutefois avoir fait définitivement taire tous les « mauvais maîtres » occupés à polluer la capacité de jugement d’une foule de jeunes. Aveuglement optimiste : ils n’étaient qu’« en sommeil» et les voici de nouveau sur le devant de la scène. Sauf qu’avec le temps ils ont développé une plus grande ruse et ils se donnent un air « libéral », partageant eux aussi les préoccupations de tant de « girotondini » (et de beaucoup d’autres, qui s’expriment autrement) pour une justice ad usum Berlusconis.

Mais si l’apparence est nouvelle, le discours est toujours le même. Parmi de nombreux exemples, l’article de l’écrivain Erri De Luca qui accompagne une page du Manifesto (du 5 septembre) consacrée à la prochaine manifestation girotondine est exemplaire. Il s’agit d’une philippique indignée contre la récente extradition de la France du brigadiste Paolo Persichetti, condamné à 17 ans de prison pour avoir participé à l’assassinat du général Giorgeri, le 20 mars 1987. Que le délit soit resté impuni n’a pour De Luca aucune importance. Il s’agit seulement d’« actes passés, de la phase finale de la lutte armée ». Pas plus que le fait que les enquêteurs cherchent, après les meurtres de D’Antona et de Biagi, à vérifier les liens entre ancien et nouveau terrorisme. Il s’agit seulement de deux tristes homicides de fonctionnaires ministériels, sur qui les « exilés de Montmartre », pour parler comme Michele Serra, refuseraient de « chanter » parce qu’ils « ne sont pas des canaris » (c’est-à-dire des repentis, dans le langage des malfrats). Quant aux juges, ne s’agissant pas ici de ceux de Berlusconi, ils n’ont droit à aucun égard : « Comme les généraux en Israël, chez nous les magistrats chargés de la spécialité qu’est la gratifiante lutte contre le terrorisme ont fait et font carrière… les pouvoirs ont un besoin urgent, après l’attaque des Tours jumelles, de chair fraîche à laisser moisir dans les prisons des ennemis. La France a gardé au frais pour nous une belle brochette d’exclus qui peuvent aujourd’hui entamer leur perpétuité pour des délits politiques vieux de 30 ans. » Soupçon en réalité peu généreux envers Paris.

Parallèlement à l’article du Manifesto, Le Monde a en effet publié en Une un éditorial intitulé « La France, l’Italie et les années de plomb » parlant du garde des Sceaux Dominique Perben, qui, à l’occasion de l’extradition de Persichetti, avait annoncé vouloir examiner « au cas par cas » la situation des quelque 300 condamnés par la justice italienne pour actes de terrorisme et réfugies en France  grâce au discutable critère unilatéral adopté par Mitterrand en 1985, selon lequel les brigadistes qui avaient montré leur intention de changer de vie ne seraient pas extradés, « quelle que soit la décision des tribunaux ». Aujourd’hui, Le Monde, en élevant au rang de « doctrine » intouchable la vieille pratique mitterrandienne, reprend la thèse des théoriciens de la contestation extrémiste selon laquelle dans les années de plomb on combattait en Italie « quelque chose comme une guerre civile ». Et il ajoute, en s’appuyant sur les textes d’Erri De Luca et de Giorgio Agamben : « Bien sûr, le pouvoir italien jugeait comme s’il s’agissait de délits de droit commun, mais cette thèse était démentie par le fait que la classe politique avait eu recours à une série de lois d’exception qui limitaient considérablement les libertés constitutionnelles. » La bêtise de certains jugements politiques sur l’Italie de la part de certains représentants de l’intelligentsia transalpine a une longue histoire, qui remonte aux années 50, quand le PCF, gardien de l’orthodoxie stalinienne, confiait à son responsable culturel, un pseudo philosophe du nom de Jean Kanapa, la tâche honorable d’accuser le PCI « d’opportunisme social-démocrate ». Jusqu’à ce que Togliatti en ait assez et écrive dans L’Unità un article intitulé « Le crétin Kanapa », qui fit taire les Français. Mais peut-être les petits-enfants de ce « crétin » ont-ils proliféré dans les rédactions parisiennes.

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