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ViaLibre5 à la rencontre d'univers en liberté |
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Auteur : Anatole Sternberg Date : 4 juillet 2002 Thème : "Un lien peut en cacher un autre" |
![]() Anatole STERNBERG, écrit à la Boulangerie CEAUX |
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Retranché derrière son ordinateur, l'internaute, adepte de la nouvelle religion électronique, s'apprête à faire le tour du propriétaire de la planète numérisée, le monde entier à la portée de ses bouts de doigts. Il plonge dans le dédale électrique, dans les archives vibrantes de l'actualité, il se jette, neurones en avant, dans le déluge cinétique, nage dans la solution binaire qui le lie avec ce qui reste de l'humanité. L'homme est rassuré, le monde n'a pas changé depuis qu'il l'a laissé hier. De bonne humeur, il prend son café en compagnie de quelques parents déchirés par la mort de leurs enfants, de deux ou trois mille licenciés en rage et une foule d'experts qui monologuent joyeusement sur toutes les fréquences. Ici, pas de limite. Ni espace euclidien, ni horaires fixes. Le temps est réduit au mode du présent et même le passé, vaincu et dompté par l'homme moderne, se soumet sagement au diktat de la volonté quasiment divine de l'habitant de l'univers d'information. Eclairé par un soleil artificiel et froid, le cyberespace brille par son absence et absorbe le voyageur immobile qui enfonce les portails virtuels qui donnent toujours sur d'autres portails... Ainsi, surfant d'un lien à un autre, l'homme commence sa journée en se téléchargeant sur la plage d'une île pacifique pour y prendre son bain. Rafraîchi, il participe à une révolution en Amérique Latine et - zap ! il se promène parmi des soldats au milieu d'une bataille interminable, puis il signe une pétition contre une occupation , devoir accompli, il jette un coup d'œil sous la jupe de Marilyn Monroe, il échange un sourire avec la Joconde, il enfile un costume de Spiderman et gravit le mur d'un gratte-ciel qui n'existe plus, et comme il n'est pas loin, il passe à la Maison Blanche et fouille dans la poubelle de l'ordinateur présidentiel où il déplace quelques dossiers fatigué, il fume une cigarette avec Kafka, devant la porte du Loi et il se repose ensuite chez Jacques Brel. Mais énervé, il le quitte aussitôt, - le belge n'arrête pas de pleurnicher, il s'invite au casino de Monte Carlo, où il paye ses dettes avec une carte de crédit dont il a téléchargé le code en passant sur le site d'une banque suisse, un clique plus tard, il laisse un virus à l'adresse de son ex-copine : I love you !, il se connecte avec des filles nues qui l'accueillent bouches ouvertes... Soudainement, le monde implose autour de lui et sa conscience se trouve injecte dans une gelée dégueulasse - son corps. Il se noie dans les sécrétions de ses organes, trébuche sur ses os et finit par percuter contre la paroi de son crâne. Le voyage est fini. Victime d'une panne d'électricité, le naufragé informatique se trouve face à son reflet dans l'écran noir. Disparu le monde en millions de couleurs synthétiques, perdue l'apesanteur de l'existence numérique. La réalité physique, avec laquelle l'internaute a espéré avoir rompu tous les liens, a copié-collé sa conscience et le tient de nouveau prisonnier.
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