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ViaLibre5 à la rencontre d'univers en liberté |
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Auteur : Denis Humbert Date : 6 juillet 2002 Thème : "Il y a lien de sang lorsqu’un vampire boit le sang d’un autre vampire" |
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Vampire
à l’américaine - Mon pauvre chéri. Tu ne changeras pas. Une telle lâcheté !... Toute une vie de lâcheté. Tu... - Tais-toi, tu me fatigues. Elle hausse les épaules et reprend son ouvrage. C’est ainsi qu’elle nomme l’immonde ravaudage qu’elle a entrepris depuis des siècles, me semble-t-il, sur ce morceau mité d’une tapisserie d’Aubusson défraîchie, pâle et verdâtre, triste comme la peau de son ventre. La tapisserie, veux-je dire... Ou plutôt : je veux dire (A l’américaine) parce que " veux-je dire ", " me semble-t-il ", " pensé-je ", et tout ce genre de formules, ça fait... comment dire... En tout cas, ça n’est pas très " tendance ". Je ne me souviens plus de l’explication très technique qu’il m’en a servi. Avec une générosité distante. Comme on dépose une obole dans la paume dégueulasse du roumain faussement tuberculeux... Qui ? Nôôôn !... Vous plaisantez ?... Mais lui bien sûr, ce bellâtre chétif qu’elle adule depuis qu’il a griffonné quelques niaiseries sur un de ses bouquins , entre deux portes, à la bibliothèque. Il a prononcé trois mots, quatre peut-être, avec ce sourire que je lui ferai bouffer un jour, avec sa petite gueule en coin de poète maudit, avec cette main qu’il passe et repasse dans sa chevelure en forêt décimée... - Tu comprends, mon vieux... déjà, rien que ça... Tu comprends, mon vieux... Comme si je ne pouvais pas comprendre justement. Sans compter que même si je ne sais plus en quelle année j’ai passé la frontière, je ne supporte pas qu’on m’appelle " Mon Vieux "... Et puis cette fausse complicité tutoyante , cette suffisance urbaine face à la campagnarde humilité... " Monsieur " bosse pour le cinéma... Alors, évidemment, n’est-ce pas !... A l’américaine, mon pote... Une petite tape sur l’épaule, peut-être ? Pince-moi la joue tant qu’à faire... Mon pote ! grincé-je. Non plutôt : Je grince... A l’américaine. ... - Tu as entendu ce que je t’ai dit ? Elle demande. - Oui. Tu m’as traité de lâche... Cela fait vingt-deux ans que tu me traites de lâche. - Pour ce que ça a servi ! " Tu tapisses comme tu parles ma pauvre chérie, ton point de croix est aussi laborieux que ton langage ", je murmure. (Et non pas murmuré-je ). Parce que j’ai bien retenu la leçon prétendument venue d’outre-atlantique... - Pardon ? - Rien. - Evidemment. Une lâcheté peut en cacher une autre, n’est-ce pas, mon cœur ? Et vas-y-donc ! pose tes banderilles et retourne au callejon... Et n’oublie pas, Re-hausse les épaules. Dix fois à la minute, qui sait ? ça peut finir par muscler... Ceci dit, je suis vraiment lâche. A un point !... Il n’est pas utile d’y revenir. Je ne l’admettrais jamais en public, mais je le sais. Et je m’en accommode. Je préfère déclarer à qui veut l’entendre que l’humanité ne mérite pas le moindre engagement de ma part ni le moindre élan de tendresse ; que je ne lui accorderai jamais la plus petite miette du moindre intérêt... je cultive donc patiemment une inconsistance qu’on peut confondre avec une spiritualité tortueuse, bien trop riche pour être partagée. -... Tu vas y retourner, n’est-ce pas ? Elle ne me lâchera plus. Pas de la journée en tout cas. La tapisserie d’Aubusson, c’est moche, mais ça donne de la suite dans les idées. Ne réponds-je pas... A l’a... Et merde, tiens !... A la zimbabweienne !... A la Mormoilienne... A la ce que vous voulez... Prenez ça dans les gencives vous autres, les stars du scénario, les gloires du nouveau roman dont on a jeté les clés, du polar post-gothique, du mélo austro-amérindien, vous, les accoucheurs de rêveries sentimantalo-paresseuses, de délires d’encres baveuses où l’on voit les camions qui n’aiment pas les enfants avancer sur des pattes de poulets et oser prétendre que ça va passer... Vous tous. Oui vous... Quand je pense que certains... - Tu vas y retourner, n’est-ce pas ? Ce n’est pas une question. Je l’ai déjà dit ; elle ne me lâchera pas. Pourtant, je n’aurai pas le job. Elle le sait. Mais malgré tout elle reviendra à la charge. Avec l’obstination méthodique d’une armée allemande. Le hurlement lugubre du stuka en piqué... Vous connaissez ? Toute une escadrille... Même pas un passage de reconnaissance... Le mitraillage immédiat. Les balles qui dessinent de jolis festons sur le sable... les flaques qui se remplissent d’un beau sang bien rouge... Qu’est-ce qu’on fait mon capitaine ?... On éponge. Non, je plaisante. Il faut sauver le soldat Sternberg. Et je vous en prie, appelez-moi Roger... Mais la cote 112 est imprenable. Les pertes seront énormes... Je sais. Mais ce sont les ordres... Et Ryan ? Trop tard mon garçon. Personne ne peut plus rien pour elle... des torrents de sang sur la prairie... - ... Tu comptes t’habiller comment ?... mets plutôt ton costume gris... Qu’est-ce que tu en dis, minou ? Et j’enfilerai le costume gris. Et j’y retournerai. et pour la troisième journée consécutive je referai les tests et je remplirai les questionnaires. Question numéro deux : Pensez-vous qu’une hyène puisse avoir un lien avec une malienne ? Si oui, veuillez développer... je n’aurai pas le job. C’est couru d’avance. Mais je jouerai le jeu. Lâchement. Celle qui décide, c’est la petite dame qui me parle doucement, avec le sourire. C’est pire encore. Derrière le verre légèrement fumé de ses lunettes, elle m’a déjà jugé. Depuis le début. " Mon pauvre enfant semblera murmurer son regard. A côté d’elle, le gominé grisonnant tentera de faire oublier qu’il n’est qu’un clown, un petit auxiliaire à moustaches qui n’aura pas son mot à dire. Il opinera du chef dans un rictus tzigane. Avoir fait lessive commune ne crée pas toujours du lien. La formule n’est pas de moi. Ce serait trop beau. Je l’ai volée à un autrichien trop sympathique, escroqué à Vienne. Si je ne lui avais volé que des mots, il serait sans doute encore en vie aujourd’hui. Il postulerait. Comme nous autres. Le marquis aura la place. Je le sens. on peut être lâche et néanmoins perspicace. La formule est de moi. Elle vaut ce qu’elle vaut. Je ne suis qu’une caution, un alibi, une stipulation du cahier des charges. Mais ce sera lui. Plus de classe, plus d’élégance, plus de tout... - A quoi penses-tu, mon poulet ? Elle susurre en avançant des lèvres gourmandes. J’ai compris. C’est l’heure. Je m’agenouille et je pose ma tête dans son giron. -
Là mon biquet, là... Laisse-toi aller mon poussin. Tu es
brûlant de fièvre... Tout congestionné... Là
mon tout petit... Làaaa... Maman va te faire une saignée. |
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